250px-Hammer and dove.svgIntervention du Parti Communiste de Grande-Bretagne (CPB)



11 ème rencontre des Partis Communistes et Ouvriers – New Delhi, 20-22 Novembre 2009





« Le Parti déterminé à construire des fronts de lutte pour lutter contre l'offensive patronale, quelque soit la couleur du gouvernement »




Traduction d'AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Intervention de Robert Griffiths, secrétaire-général du Parti Communiste de Grande-Bretagne

 

Le patronat, ses politiciens et ses intellectuels, veut que le public considère cette crise comme une crise uniquement financière, découlant de la “crise du crédit”: tout serait de la faute des sociétés de prêts immobiliers et des banques; des travailleurs sous-payés qui ont emprunté et vécu au-dessus de leurs moyens; et de banquiers avides qui n'auraient, avant tout, pas dû leur prêter cet argent.

 

Quel tableau bien commode dépeint pour montrer sous un meilleur jour le système capitaliste dans son ensemble! La vérité, bien sûr, c'est qu'il s'agit d'une crise systémique, une crise intrinsèque au système capitaliste lui-même, ce que Marx avait caractérisé comme des crises périodiques de surproduction.

 

 

Pistes pour l'analyse de la financiarisation et la création d'un capital fictif déconnecté de la sphère réelle de la production

 

 

Dans le même temps, je pense que nous devrions aussi prendre note d'une caractéristique importante de la crise actuelle, précisément du rôle de ce que Marx dans le volume III du Capital a défini comme le 'capital fictif'. Par cela, il entendait, d'après un définition très étroite, des titres papiers rapportant des intérêts, en particulier les bons du Trésor liés au développement de la Dette Nationale. Mais il a aussi employé une définition plus large qui comprenait les effets de commerce, les titres sur le cours des marchandises et tous les types de stocks et d'actions

 

Lorsqu'ils sont échangés sur les marchés financiers, ces instruments augmentent leur valeur marchande bien au-delà de la reproduction et de l'expansion du capital dans la production réelle de marchandises en vue de leur consommation réelle.

 

C'est toujours du capital au sens où ils dérivent du capital réel investi une fois dans la production ou dans le processus de circulation du capital. Comme les autres formes de capital, leur valeur marchande représente également un droit futur – une fois encaissé – sur le produit du travail.

 

Mais, comme Marx l'a bien noté, ce capital est devenu 'fictif': il a été utilisé sous sa forme originale et ne survit maintenant que nominalement, sur le papier; sa valeur a depuis été déterminée plus ou moins indépendemment de la reproduction du capital dans le processus de production; il n'a plus aujourd'hui aucun rapport avec la valeur marchande du capital originel investi dans le gouvernement ou dans l'entreprise.

 

Marx a appelé le processus de formation du capital fictif 'capitalisation', bien que cela ne corresponde pas complètement à la catégorie bourgeoisie qui peut reflèter le processus d'expansion du capital réel aussi bien que celui du capital fictif. Pour cette raison, certains Marxistes préfèrent le terme 'financiarisation'.

 

 

La financiarisation a dopé artificiellement le boom économique et a ainsi démultiplié l'ampleur de la crise

 

 

Selon la Banque des Règlements Internationaux, en juin 2007, à la veille de la crise financière, la valeur nominale future de tous les instruments financiers, actifs physiques, risques de crédit et des tickets de pari (sur l'évolution des indicateurs économiques) échangés sur les marchés mondiaux comme dérivés financiers – le principal vecteur du capital fictif – a atteint les 516 000 milliards de dollars. La capitalisation sur le marché des actions et obligations s'élève à plus de 111 000 milliards de dollars. La valeur combinée et largement fictive de 627 000 milliards de dollars était 13 fois plus importante que le PIB mondial qui s'élévait à 48 000 milliards de dollars en 2006.

 

Tandis que le PIB mondial passait de 2,7% en 1995 et de 3,9% en 2006, le montant nominal des valeurs sur le marché des dérivés a bondi de 24% par an durant cette période, et sur le marché des actions et des obligations de 11 et 9% par an respectivement.

