Résumé de la situation au Liban

 

Communiqué du Parti Communiste Libanais

 

Traduit par JC pour Solidarité-Internationale-PCF

 

Ce communiqué récapitule les plus importants événements qui ont eu lieu depuis notre dernier communiqué daté du 21 avril 2009. Il prend acte des derniers changements dans les domaines des élections législatives Libanaises, de la situation socio-économique, de l'état général du pays et de la situation régionale.

 

Premièrement: la situation régionale

 

Notre évaluation de la situation dans la région est directement liée à l'évaluation que le parti fait des projets Américains pour le présent et pour l'avenir de notre région. Ces projets sont caractérisés par les traits suivants:

 

• L'importance de garder le contrôle des hydrocarbures (pétrole et gaz) et de leurs routes d'approvisionnement respectives. C'est nécessaire non seulement pour garantir la satisfaction des besoins du marché intérieur Américain mais surtout pour utiliser le contrôle du pétrole comme un moyen de pression sur l'Europe, le Japon et la Chine. Cette hégémonie peut être directe ou indirecte via un « deal » dans le futur avec certaines puissances régionales pour protéger les intérêts des Etats-Unis même si cela suppose la reconnaissance de la légitimité des ambitions de la Turquie et/ou de l'Iran dans la région.


• Pour conserver cette hégémonie, les Etats-Unis cherchent à exacerber les divisions ethniques, sectaires et religieuses existantes dans la région, et à en créer de nouvelles: que ce soit à l'intérieur de chaque pays ou entre les différents pays.


• La militarisation de la région afin de soutenir l'économie Américaine et le complexe militaro-industriel.


• Créer les conditions pour mettre fin à la lutte Israélo-Arabe en vue de créer et de favoriser l'émergence de nouvelles contradictions dans la région.

Ces projets impliquent plusieurs changements majeurs et soulèvent plusieurs questions qu'il faut surveiller et suivre attentivement:


• Le rôle de l'Europe et de la France qui tentent de se démarquer du rôle joué par les Etats-Unis, à la rechercher d'un rôle indépendant, et d'une sphère d'influence, dans la région


• Le rôle émergent de la Turquie encouragé par les Etats-Unis


• L'affaiblissement de la position d'Israel à la veille de la guerre de 2006, où on a assisté au début de son déclin dans son rôle de protecteur des intérêts américains dans la région (même si c'est encore trop tôt pour affirmer avec certitude que nous avons asisté à une perte définitive et irréversible de son rôle et de son capacité à le tenir). Il faut admettre que cet affaiblissement a été accompagné d'une montée de la nouvelle droite Israélienne qui est encore plus raciste que la gauche Israélienne.


• Le dilemme des pays qui ne sont pas associés au projet américains pour la région (Iran et Syrie), alors que leurs derniers succès dans la lutte contre les Etats-Unis risquent de connaître un coup d'arrêt, voire même d'être réduits à néant, sauf si tous les aspects de la lutte et de l'affrontement soient pris en compte y compris les aspects socio-économiques, et s'ils s'engagent à faire un sérieux effort pour revoir leur position sur plusieurs problèmes, en particulier vis-à-vis des négociations avec Israel.


• La capacité pour la résistence Palestinienne, toutes factions confondues, à dépasser ses divisions actuelles et dangereuses.


• L'émergence d'une tendance au déplacement de l'attention américaine vers l'Afghanistan et le Pakistan qui pourrait faciliter un nouveau deal pour se partager les sphères d'influence au Moyen-Orient avant de centrer son attention sur un autre région.


• Prudence et appréhension de la part des « régimes Arabes modérés » envers tout « deal » à venir qui pourrait mettre en péril la « légitimité » de leurs régimes ainsi que leurs intérêts. Ainsi, ils pourraient jouer sur l'exacerbation des conflits communautaires pour protéger leurs intérêts et renforcer la « légitimité » de leurs régimes.

Les événements du mois dernier montrent que toutes les questions précédemment citées sont liées et interagissent entre elles, tout en soulignant bien que toutes les options sont encore possibles et que chaque partie essaie d'améliorer sa position en vue des négociations à venir. Dans ce contexte, il est utile de se souvenir des leçons de l'histoire qui montrent que les guerres sont souvent utilisées comme un prétexte pour justifier les conditions imposées par un traité de paix qui pourraient sans cela être inacceptables pour le peuple.



Deuxièmement: la situation intérieure Libanaise



Le dernier mois est caractérisé par les traits et évenements suivants:



• Des tentatives répétées d'arriver à un accord entre l'Arabie Saoudite, les Etats-Unis et la Syrie sur la période post-électorale au Liban. En fait, les nombreuses visites de dignitaires étrangers dans notre pays, y compris la visite du vice-président Américain, doivent être considérées dans ce contexte. Cela signifie que, comme d'habitude, ce seront les puissances régionales et internationales, et non le peuple lui-même, qui fixeront la ligne politique et la composition même du prochain gouvernement Libanais.


• Intensification des tensions entre les deux camps formés par l'alliance de classe représentée par le gouvernement et l'opposition (qui est aussi représentée au gouvernement) au fur et à mesure que la date des élections législatives approche (les élections législatives sont prévues pour le 7 juin).


