ptbIntervention du Parti du Travail de Belgique

 


"Nous devons renforcer le mouvement communiste révolutionnaire (...) et lutter contre les idées réformistes, social-démocrates"




Rapport présenté par Baudouin Deckers, membre du Bureau National et responsable du Département des Relations Internationales

 

La crise économique s’approfondit

La crise financière de fin 2008 a entraîné une crise économique mondiale. C’était inévitable. Car la crise financière a sa source dans une crise structurelle de surproduction qui s’exacerbe par vagues successives depuis le début des années 1970. En tant que marxistes, nous savons qu’elle est inséparable du mode de production capitaliste.

 

Cette thèse a déjà été plusieurs fois développée. Entre autres au Séminaire Communiste Interna­tional de Bruxelles de mai 2009, comme en témoigne la Déclaration qui y fût adoptée.

 

Depuis lors, certaines banques et entreprises notent à nouveau des bénéfices. Les moindres signes de reprise suscitent des soubresauts euphoriques de la Bourse. Diverses instances du monde capitaliste lancent des bulletins de santé plutôt optimistes : la maladie serait presque conjurée…

 

A les entendre, le monde ne verrait pas se répéter les années 29-30 du siècle passé…

 

Le capitalisme serait-il en état de surmonter réellement ses crises ?

 

Les Etats capitalistes ont utilisé tout leur arsenal financier pour éviter une dépression de longue durée.

 

Les aides des États aux grands capitalistes ont atteints des sommets inouïs. Au niveau mondial, ils ont dépensé plus de 2.000 milliards de $ (2.000 mds$) pour sauver des banques de la faillite – en Belgique 20 mds$. Les États ont fourni des garanties afin de rétablir la confiance interbancaire et des épargnants. Ils sont intervenus massivement pour racheter des obligations et des crédits toxiques.

 

Ces immenses efforts (que la population devra payer…) ont provisoirement donné un certain résultat, en contradiction avec ce qui s'est passé après 1929. On passe d'une période de récession vers un retour de croissance lente, mais à un niveau beaucoup plus bas qu'il y a un an.

 

Néanmoins, une montée en flèche du chômage restera le phénomène dominant dans les prochains mois et années.

 

Il y a des surcapacités et la période de restructuration, de liquidation de capital et de rationa­lisation n'est qu'à son début. Il n'y a pas d'investissements pour l'instant, sauf pour des reprises et restructurations.

 

S'il y a une légère reprise, elle est largement due à la reconstitution des stocks.

 

En Belgique, le Bureau du Plan prévoit 175.000 chômeurs en plus entre 2008 et 2011. Et plus de 200.000 avec la croissance de la population active. Aux EU, pour la première fois depuis 1983, le taux de chômage a dépassé les 10%. Avec un taux de chômage en flèche, la pression sur les salaires va rester (ce qui renforce la baisse du pouvoir d'achat). 

 

La reprise restera très faible, très hésitante et instable.

 

Les pertes d'emplois, la baisse des revenus, la pénurie de crédits ont fait chuter la consommation et augmenter l’épargne.

 

Les risques financiers (banques) ne sont pas du tout éliminés, de nouveaux effondrements ne sont pas à exclure. Il suffit d’en référer à la faillite de la banque DSB Pays-Bas ou de la banque américaine CIT, la quatrième faillite en importance dans l'histoire des EU.

 

Il y a encore une grande dose de produits toxiques dans les circuits financiers. En plus, la crise économique se retourne maintenant aussi contre les banques, qui ont de plus en plus à faire à des entreprises débitrices défaillantes.

 

Cette situation incite les banques centrales à poursuivre leur politique de faible taux d'intérêt.

 

L’intervention massive des banques centrales revient à une création massive de monnaie, qui peut mener à une inflation très importante.

 

 

Les États se sont endettés comme jamais afin de sauver des banques et de grandes entreprises. Les déficits budgétaires dépassent toutes les normes.

 

Le démantèlement des services et des entreprises publiques est accéléré, les budgets des soins de santé et de l’éducation sont à nouveau visé. Les plans d'économies ou l'augmentation d’impôts divers vont peser encore plus sur le revenu des ménages.

 

Afin de rétablir leurs bénéfices et de contrer le danger d’inflation, les capitalistes ont réduit sensiblement les salaires et haussé la productivité. Aux États-Unis (EU),  le coût salarial par unité produite a connu une baisse de 3,4% au cours du 3ème trimestre 2009.

 

Tout cela ne facilitera pas la sortie de la crise.

 

Une rechute n'est certainement pas à exclure.

 

La consommation aux EU ne 'tire' plus l'économie mondiale et il n'y a pas de relève pour l'instant.

 

L'économie chinoise connaît toujours la plus forte croissance (7 à 8%). Mais elle ne peut remplacer la consommation américaine comme moteur de l'économie mondiale. Le PIB chinois n'est qu'un cinquième du PIB américain. Et la consommation en Chine n'atteint que 35% du PIB, tandis qu'elle est de 70% aux EU.

