Les 100 jours d'Obama


Par Albano Nunes, membre du Secrétariat du Comité Central du Parti Communiste Portugais


Traduction AC pour Solidarité-Internationale-PCF

Nous n'avons jamais eu le moindre doute sur la véritable nature du « phénomène Obama ». Nous nous sommes jamais laissés embarqués dans cet océan d'illusions que la formidable campagne de promotion du « phénonène » a suscité et suscite encore dans certains secteurs du camp démocratique. Nous mettons en garde depuis le premier jour contre l'opération de promotion sophistiquée de l'impérialisme nord-américain qui se cache derrière un tel phénomène: l'échec retentissant de la présidence fascisante de George Bush a imposé un changement dans l'image de marque des Etats-Unis et la recherche d'autres moyens pour imposer son hégémonie mondiale. Après les 100 premiers jours du gouvernement Obama, nous pouvons affirmer que les faits nous donnent raison.

 

Bien qu'il soit encore tôt pour porter des jugements définitifs au vu des nombreux sujets en jeu, tant dans le domaine de la politique intérieure que de la politique extérieure des Etats-Unis, trois choses apparaissent déjà évidentes:

  • les mesures mises en oeuvre par la nouvelle administration nord-américaine pour « combattre la crise » se situent dans la continuité de celles prises par l'administration précédente et elles servent, de la même manière, les intérêts du capital financier et du complexe militaro-industriel;

  • contre vents et marées le « mode de vie américain » continue à s'appuyer sur l'hégémonie du dollar dans le Système monétaire international, sans que la gigantesque dette externe des Etats-Unis ne conduise à son effondrement;

  • avec Obama la course aux armements et l'interventionnisme agressif ne reculeront pas et ils progresseront même dans certains domaines.

     

    Voilà l'inquiétante réalité qu'aucune image sympathique d'« ouverture » ne peut réussir à dissimuler.

 

La crise profonde du capitalisme aiguise ses contradictions et la lutte des classes. Il est évident que, malgré l'important processus en cours de reconstitution des forces, le rapport de forces continue à être favorable à l'impérialisme. Et que tant dans le mouvement communiste et révolutionnaire que dans le camp anti-impérialiste le trait prédominant continue à être la résistance et l'accumulation de forces. Mais il n'est pas pour autant certain que l'ampleur de la crise et le développement des luttes ne puisse pas conduire à d'importantes victoires partielles et à l'émergence de processus révolutionnaires. Lors des commémorations du Premier Mai, sont apparus des signes encourageants de combativité et de nouvelles avancées dans la lignée des victoires progressistes en Amérique Latine et dans d'autres parties du monde. Comme récemment en Afrique du Sud où l'ANC, avec la contribution décisive de la classe ouvrière et des communistes, a remporté un succès électoral extraordinaire, d'autant plus important qu'il l'a été malgré de multiples tentatives pour affaibilir et diviser cette grande force révolutionnaire de libération du peuple sud-africain.

 

C'est pour cela que, tout en manoeuvrant pour blanchir l'image des Etats-Unis, l'administration Obama continue à étendre sa machine de guerre, à établir des bases militaires aux quatre coins du monde, à déstabiliser des pays et des régions entières pour y installer ses troupes et protéger des gouvernements fantoches, à renforcer l'OTAN et à élaborer des stratégies de « projection des forces » dans le monde entier, à soutenir le renforcement du volet militaire de l'UE, à insister sur la « menace » d' « Al Qaeda » et de la « guerre contre le terrorisme » pour couvrir l'invasion de pays souverains. La duperie de la « sortie d'Irak », l'extension de la guerre en Asie Centrale, au Pakistan, la concentration de puissantes forces navales dans le Golfe Persique et en Mer Rouge, l'invasion discrète de la Somalie par l'Ethiopie soutenue par les forces des Etats-Unis, de nouveaux pas en avant dans la politique agressive dirigée vers l'Afrique, ce sont des faits qui ne laissent aucune place au doute sur le chemin que l'impérialisme en général, et nord-américain en particulier, se propose de tracer. Celui de faire payer aux travailleurs et aux peuples la crise capitaliste. De tenter de sauver un système historiquement condamné et d'étouffer les inévitables explosions sociales, porteuses de transformation révolutionnaire. La tactique des « gestes d'ouverture » d'Obama ne doit pas nous distraire de l'essentiel. Tout changement dans l'attitude de l'impérialisme ne peut que venir de la résistance et de la lutte des travailleurs et des peuples.

Avante, Numéro 1849, 7 mai (http://www.avante.pt/)

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