cpi header shortIntervention du Parti Communiste d'Israel


 

« Le vrai terrorisme, c’est l’occupation et l’asservissement du peuple palestinien! »


 

Intervention de Faten Ghattas


 

Traduction JV pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


 

Chers camarades,


 

C’est un plaisir pour moi de participer au nom du Parti Communiste Israélien, parti internationaliste juif et arabe, à ce grand rassemblement de partis communistes du monde entier. Notre présence à cette réunion est pour nous d’une importance capitale : il s’agit ici de partager nos analyses et expériences, et de contribuer à élaborer notre stratégie commune, grâce à laquelle nous demeurerons à l’avant-garde du combat contre le capitalisme et l’oppression de classe, pour la justice sociale, le socialisme et la paix.


 

Le Parti Communiste Israélien a célébré le 9 de ce mois (d’octobre) le 90e anniversaire de sa fondation lors d’une grande cérémonie qui a rassemblé des milliers de militants tant anciens qu’en activité, de jeunes communistes, ainsi que des délégations de plusieurs partis communistes et de partis frères. A été réaffirmée la nécessité de poursuivre le combat marxiste-léniniste au sein d’un parti réunissant Juifs et Arabes. Nous avons également fêté les 65 ans du journal « El-Etihad », publié en langue arabe et lu dans la minorité palestinienne d’Israël.


Fondé en 1919, le Parti Communiste a traversé toutes les périodes difficiles de notre histoire, les guerres et les catastrophes. Les positions qu’il a toujours défendues ont démontré leur vigueur et leur justesse : il n’a jamais commis d’erreur d’appréciation majeure, s’appuyant en permanence sur les bases politiques et idéologiques du marxisme-léninisme, la lutte des classes et l’internationalisme, appliquées à une situation nationale très spécifique.

 

Mes chers camarades,

 

En Israël comme dans le reste du monde, le système capitaliste est en crise, mais la crise s’est chez nous encore approfondie dans trois domaines :

 

1) La polarisation des richesses s’accroît

 

L’analyse formulée par le Comité Central du PCI est celle d’un approfondissement de la crise économique globale comme expression des contradictions internes fondamentales du capitalisme, résultat direct des politiques néolibérales qui creusent un gouffre entre les détenteurs du capital et les salariés. Les orientations économiques du gouvernement Netanyahou, les dépenses croissantes pour l’armée, l’occupation et la colonisation ont essentiellement pour but de préserver les intérêts des grandes entreprises en diminuant les salaires, en étendant le chômage, en accordant des cadeaux fiscaux aux riches et en poursuivant les coupes sombres dans les dépenses sociales. A ce train et si rien ne change, l’économie israélienne continuera dans les années à venir de connaître stagnation et insuffisances criantes de développement, avec un taux de croissance qui restera proche de 0 %.


Selon les données du Bureau Central des Statistiques, Israël compte 1,65 million de pauvres, soit 24 % de la population, chiffre qui atteint 48 % dans la minorité palestinienne. Une analyse plus fine des données montre que les terribles inégalités sociales, notamment entre Juifs et Arabes, que nous connaissons depuis des dizaines d’années s’amplifient du fait de la politique de discrimination raciale : le revenu moyen d’une famille d’Israéliens juifs équivaut à 120 % du revenu moyen d’une famille israélienne ; si le taux de chômage global atteint 8 %, il est de 80 % chez les femmes arabes ; 80 % des diplômés arabes n’ont pas un poste correspondant à leur qualification universitaire. Nous sommes confrontés à une politique d’oppression et de famine, qui permet aux citoyens juifs de vivre aussi bien que dans les pays développés, mais qui impose aux citoyens arabes un niveau de vie de pays sous-développé.


 

La part des dépenses militaires dans le budget de l’Etat israélien dépasse les 50 %. On prépare aujourd’hui la guerre et on militarise la société en amputant les dépenses sociales, les dépenses d’éducation, celles pour l’industrie et le logement. Or, c’est justement en investissant dans ces domaines que l’on sortira le pays de la crise économique ! Pendant ce temps, le gouvernement enrichit les riches en ramenant la taxe sur les revenus des grands patrons de 65 à 35 % et en bradant aux grands trusts les propriétés d’Etat, terres ou entreprises nationales.


