nocuts.jpg150 000 manifestants à Londres contre la politique d'austérité du « gouvernement des riches » mais divisions syndicales autour de l'appel à la grève générale

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

 

« Non aux coupes », « L'austérité ça suffit » : ce sont les mots d'ordres que l'on pouvait lire sur les pancartes des 150 000 manifestants rassemblés à Londres pour exprimer leur colère envers la politique de rigueur pour les travailleurs et de cadeaux aux plus riches du gouvernement conservateur.

 

Enseignants, infirmières, agents d'entretien, cheminots, dockers et chômeurs ont répondu à l'appel lancé par les syndicats du TUC (Trade union congress) pour protester contre les nouvelles mesures d'austérité annoncée par le premier ministre conservateur David Cameron : 150 000 à Londres, 10 000 à Glasgow et à Belfast.

 

Au programme de la rentrée, de nouvelles coupes de 12,5 milliards d'euros dans les dépenses publiques visant avant tout les allocations sociales : des allocations logement pour les moins de 25 ans jusqu'aux allocations familiales.

 

Un énième plan d'austérité poursuivant un triple objectif : faire payer la crise par les travailleurs, casser le secteur public et enfin faire de nouveaux cadeaux aux riches et aux entreprises.

 

Le gouvernement garde ainsi le cap du gel du salaire des fonctionnaires britanniques, de la privatisation de la Poste (Royal Mail) et de la Santé (NHS), de la suppression de 800 000 emplois publics d'ici 2015 tandis que dans le même temps le plafond de l'impôt sur les revenus était abaissé de 50 à 45%, et l'impôt sur les sociétés de 26 à 24%.

 

Un gouvernement de classe qui ne cache plus son mépris de classe. Andrew Mitchell en est l'incarnation même. Ce ministre conservateur qui a dû démissionner vendredi sous la pression populaire après avoir traité un policier qui lui faisait une remontrance de « plebs » (prolo).

 

Ce samedi, les travailleurs britanniques ont retourné l'insulte en un appel au rassemblement des « prolos » : « Plebs of all countries, unite » (Prolos de tous les pays, unissez-vous!), pouvait-on lire sur les banderoles des manifestants.

 

 

Des travaillistes qui revendiquent une « alter-austérité », leur leader hué à la manifestation

 

Si la manifestation n'a pas atteint les sommets des défilés du printemps 2011, elle a néanmoins permis l'expression d'une colère populaire en manque de perspective. Une colère sur laquelle le Parti travailliste entend bien capitaliser, et qu'il entend bien canaliser.

 

Le leader du Parti travailliste, Ed Miliband, était présent à la manifestation. Son discours a reçu un accueil défiant de la part des manifestants, recevant même les huées de la foule. Car derrière les attaques virulentes contre le gouvernement, c'est un appel à une autre austérité qu'a lancé Miliband

 

En effet, le dirigeant du Labour fait le choix de l'honnêteté plutôt que des promesses en l'air, le choix de l' « austérité juste » : « Je ne promets pas des temps faciles (…) des choix difficiles seront à faire, mais ce seront des choix différents et justes ».

 

Derrière les rodomontades, le leader travailliste apporte en réalité sa caution aux coupes du gouvernement, reprochant juste leur rythme et leur ampleur : « J'ai déjà dit que, quiconque serait au gouvernement, il faudrait des coupes. Mais ce gouvernement coupe trop loin et trop vite, cette austérité-là suicidaire n'est pas une réponse aux problèmes du pays ».

 

Rappelons encore une fois qu'en 2010, le candidat Gordon Brown ne promettait qu'une alter-austérité face au candidat Cameron : 20% de baisse des budgetsau lieu de 25%, 450 000 fonctionnaires en moins au lieu de 800 000, 45 milliards d'économies au lieu des 70 prévus par les conservateurs.

 

Lutte aiguë entre directions réformistes et syndicalistes de classe autour de l'appel à la grève générale



Du côté des dirigeants syndicaux, la direction réformiste du Trade Union Congress (TUC) – liée structurellement au Labour – a encore une fois livré une critique acerbe du « gouvernement des riches », ironisant sur le slogan du « On est tous dans le même bâteau » (We're all in this together) :


 

« la dure réalité, c'est qu'on a des exonérations fiscales (tax cuts) pour les plus riches, et des coupes salariales et dans les acquis sociaux (wage and benefits cuts) pour les pauvres », a ainsi déclaré Brendan Barber, secrétaire du TUC, à la fin du rassemblement.

 

Néanmoins, sa critique reste celle d'un mauvais capitalisme financier qu'il oppose à un bon capitalisme productif qu'il faudrait revivifier, en axant sur une politique de crédit sélectif favorisant les investissements privés.

 

Sur la question de l'intensification de la lutte et d'un appel à la grève générale, Barber s'est montré beaucoup moins virulent sur l'antenne de la BBC :

 

« Certains de mes collègues peuvent bien en parler, mais j'attends pas grand monde appeler à une grève générale ».

 

Ce n'était pas l'avis des manifestants ce samedi où on pouvait trouver parmi les banderoles les plus populaires, le mot d'ordre offensif : « 24 heures de grève générale, maintenant ! ».

 

Des manifestants qui ont réservé une ovation au secrétaire du syndicat des cheminots et des dockers RMT, Bob Crow, proche des communistes lorsque celui-ci a lancé un appel à une grève générale nationale d'une journée.

 

« Les manifestants sont une pierre angulaire vers l'objectif d'une action convergente et vers une grève générale. Voilà pourquoi le RMT dit : défile aujourd'hui, et fais grève demain ! ».

 

Un appel à la grève qui rencontre un certain écho parmi les syndicats les plus combatifs, notamment le Syndicat des enseignants (National union of teachers) et le Syndicat des services publics et commerciaux (PCS), actif surtout dans la fonction publique.

 

En Grande-Bretagne comme ailleurs, la lutte contre l'austérité d'où qu'elle vienne continue. Comme ailleurs, la ligne du dialogue social et de l’aménagement des contre-réformes portée par la CES rencontre l'opposition de ceux qui restent attachés à un syndicalisme combatif, refusant toute compromission avec le consensus libéral dominant, avec la super-austérité dictée par l'UE du Capital !

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