• La découverte et le démantèlement d'un grand nombre de réseaux d'espionnage, qui a eu lieu juste avant la plus grande manoeuvre militaire dans l'histoire d'Israel, qui était prévue pour le 31 mai. Ces événements coincident également avec des rumeurs qui font état de préparatifs Israéliens pour une opération majeure de type « opération de sécurité », ce qui peut inclure l'orchestration de conflits communautaires internes en particulier après les informations révélées par l'article du Der Spiegel, suivies par l'accusation lancée par le ministre des Affaires Etrangères d'Israel contre le Hezbollah, qu'il implique dans l'assassinat du dernier Premier Ministre du Liban, Rafiq Hariri. Tout cela s'est déroulé après la libération de quatre généraux qui était accusés de l'assasinat d'Hariri. Les généraux ont été libérés par le tribunal international après qu'il ait apparu au grand jour, comme on s'y attendait, que leur arrestation était motivée par une décision politique et n'était appuyée par aucune preuve matérielle qui pourraient en faire ne serait-ce que des supects (selon le communiqué rendu par le tribunal pour justifier leur libération).


• Abaissement de la majorité électorale de 22 à 18 ans.


• L'émergence de contradictions à la fois à l'intérieur du gouvernement et à l'intérieur des alliances nouées dans l'opposition, qui montre la faiblesse de ces alliances en particulier des alliances gouvernementales.



Troisièmement: la situation socio-économique



En général, les effets différés de la crise économique mondiale au Liban sont dûs aux chocs combinés des prix élevés du pétrole et de la baisse des taux d'intérêts, les deux ayant contribué à l'afflux de capitaux vers le Liban. Cependant, cela ne signifie pas du tout qu'il n'y a pas de crise au Liban ou qu'elle ne nous touchera pas. En fait, on s'attend à ce que l'afflux de capital vers notre pays diminue; en particulier si on prend en compte que la norme jusque-là était de déposer l'argent dans les banques qui à leur tour l'investissaient et était utilisé par le gouvernement pour éponger la dette publique, et que le gouvernement est aujourd'hui au bord de la faillite. La baisse prévue des dépôts bancaires impliquera que le paiement de la dette publique aura lieu dans des conditions économiques mondiales encore plus difficiles. En parallèle, le budget Libanais accuse un lourd déficit dû à la hausse des dépenses. De plus, la tendance à l'émigration qui tendaient à alléger les problèmes de chômage s'inverse, alors que les revenus des familles Libanais diminuent et qu'il leur est donc plus difficile de rapatrier leurs économies.



Du fait de ce qui a été dit précedemment, un grand nombre d'indicateurs ont récemment pointé que les conditions socio-économiques allaient sérrieusement se déteriorer; à un moment où à la fois le gouvernement et l'opposition manquent d'un projet sérieux et cohérent pour traiter les problèmes qui se posent pour l'économie Libanaise et ne concentrent leur attention que sur un « partage équitable » des fonds issus de la privatisation des actifs gouvernementaux à l'avenir.



En conséquence, notre parti a intensifé ses efforts et ses activités, car il constate que la situation actuelle montre aux yeux de tous que le gouvernement et l'opposition ont les mêmes intérêts de classe, et que seul le Parti Communiste Libanais est le seul et véritable défenseur des intérêts de la classe ouvrière, des paysans, des pauvres et des exclus en général.



Quelques indicateurs socio-économiques dans différents secteurs:



• Les indicateurs liés aux revenus: le pourcentage de familles pauvres a augmenté de 42,8% en 1995 à 51,6% en 2004.

• Les indicateurs liés à l'éducation: le pourcentage de familles n'y ayant pas accès est passé de 32,8% en 1995 à 24,1% en 2004

• Les indicateurs liés à l'accès l'eau courante et à un système d'évacuation des eaux usagées: le pourcentage de familles n'y ayant pas accès est passé de 18.9% en 1995 à 16.6% en 2004.

• Les indicateurs liés au logement: le pourcentage de personnes sans-abris ou mal-logés est passé de 25.9% en 1995 à 16.6% en 2004.

• La dette étrangère a atteint les 47,2 milliards de dollars au début du mois de mars 2007.

• Le chômage pour les plus de 15 ans a augmenté de 7,9% en 2004 à 9% en 2007 jusqu'à atteindre entre 14 et 25% en 2009 selon les différentes estimations.

• On estime que le chômage chez les jeunes (entre 15 et 35 ans) a dépassé les 35%

 

Quatrièmement: les élections au Liban



Malgré le caractère anti-constitutionnel, non-représentatif et injuste de la loi électorale, notre parti a décidé de participer aux prochaines élections, les considérant comme une étape dans la lutte pour revendiquer une réforme politique et en particulier dans la lutte pour la constitution d'une nouvelle loi électorale plus représentative basée sur la représentation proportionnelle avec une seule circonscription, le Liban, et la lutte pour une meilleure représentation des femmes ainsi qu'un plus grand partage du pouvoir en leur faveur. Les candidats du parti pour les prochaines élections sont:



• Le camarade Farouq Dahrouj, ancien secrétaire général du parti, est candidat dans le district de la Bekaa occidentale.

• Le camarade Saadallah Mazaraani, membre du Bureau Politique, est candidat dans le district de Marjayoun – Hasbaya.

• Le camarade Dr. Semaan Al-Laqis est candidat dans le district du Koura

• Le camarade Jihad El-Moalem, président du syndicat des travailleurs dans la Bekaa, est candidat dans le district de Zahlé/centre de la Bekaa.

• Le camarade Dr. Tariq Harb est candidat dans le district de Baabda.



Parti Communiste Libanais

Affaires Internationales



Beyrouth, 26 mai 2009

 

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