La violence et le meurtre gangrènent la société israélienne, le pouvoir de l’argent s’étend jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat, le crime organisé menace l’exercice de la justice et le fonctionnement même du système démocratique : l’ancien premier ministre Ehud Olmert doit ainsi être jugé pour trafic d’influence au profit de grands groupes capitalistes.


Les projets de colonisation du gouvernement de droite tournent délibérément le dos à une politique de réduction de la pauvreté et de lutte contre le chômage, qui seule permettrait de sortir du marasme économique. Le gouvernement, qui traite le peuple palestinien en criminel, ne peut à la fois mener sa politique d’agression qui coûte des fortunes et se lancer dans une politique de développement économique et de justice sociale.

 

2) La discrimination raciale et l’Etat d’apartheid

 

Près d’1,25 million d’Arabes palestiniens vivent en Israël : désespérément attachée à sa terre malgré les guerres et les tentatives pour l’en déloger, cette minorité nationale, légitime propriétaire du pays, partie intégrante du peuple palestinien, exige d’être reconnue en tant que telle et de disposer de l’égalité civile avec les autres citoyens d’Israël.


Au début du mois, le ministère de la justice a lancé une instruction contre notre camarade Mohammed Baraka, membre du Bureau Politique du PCI, député à la Knesset et président du Front Démocratique pour la Paix et l’Egalité pour avoir participé à quatre manifestations contre le racisme. Tout laisse présager un procès inique : « c’est un jour sombre pour la démocratie israélienne » a déclaré le PCI, qui a annoncé qu’il ferait tout pour défendre notre camarade. Nous vous demandons ainsi de mener la campagne de solidarité la plus large possible avec notre camarade pour mettre fin à cette mascarade judiciaire. « Notre parti tâchera de transformer ce procès en un réquisitoire contre les pratiques du gouvernement d’apartheid ».


Ces dernières années, la droite israélienne est à l’initiative de toute une législation qui s’efforce de reconsidérer les rapports entre l’Etat d’Israël et la minorité arabe, en prétendant traiter avec le peuple palestinien dans son entier. Israël utilise les négociations avec les dirigeants palestiniens pour s’en prendre aux Palestiniens de l’intérieur, en limitant leurs libertés politiques. Il s’agit de parvenir à construire un Etat juif, en renforçant la supériorité des citoyens juifs de Palestine et en consacrant l’infériorité des citoyens de la minorité arabe, auxquels n’est consentie qu’une citoyenneté de second rang. Israël déclare ne reconnaître de droits et de libertés civiles qu’aux individus, ce qui lui permet de ne pas reconnaître les Arabes comme minorité nationale. La législation récente ne fait que refléter une sérieuse détérioration de la perception de la communauté arabe par les Israéliens juifs, qui considèrent que Juifs et Arabes ne peuvent disposer des mêmes droits civils et politiques. De récents sondages indiquent que deux-tiers des citoyens juifs refusent d’accorder l’égalité des droits aux Arabes.


Cela a conduit notre parti à participer à la grève générale des travailleurs palestiniens du 1e octobre (2009), qui a été suivie dans tout le pays. Soumise de surcroît à une propagande massive, la société israélienne est en train de glisser vers le fascisme. Nous sommes au bord du gouffre, et des actions de ce genre sont l’outil le plus efficace pour combattre cette tendance et y mettre un terme avant qu’il ne soit trop tard.

 

3) L’occupation israélienne et la cause palestinienne

 

Depuis 42 ans, Israël occupe en Palestine Jérusalem, la Cisjordanie, la Bande de Gaza, mais aussi le Golan en Syrie et la région de Sheba au Liban. Cette occupation constitue le principal conflit de la région. Celui contre le « terrorisme » n’est qu’un écran de fumée : le vrai terrorisme, c’est l’occupation et l’asservissement du peuple palestinien !


