De qui les Maoistes jouent-ils le jeu?

 

Par Debashish Chakraborty,

 

dans People's Democracy, hebdomadaire du PC d'Inde (Marxiste), numéro 27 de l'année 2009, du 5 au 12 juillet: http://pd.cpim.org/

 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le fusil en bandoulière, le commandant local Maoiste Bikash a répondu aux protestations et a admis en public que la mise qui a explosé à Salboni en Novembre 2008 visait à tuer le Premier Ministre du Bengale-Occidental Buddhadeb Bhattacharya [également dirigeant du Parti communiste d'Inde (Marxiste)]. Il a ensuite ajouté que Buddhadeb avait été condamné à mort par les Maoistes. Au milieu de l'interview, Bikash passe ses doigts dans ses cheveux pour se recoiffer. Cet extrait semblait tout droit sorti du tournage d'un thriller de Bollywood.


 

VOILA OU EST LE PROBLEME


 

Cette intervention a dû rendre certaines personnes très excitées. Quand on se trouve à des milliers de kilomètres de Lalgarh, on peut avoir envie de participer à une « guéguerre ». Certains sont même partis à la recherche des « beaux » Maoistes et ont fini par ne rencontrer que Chatradhar Mahato. La plus belle de toutes les beautés du groupe s'est ouvertement plainte, « Quels maoistes? On ne voit pas de maoiste nulle part! » Vraiment, quel dommage!

 

L'expérience des gens qui ont à vivre avec les Maoistes et à les renconter, toutefois, semble être en tout cas un petit peu différente. Andhra Pradesh, Jharkhand et Chhattisgarh ont eu à vivre cette expérience durant la dernière décennie. De loin, il est plus facile de dépeindre un tableau romantique de la « lutte de classe permanente » qui se déroule dans ces régions. Maintenant les gens des régions de Belpahari, Lalgarh et Bandwan ont eu droit à une expérience aux premières loges de ce qu'est l'état des choses dans une zone « libérée » (!!!)

 

Les Maoistes ont été capables d'étendre leur influence dans certains districts d'au moins six ou sept états. Bien qu'il y ait eu un débat sur le secteur du soi-disant Corridor Rouge, on ne peut nier que les Maoistes ont réussi à étendre leur « Raj » dans au moins six ou sept états. Ce « Raj » a-t-il été le résultat d'un grand mouvement de masse? Est-ce que le mouvement de la paysannerie, ou de la classe ouvrière, a été la force agissant derrière la domiation Maoiste? Quelqu'un a-t-il été témoin de tels événements? Quelqu'un a-t-il entendu que les Maoistes étaient la fer de lance d'un mouvement de masse défendant les revendications légitimes des pauvres paysans sans terre, des pauvres des zones rurales et des adivasis [population autochtone Indienne souvent assimilée aux Intouchables]? De nom, ils sont un parti communiste. Mais personne ne peut leur reprocher d'avoir mené un mouvement en faveur de la classe dont ils s'auto-proclament les représentants, c'est-à-dire, de la classe ouvrière. Ils n'assument pas la responsabilité de la construction de mouvements de masse. La théorie qui vise à établir sa domination à la pointe de son fusil a été appelée « guerre populaire permanente » tandis que pafois les « révolutionnaires auto-proclamés » l'appelent simplement guerrilla. Peut-être peuvent-ils parfois, peut-être pour gagner le soutien de la classe moyenne, faire leur entrée dans le débat public. Alors ils diraient que si l'Etat est en soi un appareil armé, un instrument de coercition, les travailleurs doivent aussi prendre les armes contre l'Etat pour survivre. Voilà où est le problème.

 

Les révolutionnaires chinois, qui ont bien mieux compris la véritable nature de l'Etat que les Maoistes Indiens ne l'ont jamais compris, ont toujours mis l'accent sur la nécessité de l'action de masse et des mouvements de masse. Et l'homme dont les Maoistes ont emprunté le nom a toujours insisté sur l'importance capitale de la participation de masses. Le Camarade Mao a insisté, plusieurs fois avant aussi bien qu'après la révolution Chinoise, sur la part active que doivent jouer les masses populaires.


