14 julio250 000 étudiants et enseignants dans la rue au Chili, les communistes en première ligne, pour exiger une éducation publique et gratuite de qualité et la fin d'un système où l'argent est roi



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/





250 000 manifestants dans les rues chiliennes dont 150 000 à Santiago ont répondu à l'appel lancé par les confédérations syndicales étudiantes et enseignantes en dépit de l'interdiction formelle des autorités et des menaces des forces de police mises à exécution au terme du cortège.



Lycéens, étudiants, professeurs, chercheurs et même mineurs, tous étaient là pour exprimer non seulement leur colère vis-à-vis de la politique du gouvernement Pinera mais aussi d'un système économique inchangé depuis la dictature, en dépit de plus de vingt ans de gouvernement de centre-gauche.



Le mouvement ne faiblit pas en dépit des tentatives du gouvernement pour briser le mouvement, en proposant tantôt d'ouvrir des négociations sur des bases inacceptables tantôt d'avancer les vacances d'hiver. Une centaine d'universités et plus de cinq-cents collèges et lycées sont encore paralysés par un mouvement de grève unissant étudiants et professeurs.



Le 30 juin dernier, ils étaient plus de 200 000 dans les rues de Santiago, et 400 000 dans tout le pays.



Un système éducatif sous la coupe du privé depuis l'ère Pinochet, laissé intact par la « gauche »



La cible du mécontentement étudiant, le système d'éducation largement privatisé hérité de la dictature, conservé intact par vingt ans de gouvernements de « gauche », et que l'actuel gouvernement Pinera se propose d'approfondir.



Au Chili, l'éducation primaire et secondaire est municipalisée, l’État se déchargeant d'une grande partie de ses responsabilités financières. Les coûts ne pouvant être assumés totalement par les communes, l'éducation primaire est donc largement financé par des fonds privés, en premier lieu par les familles qui couvrent 30% des coûts.



L'éducation supérieure est elle très largement sous la coupe du privé, que ce soient dans les grandes universités officiellement publiques mais levant et dépendant des fonds privés ou les universités autonomes intégralement privatisées.



Des frais de scolarité jusqu'à 1 800 euros par mois, une moyenne de 30 000 euros à rembourser à la fin des études



Les frais de scolarité atteignent des sommes mirobolantes pour les étudiants versés dans les universités autonomes – le lot de beaucoup d'étudiants non-acceptés dans les grandes universités publiques – allant de 300 à 1 800 euros par mois.



Les étudiants restés dans le public ne sont pas mieux lotis, l’État ne subventionnant les universités qu'à hauteur de 10% de leurs frais de fonctionnement, les 90 autres % étant à la charge des familles.



En moyenne, un étudiant chilien doit avancer 30 000 euros pour financer ses études, une somme qu'il doit souvent obtenir via des prêts aux taux d'intérêts exorbitants. De fait, les enfants des couches populaires se voient soit refuser l'accès à l'université soit contraints à un endettement qui les suivra des années durant.



Une éducation privatisée synonyme de piètre qualité, loin derrière le système socialiste cubain selon l'ONU



L'argument selon lequel une éducation privatisée est la condition d'une éducation de qualité ne résiste pas à l'épreuve des faits. Au Chili, le système éducatif était dans les années 1960 un des meilleurs d'Amérique Latine. Sa qualité est aujourd'hui en nette dégradation, et seules les grandes universités publiques réputées résistent à ce mouvement vers le bas du système.



Selon les chiffres de l'ONU, c'est bien le système entièrement public, gratuit et universel cubain qui serait le plus efficace d'Amérique latine loin devant le système privatisé Chilien, devancé même par le système éducatif vénézuelien.



Un mouvement qui fait converger toutes les colères accumulées dans la société chilienne, des enseignants aux mineurs



Malgré les vaines tentatives de division du gouvernement, le mouvement rassemble très largement, canalise les colères accumulées. Les enseignants et chercheurs ont rejoint le mouvement dès les premières semaines tandis que la CUT (Centrale unitaire des travailleurs) a appelé ses syndiqués à afficher leur solidarité en participant aux manifestations étudiantes.



Ce lundi 11 juillet, les 30 000 mineurs de cuivre de la CODELCO se sont mis en grève pour protester contre les manœuvres de privatisation du gouvernement Pinera. Certains d'entre eux étaient présents dans le cortège étudiant ce jeudi, alors que la revendication étudiante d'une re-nationalisation intégrale du cuivre pour financer l'éducation publique chilienne monte de plus en plus.



Un gouvernement des riches pour les riches fatalement discrédité



Quatre chiliens sur cinq soutiennent les revendications des étudiants alors que le président Pinera apparaît plus que jamais impopulaire avec deux-tiers d'opinions défavorables.



Il faut dire que l'arrogance du gouvernement du multi-milliardaire Pinera a de quoi agacer. La proposition d'un Grand accord national pour l'éducation (GANE) est tombée à plat. Les mesures proposés ne faisant que perpétuer le système actuel – augmentation des bourses, baisse des taux d'intérêts pour les prêts, distinction déjà en acte entre universités privées et publiques – sans aucune réforme de fond.



Au contraire, le cynisme du gouvernement n'a fait que souder encore plus l'ensemble des travailleurs chiliens – qui en tant que parents sont aussi concernés par l'injustice du système éducatif – à la lutte des étudiants.



Le Parti et la jeunesse Communistes à l'avant-garde du mouvement, force d'impulsion et de direction des luttes



Dans ce mouvement contre les politiques de privatisation et de libéralisation, les communistes retrouvent un rôle d'avant-garde des luttes.



Le Parti communiste du Chili (PCCh) apporte son soutien plein et entier au mouvement. Le député Lautaro Carmona, à la fin de la manifestation osait parler de manifestation historique : « Il est toujours difficile de dire qu'il s'agit 'de la plus grande manifestation jamais connue' mais j'ose le dire, et ce pour plusieurs raisons : une fois de plus, ce fut une manifestation de caractère national, qui s'est déployée aux quatre coins du Chili.



Une manifestation dont la colonne vertébrale et les protagonistes sont les étudiants, les professeurs, les chercheurs mais qui chaque jour passant compte de plus en plus sur d'autres couches de la population qui se solidarisent avec le contenu des appels à la manifestation ».



La Jeunesse communiste chilienne joue également un rôle important dans la mobilisation, à travers son organisation enracinée sur les lieux d'études et son articulation entre les revendications catégorielles des étudiants et un projet de société alternatif au système de l'argent roi.



Camila Vallejo, jeune communiste et secrétaire de la Fédération des étudiants de l'Université du Chili, contribue à populariser ce mode d'action et cette vision des communistes. Après la manifestation de jeudi, elle réaffirmait sa détermination à en découdre avec le gouvernement :



« Le gouvernement a fait traîné les choses en longueur, en tentant de nous avoir à l'usure, en prévoyant l'arrivée des vacances, à lançant des appels différents que ceux que nous avions effectivement lancés, etc. Une série d'artifices et de trucs pour affaiblir et diviser le mouvement. Je crois qu'il n'y est pas parvenu et cette manifestation est une démonstration claire que nous restons unis, dans un mouvement massif et transversal, qui continue de se renforcer. »



« Sa proposition de 'Grand accord national' est quelque chose qui ne nous représente pas et représente une politique continuiste d'approfondissement d'un modèle éducatif bien précis que nous voulons tout simplement transformer ».


Reportage de la télévision vénézuelienne sur la manifestation : http://www.youtube.com/watch?v=ZwInopr08tY&feature=player_embedded

 

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