Roman Levin devant la base militaire de Beit Naballah, où il était conducteur de poids lourds avant de déclarer officiellement son refus de servir l’armée car opposé à l’occupation israélienne. (Photo: Mesarvot)

Roman Levin devant la base militaire de Beit Naballah, où il était conducteur de poids lourds avant de déclarer officiellement son refus de servir l’armée car opposé à l’occupation israélienne. (Photo: Mesarvot)

Parti communiste d'Israël5 mars 2019, traduction PF pour "Solidarité internationale PCF - vivelepcf"

Le 26 février dernier, Roman Levin, 19 ans, a été condamné à 30 jours d’emprisonnement par un tribunal militaire israélien. Opposé à l’occupation des territoires palestiniens par Israël, le jeune soldat a refusé de poursuivre son service. À la fin de son audience, il a été transféré à la prison militaire no 6, près d’Atlit.

Originaire de Bat Yam, au sud de Tel Aviv, Roman Levin, accompagné de quelques membres de sa famille, avait quitté l’Ukraine alors qu’il était âgé de 3 ans pour s’installer en Israël. C’est dans une volonté de contribuer à la société et remplir ses devoirs de citoyen qu’il s’est engagé dans l’armée il y a environ un an et demi. Au cours de son service, il a rejoint la Jeunesse communiste israélienne (Banki-Shabiba).

 

Dans sa déclaration officielle, Roman Levin affirme :

« Mon refus [de servir] est un acte de protestation contre l’occupation qui fait rage depuis plus de 50 ans et un acte de solidarité envers le peuple palestinien de Cisjordanie et de la bande de Gaza assiégée.

Lorsque j’ai rendu visite à ma famille en Ukraine, j’ai pu constater un manque de respect envers la communauté juive. En Israël également, mes amis et moi-même avons fait face à beaucoup de mépris à cause de notre différence d’appartenance ethnique et culturelle. C’est ainsi que s’est développée mon empathie pour le peuple palestinien opprimé. Une guerre civile a éclaté en Ukraine et, lorsque je m’y suis rendu il y a quelques mois, j’ai rencontré des soldats qui n’avaient aucune idée de ce pourquoi ils se battent et laissent leur vie. Je me suis identifié à ces soldats puisque de mon côté, je ne crois pas en cette politique militaire israélienne qui n’a pour but premier que de maintenir l’occupation. Cette expérience m’a conduit à reconsidérer le sens de mon service militaire.

Je refuse de rester acteur de l’oppression du peuple palestinien. Dans les territoires occupés, les bases militaires se multiplient au détriment de la population palestinienne qui fait face aux politiques de confiscation de leurs terres et de démolition de leurs habitations. Depuis 2006, Israël est responsable de la destruction de plus de 2 000 logements dans les territoires occupés. Le passeport palestinien étant classé 189e mondialement, les Palestiniens sont limités dans leur liberté de se déplacer à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des frontières, et ce droit est tout simplement révoqué au sein de la Bande de Gaza.

J’ai servi dans l’armée comme conducteur de poids lourds et mes missions consistaient principalement à me rendre au sein des territoires. Lorsque j’ai été recruté, je pensais que l’armée servait les intérêts des citoyens israéliens, mais mon expérience m’a fait comprendre que l’armée ne servait pas plus mes intérêts que ceux des travailleurs israéliens, particulièrement après les meurtres à répétition des manifestants sur la barrière de Gaza. La loi de l’État-nation a confirmé ce sentiment. J’en ai conclu qu’on ne peut pas être dans les deux camps. Il est impossible de s’opposer  à l’occupation, au racisme et à l’ordre capitaliste tout en effectuant son service dans une armée qui défend cela.

Financièrement, il serait plus intéressant pour ma famille et moi de finir mon service, toucher un salaire et un permis qui me permettrait plus tard d’obtenir un travail bien rémunéré. Cependant, pour la plupart des habitants de Palestine, et en particulier pour les habitants de Gaza, ce n’est pas une option. Chaque année, l’étau se resserre autour du peuple palestinien, et le fossé se creuse de plus en plus entre les plus riches et les plus pauvres. Cette hausse de la pauvreté prive les travailleurs en Israël de l’espoir d’un avenir meilleur, alors que le gouvernement justifie la guerre. Chaque année, l’État alloue environ 70 milliards de shekels [plus de 17 milliards d’euros, ndlt] au budget de la défense plutôt que d’investir dans l’éducation, la santé et les aides sociales.

Pour faire du profit, Israël vend secrètement des armes sophistiquées aux régimes tyranniques comme l’Azerbaïdjan, le Soudan du Sud et le Rwanda, et participe directement aux persécutions du mouvement de résistance des agriculteurs en Inde : au cours des dernières années, 49 % des armes vendues par Israël ont été destinées à l’Inde.

Le service militaire ; à cause du rôle tyrannique de Tsahal, fait rempart à ce que la classe dirigeante redoute le plus : une alliance entre travailleurs juifs et arabes dans la lutte contre les puissants hommes d’affaires, le capitalisme népotiste et l’oppression nationaliste. Ce n’est que dans un mouvement de convergence et de solidarité avec la population arabe, mais aussi avec des camarades de misère comme les Éthiopiens, les Russes et les Juifs Mizrahim, que nous pouvons bâtir un avenir sans exploitation, sans oppression et sans guerre. »

Mesarvot, un réseau local qui relie les individus et les groupes qui refusent de s’enrôler dans l’armée israélienne en signe de protestation contre l’occupation, a accompagné Roman Levin dans son odyssée politique, et continue de le soutenir ainsi que tous les objecteurs de conscience.

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