 

Trouvant son origine dans la reproduction et ensuite la sur-production de capital réel, ces valeurs de capital fictif n'aurait, à terme, jamais pu être réalisé. Tôt ou tard, le retour à la réalité se serait imposé, la nervosité aussi et la panique aurait pris le dessus. Mais dans l'intervalle, cette valeur fictive a permis une extension massive de la dette des entreprises, des individus et du gouvernement, qui a son tour a intensifié et prolongé le boom dans les principales économies capitalistes.

 

La financiarisation a fait en sorte que, l'heure du krach venue, celui-ci soit encore plus sévère. Et en plaçant les banques, les sociétés de prêts immobiliers et les marchés financiers et monétaires en danger de mort, elle a contraint les gouvernements et les banques centrales à les renflouer dans des proportions jamais vues auparavant, au détriment du soutien à l'industrie productive, au détriment des services publics, et sur le dos des générations futures obligées de payer la dette publique supplémentaire.

 

Bien que la crise financière ait éclat peu avant que la récession économique généralisée commence, c'était un signal plus que sa cause. Il y a une relation dialectique entre les deux. La sur-production de capital offre la base pour la transformation d'une portion du capital réel en capital fictif. Le capital fictif dope la demande à travers le crédit et donc intensifie la plongée dans la récession, que la crise financière prolonge par la suite à travers des licenciements massifs dans le secteur financier et la fermeture du robinet du crédit par les banques et les marchés monétaires.

 

Mais le signal le plus sûr d'une crise cyclique imminente de sur-production se manifestait déjà deux avant l'effondrement des banques et des institutions américaines dans l'été 2007. Depuis Mai 2005, la production annuelle d'acier avait commencé à chuter dans l'UE et aux Etats-Unis, bien qu'il y ait eu une reprise temporaire l'année suivante aux Etats-Unis. Ici se trouve la preuve qu'une crise cyclique de surproduction couvait avant que “la crise du crédit” ait eu lieu.

 

 

Porter la nécessaire revendication de la nationalisation du secteur financier

 

 

A ce propos, Marx n'a pas mâché ses mots vis-à-vis des agents de la 'capitalisation' ou de la 'financiarisation'. Il les appelait les “flambeurs”, les “escrocs” et les “bandits”. Ils ne remplissaient aucune fonction sociale utile si ce n'est justifier la revendication des socialistes et des Communistes de placer le secteur financier dans son ensemble sous la propriété publique démocratique, avec de nouveaux modes de gestion, et en poursuivant des objectifs complètement différents.

 

Cette revendication représente un saut qualitatif vers une plus grande régulation nationale et internationale ou des mesures comme une taxe Tobin sur les transactions financières internationales. La propriété publique démocratique représente une étape dans la transition que les Communistes appelaient démocratie avancée anti-monopoliste – l'étape qui prépare le terrain pour la lutte décisive, révolutionnaire pour le pouvoir d'Etat.

 

Pourtant, même si des mesures de régulation ou de nationalisation du secteur financier peuvent être mises en place en système capitaliste, des crises périodiques de surproduction continueront à exister aussi longtemps que le capitalisme existera.

 

Le Premier ministre Brown a déclaré une fois qu'il avait mis fin au cycle des“booms and busts” dans l'économie britannique. Un ancien roi britannique, Canute, a déclaré une fois qu'il pouvait s'asseoir au bord de la mer – sur son trône – et arrêter les vagues qui s'annonçaient. Il s'est mouillé les pieds.

 

 

Des aides mirobolantes pour les banques et les marchés financiers, des coupes drastiques pour les salariés et les services publics

 

 

En Grande-Bretagne, le gouvernment, le Trésor et la Banque d'Angleterre ont sorti pour près de 1 350 milliards de livres (2 250 milliards de dollards) en fonds publics et en garanties pour sauver les banques, les institutions financières et les marchés monétaires. C'est l'équivalent du PIB annuel de la Grande-Bretagne, deux fois le montant total des dépenses publiques, dix fois le budget du Service National de Santé et quinze fois ce que dépense le gouvernement pour l'éducation.

