Les pétroliers défient Bolsonaro

Les pétroliers, en grève dans tout le pays, interpellent le président Jair Bolsonaro dans un communiqué public.

"Monsieur le Président,

Vous avez reçu ces derniers jours les réclamations de la part de gouverneurs de 22 États au sujet du prix du carburant. Ils exigent du gouvernement qu'il réduise la taxe fédérale sur les carburants. Vous leur avez répondu que, s'ils supprimaient la taxe ICMS [un impôt à discrétion des états régionaux], le gouvernement supprimera la taxe fédérale.

Nous, les pétroliers, qui assurons tous les jours la production de carburant de la plus grande entreprise brésilienne, avons décidé d'entrer dans ce débat. Nous interpellons le président Jair Bolsonaro. Dans cette lutte de responsabilités entre les pouvoirs en place, c'est toujours le peuple qui en est sorti perdant et qui a déjà souffert de l'énorme augmentation des prix de l'essence, du gaz domestique et du diesel ces dernières années. S'il est vrai que vous êtes déterminé à faire baisser le prix du carburant "à la pompe" ou le prix de la bouteille de gaz - affectant le prix de plusieurs produits comme les denrées alimentaires - vous devriez modifier la politique des prix de Petrobras.

Petrobras a indexé son prix des ventes de carburant au prix international du pétrole, ce qui a fait grimper, par exemple, le prix du diesel de 2 618 R$ en 2016 à 3 371 R$ en 2019. De fait, ceci conduit à privilégier les concurrents étrangers de Petrobras. Avec son faible coût de production, Petrobras pourrait garantir un prix inférieur au marché international tout en réalisant d'énormes bénéfices. Mais, contrairement à vos affirmations, vous et votre protégé à la présidence de Petrobras, Roberto Castello Branco, avez pratiqué une politique antinationale. Les raffineries brésiliennes ont réduit leur production de dérivés du pétrole, ne représentant aujourd'hui qu'environ 70 % de leur capacité, tandis que les importations de ces produits dérivés sont passées de 147 à 197 millions de barils par an de 2015 à 2019 (Source : ANP).

De plus en plus, nous vendons du pétrole brut à l'étranger et importons ensuite des produits dérivés plus chers, alors que nous pourrions les produire ici au Brésil à un prix beaucoup moins élevé. Nous devenons ainsi de plus en plus dépendants des variations du marché international. Par exemple, le coronavirus fait baisser la demande de pétrole en Chine, le deuxième plus grand consommateur de matières premières au monde. En conséquence, Petrobras pourrait subir une forte réduction de ses marges puisque le pays asiatique représente plus de 30% des exportations de pétrole du Brésil - dans le cas de la compagnie pétrolière d'État Petrobas, cette part tourne autour de 70%.

Avec l'abandon des autres secteurs, en se limitant à l'exploitation et à la production, la compagnie pétrolière d'État Petrobras risque de fermer, car en cas de secousse majeure du prix du pétrole international, elle n'aura pas la possibilité d'équilibrer ses revenus via d'autres secteurs (tels que les raffineries, la distribution et la revente). Au lieu de défendre la souveraineté nationale et de stimuler la production nationale de carburant, vous proposez de vendre la moitié des raffineries brésiliennes aux étrangers et de fermer l'usine d'engrais du Paraná, ce qui entraînerait plus de chômage au Brésil et un transfert de ces emplois (qualifiés et mieux payés) hors du pays.

Au lieu de vous occuper des intérêts des entreprises étrangères, vous devriez vous préoccuper - comme vous le prétendez - des milliers de familles brésiliennes qui se retrouveront sans emploi à la suite de la fermeture de la FAFEN (Paraná) et des raffineries. Il est vrai que les taxes brésiliennes représentent une grande partie du prix du pétrole, mais elles sont également un moyen pour l'État de garantir les droits fondamentaux de la population. Aussi, la véritable cause de l'augmentation du prix du carburant n'est pas là, puisque la charge fiscale est restée sensiblement la même ces dernières années et se situe dans la moyenne mondiale. Ce qui a donc changé, c'est la politique de prix de Petrobras qui, en s'alignant sur un cours international sans rapport avec ses coûts, facilite la concurrence des entreprises étrangères sur le marché brésilien et rend le carburant plus cher pour ceux qui en ont le plus besoin.

Le défi est donc lancé. Si vous, Mr Bolsonaro, êtes véritablement préoccupé par le prix du combustible pour les Brésiliens, changez la politique des prix de Petrobras, arrêtez les privatisations des raffineries et des usines d'engrais et augmentez la production nationale de dérivés du pétrole. Ce n'est que de cette façon que vous serez en acte, et non plus seulement en paroles, nationaliste.

Fédération nationale des pétroliers - FNP"

Rio de Janeiro, le 6 février 2020.

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