Les Israéliens se sont efforcés de transformer ce conflit en conflit entre différentes religions, notamment à Jérusalem. C’est en effet dans leur intérêt, et cela concorde avec la politique de l’impérialisme américain, qui vise à lier Islam et terrorisme. Or ce terrorisme, c’est justement l’impérialisme américain qui l’a suscité, en favorisant le développement des mouvements fondamentalistes en Afghanistan ou ailleurs pour combattre le communisme. Le Hamas ainsi est né en Israël pour combattre l’Organisation de Libération de la Palestine. Même si ces mouvements ont un fond religieux, nous avons toujours insisté sur ce qui les séparait de la pratique religieuse proprement dite, et nous avons toujours combattu le fondamentalisme religieux.


L’état de division des forces politiques en Palestine est extrêmement nuisible, et menace l’avenir de la cause palestinienne, soumise aux coups de boutoir de la diabolique trinité : l’impérialisme, le sionisme, les réactionnaires arabes. La division ne fait que servir Israël !


Le Parti Communiste insiste sur l’importance du rôle de l’OLP, seul représentant légitime du peuple palestinien. L’OLP a transféré cette fonction à l’Autorité Nationale Palestinienne, qui a récemment montré qu’elle n’était qu’une administration civile sous autorité des forces d’occupation israéliennes. La faiblesse des organisations progressistes en Palestine comme en Israël, ainsi que le renforcement du fondamentalisme sont un obstacle à une authentique lutte politique contre l’occupation : le Hamas, même aux yeux de progressistes, passe pour une force d’opposition à l’occupation et à l’impérialisme américain. Notre parti est aux côtés de tous les mouvements d’opposition à l’occupation, parce que la résistance est un droit sacré, mais les progressistes ne doivent pas se laisser abuser : les réactionnaires arabes sont parties prenantes dans les complots ourdis contre le peuple palestinien par le sionisme et l’impérialisme américain. C’est le rôle des communistes de les démasquer et de saper leurs positions.

 

Pour sortir de la crise en Israël :

  • La fin de l’occupation : Israël doit se retirer dans les frontières de 1967, démanteler les colonies et reconnaître au peuple palestinien le droit à l’auto-détermination.

  • L’établissement d’un Etat palestinien indépendant à côté d’Israël, avec Jérusalem-Ouest comme capitale ; régler le problème des réfugiés selon les termes des résolutions des Nations Unies, qui prévoient le retour ou la compensation.

  • La reconnaissance des Palestiniens vivant en Israël comme minorité nationale, à qui serait accordée l’égalité des droits civils et politiques dans leur propre pays. Le retour des réfugiés chez eux doit être garanti.

  • L’arsenal nucléaire israélien doit être démantelé, la course aux armements nucléaires doit prendre fin.

  • Une paix juste et réelle doit garantir la sécurité d’Israël et changer les priorités budgétaires : non plus un budget de guerre, mais des dépenses sociales, pour l’éducation et le logement.

  • Renforcer le Parti Communiste et les organisations progressistes est à cet égard déterminant.

  • Se battre pour la construction du socialisme, tout en s’efforçant, après l’effondrement de l’Union Soviétique, d’en redéfinir les contours.

 

Notre parti considère comme extrêmement importante cette réunion et tous les efforts déployés ici pour unifier les positions des communistes du monde entier. « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! » : à ce slogan, nous en joindrons un autre, qui le prolonge : « Partis Communistes, unissez-vous ! ». L’unité des communistes est en effet la base du renforcement d’une alternative socialiste.


Nous exprimons notre gratitude à nos camarades indiens du CPI-(M) pour avoir accueilli cette importante réunion, en espérant qu’ils ne relâcheront pas leurs efforts en vue de l’unité des communistes en Inde ! Au nom de tous les communistes d’Israël, je salue tous les communistes et tous les progressistes du monde dans leur combat acharné pour le progrès, la liberté, la justice et la victoire du socialisme.

 

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