Trois millions de personnes dans la rue à l'appel de la Cgil!

"La meilleure des bases pour reconstruire une organisation de classe, communiste et anticapitaliste"


Publié sur le site de l'Ernesto, le 5 avril 2009



Justice fiscale; des mesures d'urgence pour venir en aide aux retraités; des allocations sociales en particulier l'augmentation des allocations-chômage pour les victimes de la crise; une politique industrielle permettant de lutter contre les délocalisations. Voilà les quatre points principaux de la plate-forme revendicative grâce à laquelle la Cgil a réussi à mobiliser à Rome près de 3 millions de personnes, qui ont envahi le Cirque Maxime.


Un succès extraordinaire surtout si on prend en considération les difficultés que rencontrent quotidiennement les familles italiennes et qui, inévitablement, rendent compliquées jusqu'à la mobilisation, quand cela implique de renoncer à une journée de salaire ou de payer le trajet pour aller à la manifestation. Ces mois-ci, en effet, à cause de la crise, la situation économique, qui n'était déjà pas rose, s'est aggravé au plus haut point: beaucoup de familles sont aujourd'hui réduites à la pauvreté et ne réussissent plus à boucler les fins de mois à cause de la perte de leur salaire ou de leur réduction drastique dues aux nombreux licenciements, au non-renouvellement des contrats précaires et aux coupes dans les allocations-chômages.


La présence des travailleurs immigrés était, par ailleurs, extrêmement significative. Un phénomène positif à ne pas sous-estimer: dans les dernières années, en effet, beaucoup d'entre eux ont commencé à participer aux manifestations et aux luttes, rendant visible leur présence, souvent oubliée. Tout cela a été rendu possible aussi grâce au travail réalisé par la Cgil qui a été en mesure de mettre en avant leur double nature, celle de travailleurs (exploités) et celle d'immigrés, réussissant à les faire participer soit en partant de leur condition sociale soit en partant de leur particularité culturelle. Voilà une leçon importante pour les partis de gauche qui aspirent à travailler avec les communautés d'immigrés présentes sur le territoire mais qui souvent ont des difficultés à concrétiser leurs intentions.


C'est un signal très inquiétant mais assez significatif que nous a envoyé le gouvernement de(s) droite(s) dans sa tentative d'effacer, de cacher et de minimiser cette manifestation. Ni l'attaque de Berlusconi envers les journalistes, accusés de divulguer des informations fausses à son égard justement le jour où une imposante manifestation attaquait frontalement la politique de son gouvernement, ni les estimations à la baisse de la préfecture de Rome qui a déclaré que les manifestants étaient à peine 200 mille, ne sont fortuites. Tout cela face à une participation massive (2 millions 700 mille personnes, selon la Cgil) où il suffisait de jeter un coup d'oeil au cortège, ou au Cirque Maxime noir de monde, pour se rendre compte de la réalité. Pourquoi alors cette réaction? C'est évident qu'il y a actuellement, de la part du gouvernement, une tentative d'effacer et de dissimuler le conflit social et, plus la crise produira des tensions et des luttes, plus on cherchera à les minimiser pour donner l'impression aux travailleurs qu'ils sont seuls.


Dans le cortège étaient aussi présents les dirigeants du Pd, à commencer par Franceschini [nouveau secrétaire du Pd après la démission de Veltroni], qui, en pleine continuité avec le « oui mais... » typiquement Veltronien, n'a rien su faire de mieux qu'appeler la Cgil à l'unité syndicale. Tout cela à quelques jours de la signature par la Csil et l'Uil [syndicats influents bien que plus faibles que la Cgil, respectivement d'obédience traditionnelle démocrate-chrétienne et socialiste] du nouveau texte sur la réforme du contrat de travail qui est en complète contradiction avec la position de la Cgil et celle des millions de travailleurs qui ont été appelés à s'exprimer. Cela en dit long sur le Pd et l'influence de sa vision interclassiste de la société dans les politiques qu'il défend.


C'est aussi pour ces raisons que la forte présence dans le cortège du Prc et du Pdci, prend une valeur particulière. Face à l'attitude ambiguë du Pd, les forces qui ont décidé de donner naissance à une liste unitaire des communistes et de la gauche anticapitaliste, se sont au contraire beaucoup impliquées pour faire de cette manifestation un succès et ont exprimé leur solidarité avec les manifestants. Le succès de cette initiative, outre sa forte valeur syndicale, nous renseigne sur l'existence d'une partie de la population qui a perdu toute représentation politique: les grands rendez-vous de cet automne organisés autant par Cgil que par les syndicats de base, ont donné la parole à une partie de la société qui refuse de se rendre et qui lutte pour un avenir meilleur. Les mêmes 3,4 millions de votes (sur 3,6 millions de votants) qui se sont exprimés contre l'accord séparé [sur la réforme du contrat de travail] nous renseigne sur l'existence d'une classe ouvrière, touchée par la crise mais qui, en aucun cas, ne courbe l'échine ou s'estime vaincue. Voilà la meilleure des bases pour reconstruire une organisation de classe, communiste et anticapitaliste, qui se fixe comme objectif de représenter ces luttes et leurs revendications? C'est le défi que nous avons à relever.



Traduit de l'italien depuis http://www.lernesto.it/

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