Traduction NK pour Solidarité Internationale PCF

A l'occasion des 50 ans des événements de mai 1968 en France, l'Organe Officiel du Comité Central du Parti Communiste de Grèce (KKE) "Rizospastis" a republié les résumés d'une interview de Mitsos Katsianakos (1942-2003), membre du Comité Central du KKE, qui, en tant que jeune travailleur chez Citroën, adhérent du KKE, du PCF et de la CGT, avait participé activement aux événements de 1968. L'interview avait été publiée pour la première fois le 17 mai 1998.

 

Faisant une chronique des faits, Mitsos Katsianakos raconte à "Rizospastis" : "Le mois de mai 1968 n'était pas seulement un soulèvement étudiant et rien d'autre. Il y a certainement eu un soulèvement étudiant, qui a commencé avant mai, vers la fin avril et le début mai 1968. Jusque-là, il y avait eu des courses poursuites et des escarmouches entre les étudiants et la police dans le quartier latin, dans la grande université à l'extérieur de la Sorbonne. Il y a eu également des combats de rue nocturnes, jusqu'au 10 mai. À ce moment-là - et cela doit être clair pour nous tous - personne ne s'inquiétait. Personne ne pouvait voir que ce mois de mai serait rouge, que ce mois de mai donnerait une nouvelle dimension à la vie sociale et politique de la France elle-même.

Laissez-moi vous expliquer ce que je veux dire. A partir du 10 mai, dès lors que les syndicats et le Parti Communiste Français avaient appelé les ouvriers à résister à la politique de Gaulle, à partir de ce moment-là, les choses ont commencé à changer radicalement dans toute la France. En trois jours, la quasi-totalité des usines des secteurs public et privé était occupée. Le 13 mai, une grande manifestation rassemblant plus de 2,5 millions de personnes a eu lieu. Les étudiants n'étaient pas à la tête de cette manifestation. Il y avait aussi des étudiants, mais la direction du Parti Communiste français avait le rôle principal, ainsi que les syndicats, la CGT (...) Le corps principal de la manifestation, sa force était les syndicats et surtout la CGT ".

Décrivant le contexte dans lequel les rassemblements et les manifestations ont éclaté, le cadre du KKE a noté qu'"il y avait de nombreux problèmes parmi la population et les étudiants. Les modes d'apprentissage dans l'éducation, les termes d'enseignement, la question de l'utilisation des diplômes, l'autoritarisme, tout cela et bien d'autres questions ont déclenché des réactions d'étudiants. C'est là que les mobilisations étudiantes ont commencé. A partir des problèmes existants, du fait que le système De Gaulle n'avait réalisé aucune sorte de renouvellement, qu'il n'avait rien rénové".

En ce qui concerne les travailleurs, M. Katsianakos avait fait référence aux circonstances de l'époque avec quelques exemples caractéristiques : "Quand je travaillais chez Citroën en 1968, je touchais un salaire de 780 francs français. Après Mai 1968, mon salaire a immédiatement atteint 1 250 francs. Il y a avait des problèmes avec les pensions. L'âge limite de départ à la retraite pour les professions pénibles et insalubres était de 65 ans. Après mai, il est passé à 62. Il y avait aussi le problème des libertés du mouvement syndicaliste dans les usines. Ces libertés étaient interdites, mais nous les avons obtenu. En d'autres termes, le syndicat avait désormais le droit de convoquer l'assemblée des travailleurs dans l'usine afin qu'ils puissent discuter de leurs problèmes. Cela n'était pas possible avant. Nous l'avons obtenu en mai 1968.

"Il y avait d'un côté la classe ouvrière et de l'autre la bourgeoisie", a dit M. Katsianakos et il a ajouté : "Je n'oublie pas le rôle spécial des étudiants, avec les particularités que le mouvement étudiant avait, mais quand la question est placée sur le plan social, on ne peut pas oublier que le choc était entre la classe ouvrière et la classe bourgeoise. Après tout, les étudiants ne constituent pas une classe sociale distincte (....).