 

POLITIQUE DE LA TERREUR


 

Mais les Maoistes Indiens croient en la politique de la terreur, perpétrée par leurs groupes armés, plutôt qu'en un mouvement de masse organisé et spontané. Cette orientation particulière nuit aux véritables mouvements de masse dans notre pays. Le territoire dans lequel les Maoistes sont en position de force actuellement se révèle être un territoire où vivent une bonne partie des plus pauvres parmi les pauvres. Même si, supposons, quelqu'un déclare que la population adivasi est la principale force composant le “prolétariat” dans le pays, lui ou elle doit être au courant du fait que la grande majorité de la population adivasi vit également dans cette région. Ils vivent sous la coupe des fusils Maoistes et n'ont pas été mobilisés dans un véritable mouvement de masse. Ils ont été tenu à l'écart pendant plusieurs années des grands mouvements basés sur des revendications économiques. Tout ces éléments doivent sûrement remplir de joie les classes dirigeantes de ce pays. A part sur des questions d'ordre public, nos classes dirigeantes n'ont pas grand-chose à craindre.

 

Certaines personnes peuvent s'enthousiasmer du fait que les Maoistes ont établi leurs bases dans des régions où les adivasi sont présents en masse. Mais il faut rappeler que l'établissemenet de telles bases n'a rien à avoir avec une quelconque sympathie pour la population adivasi. Dans de nombreux documents, les Maoistes eux-mêmes ont catégoriquement affirmé que les raisons qui se cachent derrière le choix de ces régions sont liées à des questions de tactique militaire. Les lieux reculés, les jungles sont difficiles à atteindre pour l'Etat. A cause de cette difficulté d'accès, évidemment, ces régions deviennent favorables au développement de leur “guerrilla”

 

Donc tout l'intérêt des Maoistes pour la région est géographique, alors que l'amour ou la compassion pour les adivasis et les pauvres n'a jamais été en jeu ici pour eux. Mais, évidemment, ils peuvent – et ils le font – utiliser la grande pauvreté de la population adivasi, bien que cela ne soit pas pour développer leur conscience de classe. Au contraire, leur pauvreté a été utilisée pour soumettre plus facilement les populations à leur diktat. Tant que les nouvelles répercutaient les explosions de mines Maoistes en Andhra Pradesh ou au Chhattisgarh, il restait un petit côté romantique. Maintenant qu'ils vivent au milieu des rafales d'AK-47, toutefois, les gens réalisent amèrement la dure réalité qui prévaut à Lalgarh, Belpahari et dans d'autres régions. Pas moins de 73 militants du PCI (M) ont été tués dans la zone de la Jungle Mahal, au Bengale. Un grand nombre d'entre eux avaient été chassés de leurs villages. Cela a été fait précisément pour faire régner la terreur. Il n'y a pas d'autre exemple dans le monde où les pauvres ont peur des « révolutionnaires ».


 

QUELS INTERETS PROTEGENT-ILS?


 

Que font les Maoistes dans leur soi-disant corridor libéré? Redistribuent-ils les terres? Mettent-ils fin au féodalisme? Lancent-ils des projets des fermes collectives? Des programmes de développement pour les adivasis et les pauvres sont-ils mis en place? Rien de la sorte n'a été fait. Les régions au Bihar où les Maoistes sont en position de force, sont des régions plutôt tranquilles pour les seigneurs féodaux. De manière très intéressante, à cause du rôle joué par d'autres groupes naxalites dans ces régions, il y avait eu quelques progrès du mouvement agraire dans ces régions précedemment. Ces progrès sont maintenant partis en fumée. Les Maoistes et les seigneurs féodaux, en fait, s'entendent entre eux. Le mouvement agraire n'a pas la moindre place dans l'agenda Maoiste. Le paiement d'impôts aux Maoistes libère les entrepreneurs de toute une série de dangers. Un avantage supplémentaire, à ce sujet, est que les entrepreneurs n'ont même pas à construire de routes. Le paiement de l'impôt est suffisant. Les Maoistes entretiennent les mêmes relations avec les mafias responsables du trafic du bois et des produits miniers. Toutes les parties sont gagnantes dans cette relation symbiotique. Les Maoistes sont payés par différents partis politiques et ont agi comme tels lors des élections au Jharkhand. Les enfants appartenant aux familles des pauvres adivasis sont enlevés au Chhattisgarh et en Orissa. Les Maoistes ont atteint les derniers stages de la dégénerescence. Ils sont désormais devenus un groupe mafieux.