 

En conclusion l’on peut dire que les plans de relance et les incitants ont poussé quelque peu la conjoncture, mais que toutes ces mesures sont très temporaires. La croissance n'est pas du tout durable. Une rechute est possible et certains économistes la prévoient déjà pour le deuxième trimestre de 2010.

 

La crise financière et économique pousse à un nouvel ordre mondial

 

Après la victoire de la contre-révolution en 1989, les grandes puissances impérialistes pensaient assurer leur contrôle planétaire par une politique militariste. Dans les faits, leurs agressions en Yougoslavie, Irak, Afghanistan et ailleurs ont approfondi le fossé entre elles et le reste du monde. Les crises financières en Asie en 1997, en Amérique Latine en 1998 et au niveau mondial en 2008-2009 discréditent toujours plus le système même de marché libre, imposé en plus par des mesures antisociales dictées par le FMI ou la BM. Car c’est précisément ce système-là qui pousse aujourd’hui une grande partie des économies du monde au bord du gouffre.

 

Entre-temps, en Asie et en Amérique Latine, les pays à régime socialiste comme la Chine ou Cuba, nationalistes-progressistes comme le Venezuela, la Bolivie, le Brésil et d’autres ou des puissances émergentes comme l’Inde ont réussi à briser le carcan de dépendance totale et de sous-développement dans lequel l’impérialisme les avait enfermés durant plus d’un siècle.

 

La Chine et Cuba et les autres pays émergents sont devenus des leviers puissants d’un nouvel ordre mondial. Un long chemin reste certes encore à parcourir. Mais personne ne peut plus douter du déclin inévitable de l’impérialisme.

 

Déjà le dollar est toujours plus largement remis en cause comme monnaie internationale. [3]

 

Joseph Stiglitz, prix Nobel et professeur renommé d’économie parlait récemment de “la lutte d’idées au niveau planétaire quant à savoir quel système économique est le meilleur pour le peuple appartient à l’héritage de cette crise”. “Nulle part,” dit-il, “ce débat ne se mène   de manière plus serrée que dans le Tiers-Monde… Ici l’on débat intensément entre capitalisme et socialisme…. Les pays du Tiers Monde en sont toujours plus convaincus qu’il ne faut pas embrasser les idéaux économiques étasuniens mais qu’au contraire il faut s’en détacher le plus possible”[4].

 

Crise environnementale planétaire

 

Le capitalisme ne se trouve pas seulement discrédité à cause des catastrophes économiques dans lesquelles il entraîne le monde. Mais aussi par son incapacité totale à répondre à cette autre crise d’envergure: celle qui menace la vie même sur notre planète.

 

Le “United Nations Environment Programme” (UNEP) a récemment soumis au sommet du G20 un document intitulé “Global Green New Deal”. La première phrase de ce document dit bien de quoi il s’agit: “ En réponse à la crise financière et économique, l'UNEP a appelé à un ‘Global Green New Deal’ pour revitaliser l'économie globale ... en même temps que simultanément accélérer la lutte contre le changement climatique [In response to the financial and economic crisis, UNEP has called for a ‘Global Green New Deal’ for reviving the global economy… while simultaneously  accelerating the fight against climate change]”.  Les technologies environnementales doivent selon ce rapport avant tout servir à réanimer l’économie globale, l’économie de marché. Elles constituent indéniablement d’immenses opportunités pour les capitaux en quête d’investissements et contribueront à une certaine relance de l’économie. Mais le critère économique étant dominant il en limite en même temps la portée pour la sauvegarde de notre planète. C’est la chasse illimitée aux profits qui a mené aussi bien à la crise financière et économique qu’à la situation catastrophique de notre environnement. Ce n’est pas le capital privé, à la recherche de bénéfices toujours plus grands, qui va pouvoir résoudre l’immense crise écologique dans laquelle notre planète sombre.

 

L’histoire a montré que le capitalisme ne peut surmonter ses crises qu’en détruisant à chaque fois d’immenses forces productives. « Lors de la dépression des années 30, ce n'est pas le 'new deal' qui a sorti l'économie capitaliste du marasme mais bien la deuxième guerre mondiale. Nous sommes devant une période de contradictions renforcées pendant que le capital devient plus agressif. Cela risque d'aboutir à de nouveaux conflits armés. »[5].

 

Nos tâches en tant que Partis communistes

 

Partout les travailleurs bougent et protestent. Certains s’inquiètent du retard des luttes de classes par rapport à l’ampleur des crises qui frappent le capitalisme. Il faut rappeler que ce n’est pas en 1929 qu’eurent lieu les combats les plus larges de la classe ouvrière, mais quelques années plus tard. Ce n’est que lorsque les travailleurs ressentent pleinement le poids que les gouvernements et patrons font peser sur eux qu’ils réagissent. En plus, il ne faut pas sousestimer le vide qu’a laissé la contre-révolution. Dans les années 1930, les travailleurs voyaient que le socialisme en URSS était l’alternative. Aujourd’hui, les travailleurs perdent de plus en plus toute confiance dans le capitalisme. Mais ils ne voient pas ce qu’il faut y opposer.