Puisque tous les syndicats, puisque la classe ouvrière a procédé à l'occupation de toutes les usines, toutes les entreprises publiques, les banques, etc. rien ne fonctionnait du 10 au 13 et 14 mai en France. Pas de bus, pas de métro, pas de taxis, pas d'usine en activité, pas de service public en activité. Toute la classe ouvrière avec tout son pouvoir était dans la rue. Puis, à mon avis, il me semble qu'il y avait un vide de pouvoir. "

 

La bourgeoisie comprenait le danger.

Commentant le fait que les médias ont présenté Mai 1968 comme un soulèvement exclusivement étudiant, le cadre du KKE a noté : "La question a aussi un aspect théorique. Ils veulent et essaient de dire à la classe ouvrière aujourd'hui - comme ils le disaient avant mai 1968 - que le mouvement révolutionnaire est passé des mains des ouvriers aux mains des étudiants. Les points de vue de Marcuse et d'autres sont bien connus.

Mais Mai 1968 est venu et a renversé toute cette théorie et a montré que seulement lorsque la classe ouvrière entre dans la bataille, le système capitaliste peut alors commencer à trembler, parce que la classe ouvrière est la classe qui revendique le pouvoir. Lorsque les usines ont été saisies, l'économie du pays a commencé à se dissoudre. C'est le premier élément clé.

Je dois aussi ajouter que De Gaulle a quitté la France. Je crois - mais ce n'est pas mon seul avis - qu'à l'époque, il ne faisait pas confiance à l'armée française et qu'il est allé chercher les troupes françaises qui étaient stationnées en Allemagne. Et ces troupes sont venues en France. Puis elles se sont postées sur les places. Le régime voyait bien qu'il était contesté par les syndicats et les travailleurs et savait très bien que c'était les travailleurs qui pouvaient prendre le pouvoir.

Et la classe bourgeoise française n'a pas seulement pris les mesures que j'ai mentionnées précédemment. Il s'est regroupé en très peu de temps et a organisé la grande marche du 29 mai. Ce sont presque deux cent cinquante mille personnes que la bourgeoisie a fait venir dans les rues ce jour-là, sous le slogan central "Liberté au travail". Qu'est-ce que cela signifie ? N'occupez pas les usines, n'occupez pas les lieux de travail, laissez-nous travailler. En d'autres termes, les patrons, ceux qui exploitaient les travailleurs, exigeaient la reprise du travail.

 

Ils cachent la vraie dimension de Mai 1968.

Pour les personnes qui ont ensuite été mises en avant comme "protagonistes" et "symboles" de Mai 1968, le camarade Katsianos faisait remarquer : "J'ai lu dans les reportages, j'entends à la télévision parler de "Daniel le Rouge" "ou "Danny le Rouge" - comme tout le monde l'appelle. Il n'a jamais été rouge. Cet homme était un anarchiste. Il n'a jamais dit qu'il était rouge non plus. Et sur le mât de la Sorbonne, il n'y avait pas de drapeaux rouges. Les drapeaux étaient noirs. Dans les autres endroits qu'il ne pouvait pas contrôler, les drapeaux étaient, bien sûr, rouges. On ne peut donc pas parler de "Daniel ou Danny le Rouge".

Je pense qu'avec la situation actuelle et les difficultés auxquelles les travailleurs sont confrontés, ils essaient de persuader la classe ouvrière que rien ne s'est réellement passé lors de ce Mai français. Je pense qu'ils font leur travail et, du point de vue de leurs intérêts, ils le font correctement. Ils ne donnent pas la vraie dimension de Mai 1968. Ils donnent une dimension de mobilisation étudiante, qui bien sûr existait et qui a été une contribution à la lutte, mais le catalyseur des développements a été l'intervention de la classe ouvrière avec ce que je vous ai dit plus tôt. Je dois souligner que la principale revendication des travailleurs au cours des premiers jours était le socialisme, le renversement du système social....".

 

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