 

Moins de 20 milliards de dollards ont été accordés pour soutenir l'industrie manufacturière et productive en Grande-Bretagne. Ce déséquilibre au sein du gouvernement reflète les particularités, les priorités et les contradictions du capital monopoliste Britannique.

 

Désormais la classe dirigeante Britannique a lancé une violente offensive contre les emplois, les salaires, les retraites, les acquis sociaux, les services publics, et les droits syndicaux, les droits des travailleurs et des peuples de Grande-Bretagne.

 

Quelque soit le gouvernement élu en mai prochain, cette offensive s'intensifiera. Les coupes dans les dépenses publiques seront plus sévères et plus rapides sous un gouvernement conservateur, tandis qu'un gouvernement travailliste pourraît être plus sensible à la pression – en particulier par rapport à l'emploi et aux droits syndicaux – des syndicats.

 

 

Le Parti Communiste déterminé à construire des fronts de lutte pour lutter contre l'offensive patronale, quelque soit la couleur du gouvernement

 

 

Le Parti Communiste tente de mettre en garde le mouvement syndical et le peuple en général contre la nature et l'ampleur de cette offensive, en particulier à travers notre travail dans les syndicats et à travers notre quotidien noational Morning Star (qui reçoit maintenant un soutien important de la part de sections de première importance du mouvement syndical)

 

Nous en appelons à la formation d'un rassemblement unitaire des organisations de gauche, syndicales et associatives pour défendre les services publics.

 

Comme alternative aux politiques d'offensive patronale, nous proposons un Programme de gauche portant des revendications sociales, économiques, environnementales et des positions de politique étrangère pour mettre en échec les coupes budgétaires et salariales, les privatisations, le militarisme et la dégradation de l'environnement.

 

La plupart de ces revendications se sont retrouvées dans la Charte du Peuple, une initiative proposée par notre parti en Juillet 2008 et adoptée – après une longue lutte – par le Congrès des Syndicats, en septembre dernier. Une convention de la Charte du Peuple, ce samedi à Londres, lancera la campagne pour obtenir un million de signatures dans toute la Grande-Bretagne. Notre Charte pour les Femmes, qui défend les intérêts des travailleuses, dans la société et dans le mouvement syndical, est désormais soutenue par plus de 13 syndicats nationaux.

 

Nous chercherons à parvenir à des fronts de lutte unitaires et populaires sur tous les grands problèmes que rencontrent la classe ouvrière et les peuples de Grande-Bretagne, y compris dans l'opposition au racisme et à la montée de l'extrême-droite.

 

Une nouvelle maison d'édition, Manifesto Press, a produit trois nouveaux livres pour mener la bataille d'idées à gauche et dans le mouvement syndical, pacifiste et associatif.

 

 

Les Communistes doivent intensifier et institutionnaliser leur coordination et leur coopération

 

 

Mais ce que nous croyons nécessaire désormais à l'échelle mondiale est en voie de réalisation: la coopération et la coopération organisée entre Partis Communistes et Ouvriers. Le mandat du Groupe de Travail pourrait être étendu pour intensifier les liens entre les camarades de différents partis, dans chaque chanp d'action et de réflexion politique et syndical. Un programme international d'éducation Marxiste-Léniniste pourraît être mis en place via Internet. Et il faudrait faciliter la tâche du Groupe de Travail par la création d'un bureau permanent, avec un ou deux employés à temps plein par les partis qui ont les ressources nécessaires.

 

Notre internationalisme Communiste et ouvrier est une de nos plus grandes forces. Alors que les monopoles et les capitalistes et leurs représentants à la tête des Etats se rencontrent, plannifient et prennent des initiatives à l'échelle mondiale à travers différentes institutions, nous Communistes avons une responsabilité, nous devons agir de la même manière mais dans les intérêts des travailleurs et de leurs familles, de l'humanité et de notre planète.



Site du Parti Communiste de Grande-Bretagne: http://www.communist-party.org.uk/



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