Traduction MR pour Solidarité Internationale PCF

La victoire électorale de Jair Bolsonaro (PSL) le 28 octobre dernier a marqué le renforcement de l’extrême-droite dans la politique brésilienne, avec un parlement plus réactionnaire que jamais et avec des propositions qui visent non seulement au retrait des droits de la classe ouvrière – en continuité avec le gouvernement Temer (MDB) – mais aussi au démantèlement de ses organisations, une tâche à laquelle le fascisme s’est déjà consacré au siècle passé.

Le proto-fascisme brésilien porte en lui des éléments traditionnels du fascisme qui, couplés à l’ultra-libéralisme, visent à livrer sur un plateau nos richesses à l’impérialisme. L’avènement du fascisme au Brésil est, en effet, la conséquence directe des intérêts de la bourgeoisie internationale et de son intervention dans la politique nationale, en vue de mettre un terme aux gouvernements progressistes en Amérique du Sud et d’y installer des gouvernements réactionnaires et libéraux.

A l’heure actuelle, nous voyons que la stratégie des États-Unis consiste à écraser la résistance du Venezuela, pays qui refuse de se soumettre aux monopoles américains. Pour ce faire, il a isolé les soutiens de Maduro, en renversant les gouvernements progressistes aux alentours et en neutralisant le gouvernement cubain, ainsi que les forces régionales comme celle des FARC en Colombie, par le biais d’accords de paix fantoches. Mais, derrière le discours de lutte contre le « dictateur » Maduro, il y a l’intérêt de privatiser les réserves de pétrole du Venezuela et, à cette fin, la Colombie a déjà brandi la menace d’une possible déclaration de guerre, en bénéficiant du soutien de pays tels que le Brésil, le Chili et l’Argentine.

Les élections brésiliennes annoncent une nouvelle vague d’instabilité dans la région, avec un gouvernement qui sera aligné aux intérêts des américains, fragilisant potentiellement les relations avec le Mercosul. A ce titre, il n’y a rien d’étonnant à ce que Bolsonaro ait déclaré, après sa victoire, que ses premiers voyages officiels auront lieu, dès cette année, aux États-Unis et en Israël ; mais aussi au Chili, pays qui a envoyé deux parlementaires rendre visite à Bolsonaro dans son appartement il y a quelques semaines pour lui manifester leur soutien.

Ce caractère ultra-libéral et cette connivence avec l’impérialisme posera de nombreuses difficultés à l'opposition, en plus du regroupement des éléments fascistes en interne comme les « bolsominions » (les mignons de Bolsonaro), armée de partisans de Bolsonaro prête à entamer la chasse aux sorcières dès les premières lois permissives qui seront votées en ce sens par le Parlement. Des mesures telles que celles inspirées par l’École sans Parti* illustrent déjà comment le gouvernement prévoit d’agir, en dehors et en dedans cadre institutionnel, en prétextant qu'il n'a pas le pouvoir de s'immiscer dans les actions de ses partisans.

Dans cette perspective, la première année du gouvernement de Bolsonaro sera essentielle pour bien identifier les contours de sa politique, cherchant à consolider sa popularité et à balayer ce qu’ils traitent de “voyous rouges ”, et réduisant à l’illégalité les mouvements sociaux et les partis de la gauche socialiste. D’ici là, il faudra veiller à ne pas légitimer les discours de persécution comme celui d’Hitler en 1933 avec l’incendie du Reichstag, accusant les communistes. Il est urgent de construire le dialogue avec tous ceux qui se sont positionnés contre l’élection de Bolsonaro au cours de la campagne, afin de bâtir un front ample et démocratique, renforçant les secteurs de la gauche socialiste et soulignant l’importance de l’organisation pour la période à venir.

Ce n’est qu’à partir de l’année prochaine, et des premières mesures de son gouvernement, que nous aurons les moyens de nous concentrer sur ceux qui, croyant au changement, ont voté Bolsonaro, en leur montrant la réalité de ce gouvernement et en leur indiquant la voie à suivre pour la construction d’une alternative socialiste et d’une solidarité entre les peuples, et notamment contre la mise en œuvre d'une politique internationale xénophobe de persécution visant le peuple vénézuélien. Avec le discours réactionnaire, l'entrée de l'armée dans la gestion de l'État brésilien (chose inédite depuis la dictature militaire) et l'aval d'un parlement conservateur, Jair Bolsonaro peut conduire le Brésil dans une impasse, qui servira les intérêts du capital étranger mais générera une tragédie pire que la guerre du Paraguay en 1864.

Comme lors de la guerre de Corée en 1950, la gauche socialiste a pour rôle de dénoncer la farce de cette croisade contre le peuple vénézuélien, de lutter pour la paix et la solidarité entre les peuples. En se félicitant des élections au Brésil, Maduro a cherché à réaffirmer la nécessité d’une politique d'unité bolivarienne, sans tomber dans les provocations de l'impérialisme qui cherche à faire passer son gouvernement pour une dictature. La patience révolutionnaire de Lénine nous montre qu’il nous faut être très vigilant face aux évènements futurs, sans tomber dans le discours de la bourgeoisie et en cherchant à consolider l'alternative socialiste pour nous sortir de la barbarie que nous promet le capitalisme.

Par Antonio Lima Júnior

Journaliste et militant du PCB

Responsable local (Ceará) du journal du parti O Poder Popular


*Association réactionnaire de défense des intérêts des parents d’élèves, à l’origine de plusieurs projets de lois au Brésil depuis 2015, qui vise à réduire l’influence idéologique des enseignants dans les écoles, à qui ils prêtent notamment de diffuser une idéologie de genre (relativisant les différences entre les sexes). Cette association a été un des premiers soutiens de la candidature de Bolsonaro aux élections présidentielles.

Retour à l'accueil