 

Dernièrement, il est devenu à la mode d'attribuer au sous-développement la cause de la fièvre Maoiste dans la Junglemahal du Bengale-Occidental. Le sous-développement est clairement présent, particulièrement dans ces régions arriérées. Malgré des progrès notables dans certains secteurs, la pauvreté est toujours là. Les politiques néo-libérales mises en oeuvre dans notre pays pendant les deux dernières décennies ont encore élargi le fossé entre les riches et les pauvres. C'est paradoxal quand même que certains soutiennent, sur des plateaux télévisés, la mise en place accélérée de politiques néo-libérales tandis que, petit à petit, ils font remarquer que c'est ce sous-développement qui renforce les Maoistes. Les Maoistes eux-mêmes sont contre tout type de modèle développementaliste. Dans une société capitaliste, il ne peut y avoir de développement qui ne soit pas biaisé par les mécanismes de la société de classe. Mais avant qu'une transformation complète ou prodonde de la société ait lieu, est-ce un crime de revendiquer que le développement profite aux travailleurs? Si les conditions et les opportunités existent pour un tel développement quelque part, utiliser de telles opportunités est-elle un crime? Même ces drôles de gauchistes dont Mao se moquait, les traitant de “Marxistes dormant sur Marx”, ne sont jamais tombés aussi bas!

 

Les Maoistes Indiens s'opposent aux projets de développement partout. Ils s'opposent à l'installation de chemins de fer, à la construction de ponts et la mise en oeuvre de projets de nature énergétique. Des attaques d'écoles par les Maoistes sont devenus un phénomène très commun en Orissa, au Chhattisgarh et au Jharkhand. Dans les districts du Midnapore Occidental, du Bankura et du Purulia du Bengale-Occidental, les Maoistes se sont établis comme le principal obstacle à tout type de travaux de développement. Quels intérêts protègent-ils?

 

Et jetons un regard à leur “ennemis de classe”. Ils ont tué 73 militants du PCI (M) dans la région du Junglemahal, dans le Bengale-Occidental. Parmi eux, 50 était soit des travailleurs agricoles soit des pauvres paysans. Ces pauvres gens désarmés ont été chassés dans la jungle et ont été selon les cas poignardés à mort ou fusillés. Leurs corps ont été laissés sur place, en voie de décomposition. Les parents n'ont même pas eu droit de les faire incinérer. Nous ne savons pas quelle sorte de plaisir infernal ces atrocités procurent aux Maoistes. Faire de la vie des pauvres adivasis un enfer ne sert certainement pas les intérêts de classe des opprimés.



DES MOTIVATIONS POLITIQUES



Les motivations politiques et les intérêts des Maoistes Indiens sont clairs et nets. Grâce à de longues luttes intenses, les trois districts de Junglemahal sont devenus des bastions du PCI (M). Et les Maoistes ont vu dans leurs armes leur dernier recours dans leur jeu sordide visant à casser ce bastion. Mais ce souhait n'est pas partagé par les seuls Maoistes. En gardant les maoistes sur le devant de la scène, les autres y compris le Trinamool Congrès jouent leur rôle également. Nulle part en Inde, les Maoistes n'avaient rencontré auparavant d'opposition politique. Il n'y avait eu que des heurts avec la police et l'administration. Le Bengale-Occidental a fourni le priemière example d'une région où les Maoistes ont pu faire face à la résistance populaire et à l'obstacle d'un mouvement de masse. Naturellement, l'attaque sur la Gauche a rivé tous les yeux sur la région.

 

Il n'y a aucun doute là-dessus, Bikash ou Kishenji deviendront des stars. Avec le recul du PCI (M) aux dernières élections législatives, la bourse n'a maintenant rien à craindre. Wahington a joué la mélodie du bonheur et de l'extase. Les grands médias ne peuvent s'empêcher d'exprimer leur état d'excitation. A ce moment-là, il est assez évident que les gens responsables du meurtre de cadres du PCI (M) sont destinés à devenir des stars. Naturellement, les actions de l'entreprise Kishenji, Bikash and co sont à la hausse!

 

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