 

Le Parti de la Gauche européenne  s’acharne à défendre une voie réformiste de gauche, une version actualisée du social-démocratisme. Pour lui, obtenir des améliorations partielles dans les limites du système actuel, c’est déjà suffisamment ambitieux. Nous ne collaborerons jamais à ces tentatives-là de lier les travailleurs au système capitaliste et impérialiste.

 

C’est à nous d’aider les ouvriers, les employés, les chômeurs, les étudiants, les petits indépendants à se rendre compte qu’il ne s’agit pas de notre crise, mais de celle du capital. Que le problème fondamental est la propriété privée des grands moyens de production, associée à la recherche continue de bénéfices plus élevés par la poignée de détenteurs de grands capitaux. Seule une économie réellement socialiste, planifiée par l’État ouvrier, peut faire en sorte que la production se développe en fonction des besoins des masses et non pas des profits pour une minorité.

 

Cette compréhension ne passe évidemment pas si facilement aujourd’hui, dans nos pays impérialistes. Cela ne sert à rien de se lamenter à ce sujet, nous en connaissons les raisons: le renversement du socialisme en URSS, la mainmise croissante de quelques grands monopoles sur les médias, etc. Nous devons partir de la réalité et découvrir les voies par lesquelles les travailleurs peuvent, aujourd’hui, progresser dans le sens anti-capitaliste.

 

Nous avons décidé de marcher sur deux jambes. D’une part, nous débarrasser de toute rigidité et dogmatisme dans notre travail de masse: nous devons partir de ce que les gens comprennent aujourd’hui, des revendications correctes pour lesquelles ils veulent bouger – quel qu’en soit le niveau, de soutenir et d’aider à développer les luttes dans lesquelles ils s’engagent. Nous menons par exemple en ce moment une grande campagne pour une taxe sur les millionaires, une taxe qui frapperait les 72.000 familles d’euromillionnaires en Belgique. Comparé à la population, c’est le plus grand nombre dans l’Union européenne. Taxer les grosses fortunes est une revendication que rencontre déjà un certain soutien dans différents milieux syndicaux…. Mais pour les cercles politiques bourgeois, c’est une revendication insensée et “irréaliste”…. Nous propageons également une diminution de la TVA sur l’énergie, de 21% - le taux actuel – à 6%. Nous avons déjà collecté plus de 200.000 signatures et nous poursuivrons cette campagne tant que la mesure n’aura pas été appliquée. Je pourrais vous citer une liste bien plus longue de revendications ou d’actions que nous menons, qui sont au niveau des gens.

 

Bien sûr, inévitablement le danger d’opportunisme de droite existe, et il serait aussi pour nous un véritable risque, si nous ne marchions pas non plus sur l’autre jambe: celle du renforcement de l’éducation marxiste-léniniste au sein de notre parti, à travers notre revue théorique et à travers des conférences ouvertes.

 

Nous devons renforcer le mouvement communiste révolutionnaire. Cela nécessite que nous approfondissions notre compréhension et notre critique marxiste du capitalisme actuel, en lutte avec les idées réformistes, social-démocrates. Cela nécessite que nous renforcions notre collaboration à ce niveau. Nous devons aussi échanger plus d’expériences en matière d’organisation des masses et d’organisation de nos propres partis communistes, comme nos expériences en matière de tactique. Tout notre travail doit se baser sur le socialisme scientifique. Mais il est clair que la réponse concrète aux problèmes typiques de notre époque ne se trouvera pas comme telle dans ces écrits. Elle ne peut surgir que des bilans scientifiques que nous faisons de nos expériences.

 

http://www.solidnet.org

 



[1]     Vanity Fair, Joseph E. Stiglitz, July 2009

[2]     Declaration on the Economic Crisis, 18th International Communist Seminar, Brussels, 15-17 May 2009

[3] Le professeur Shi Jianxun de l’université Tongji à Shanghai a publié un article dans le “Journal du Peuple” du 17 septembre, dans lequel il dit entre autres: “Le monde a besoin incessamment d’une monnaie diversifiée et d’un ordre financier juste qui ne soit plus longtemps dépendant des États-unis. Cet appel a été repris par Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque Nationale de Chine et acceuilli favorablement entre autres par l’Iran, le Pakistan, le Venezuela et d’autres pays. L’Iran et le Venezuela sont les promoteurs au sein de l’OPEP du passage du dollar à une corbeille de monnaies…

[4]     “ … a worldwide battle over ideas – over what kind of economic system is likely to deliver the greatest benefit to the most people. Nowhere is that battle raging more hotly than in the Third World, among the 80% of the world’s population that lives in Asia, Latin America and Africa… In much of the world the battle between capitalism and socialism still rages…. They are increasingly convinced that any economic ideals America may espouse are ideals to run from rather than embrace.” Vanity Fair, Joseph E. Stiglitz, July 2009

[5]     « Déclaration sur la crise », 18ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 15-17 mai 2009
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