Rifondazione: les liquidateurs restés au parti mis devant leurs contradictions, par le directeur de L'Ernesto



Le chemin vers l'unification des deux partis communistes italiens et surtout vers la reconstitution d'un véritable parti communiste italien sur des bases organisationnelles et idéologiques saines est encore long. Les difficultés proviennent autant de l'unification de deux organisations partisanes distinctes, avec leurs propres histoires et leurs divergences idéologiques et organisationnelles plus ou moins dépassables que des désaccords parfois irréductibles au sein même des partis. Et la situation la plus complexe ne se trouve pas du côté du PdCI assez largement uni derrière une ligne d'unité des communistes et de reconstitution d'un véritable PCI, mais du côté de Rifondazione, divisé en de multiples courants, traversé par des idées diffuses et des pratiques consolidées, “réformistes”, voire “liquidatrices”.

A Rifondazione, lors du dernier congrès, quatre grande motions ont été présentées, que l'on peut schématiquement considérer comme les principaux courants du parti:

  • Le courant liquidateur « Rifondazione per la Sinistra », héritier des 14 années de la sinistre présidence de Bertinotti, et de tous ses renoncements idéologiques et organisationnels. Ce dernier a passé la main à son poulain Nicki Vendola lors du congrès de 2008. Ayant transformé le projet communiste, bien que fondamentalement ambigu, de Rifondazione en une auberge espagnole, les héritiers de Bertinotti ont enfin franchi le Rubicon fin 2008 en quittant Rifondazione où ils étaient devenus minoritaires pour enfin fonder leur « Parti de Gauche » post(et anti)-communiste. Attilio Occhetto, responsable de la dissolution de 1991, déclare même que Vendola a réalisé ce qu'il n'avait pu mener à bien à l'époque. Sans commentaire. Une partie non-négligeable de l'appareil qui avait signé ce texte a décidé de rester à Rifondazione pour garder la « vieille maison ». C'est à eux que Giannini s'adresse dans ce texte. Représentant 47% des votes lors du dernier congrès, il est arrivé en tête, mais pour la première fois il est minoritaire (sachant que le contrôle de l'appareil par les Bertinottiens remet en doute le caractère véridique de ce score).

 

  • Le courant dissident de la direction « Rifondazione in Movimento » regroupé autour de l'actuel secrétaire-général Paolo Ferrero. Son détachement des orientations de l'ancienne majorité liquidatrice a joué un rôle décisif dans la victoire de l'opposition communiste lors du congrès de 2008. Plate-forme hétéroclite, peu solide sur le plan idéologique, sa fronde prouve néanmoins son attachement nominal aux symboles et au nom communiste. Héritiers principalement du groupe gauchiste « Démocratie Prolétarienne », ces cadres et dirigeants locaux et nationaux du parti en héritent également une base idéologique vaseuse, reposant sur une forte composante mouvementiste, des appels répétés à l'unité de la gauche « d'alternative sociale », de « transformation sociale ». Semble naviguer à vue entre le projet d'autonomie communiste et le projet de grand parti de la gauche sous ses différentes formes. Son texte a remporté plus de 26% des voix lors du congrès de 2008.

 

  • Le courant communiste « Esseri Comunisti » dont le principal dirigeant est Claudio Grassi. Affirmant son fort attachement à l'identité communiste, qu'il ne limite pas au nom et aux symboles, mais qu'il élargit par un appel nominal à la théorie marxiste à l'histoire communiste du PCI et du mouvement communiste international. Il représente toutefois le défaut relatif de se limiter à une position souvent identitariste, et de ne pas faire progresser suffisamment le projet de reconstitution d'un parti communiste tant sur le plan idéologique qu'organisationnel, c'est une des raisons de sa rupture avec le courant de L'Ernesto avant le congrès de 2008. A mobilisé près de 17% des votes sur son nom en 2008.

 

  • Le courant marxiste et communiste de « L'Ernesto » regroupé autour de la revue L'Ernesto et de son directeur Fosco Giannini. Son projet est le plus proche de celui de la reconstitution d'un véritable PCI idéologiquement marxiste et organisationnellement proche d'un parti de masse et de lutte de classes. Les analyses développées dans leur journal représentent un des rares cas en Italie d'actualisation de la pensée marxiste et d'utilisation de cette théorie pour analyser la situation nationale et internationale. Se démultiplie en initiatives unitaires (des communistes, bien sûr!), internationales (en solidarité avec Cuba par exemple) et de recherche théorique. Acquis à la nécessité de la reconstitution de l'organisation communiste, sa principale faiblesse reste actuellement sa difficulté matérielle à parvenir à apporter une contribution décisive à cette tâche. La dégénerescence de l'organisation du PCI et surtout de Rifondazione ne lui facilite certainement pas la tâche. A regroupé près de 8% des voix en 2008.

A ces courants s'ajoutent des groupuscules trotskistes, dont certains ont déjà quitté le parti et dont d'autres ont déjà présenté des textes de congrès, ajoutant à la confusion générale et fragilisant la position de l'opposition marxiste dans le parti.

L'Union est un combat

AC

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

ECHANGE AVEC BONADONNA ET LES CAMARADES DE LA DEUXIEME MOTION

 

de Fosco Giannini

sur L'Ernesto du 8 juillet 2009



Le Vendredi 19 juin est sorti, dans Liberazione, un article de Salvatore Bonadonna sous le titre « Pour une gauche d'alternative ». J'ai lu plusieurs fois l'article et cela pour deux raisons: premièrement, parce que j'estime qu'il reprend les paradigmes d'un type de raisonnement que partage une partie importante des camarades de la seconde motion qui n'ont pas suivi Vendola dans sa scission et qu'il est donc essentiel afin de comprendre quelles convergences unitaires concrètes, et pas seulement rhétoriques, sont possibles entre la minorité et la majorité comme elles se sont formées à Chianciano; deuxièmement parce que, de mon point de vue, l'article du camarade Bonadonna semble se dessiner derrière un rideau de fumée qui le rend difficilement déchiffrable.



Je partirais de cette seconde thèse, en anticipant les raisons qui me rendent difficile son déchiffrage: premièrement, l'article contient en soi au moins deux interprétations erronnées de la ligne de la majorité; deuxièmement, il contient des analyses superficielles sur certains sujet sociaux et politiques; troisièmement, il contient des contradictions évidentes; quatrièmement – et c'est le rideau de fumée le plus épais – on veut nous reproproser le dessein bertinottien du parti de la gauche sans le dire explicitement.

 

Sur les deux interprétations erronnées de la ligne de la majorité; la première émerge quand on affirme qu'il « faut passer de la défense des symboles à la construction concrète de politiques... ». Cher Bonadonna, il est incorrect de dire cela: personne se limite à défendre les symboles communistes et je crois que par rapport à la question de l'autonomie communiste (parce que c'est de cela dont il s'agit, pas seulement des symboles), Ferrero avait bien répondu, quand dans une réunion de la Direction il avait posé comme postulat « l'imprescriptibilité du communisme », cette ensemble historique, théorique, pratique qui évoque plus que tout autre l'alternative au capitalisme. Je crois franchement que le problème, cher Bonadonna est le tien/le vôtre: es-tu/êtes-vous encore pour l'autonomie communiste, pour un parti communiste, oui ou non?

 

La seconde interprétation erronnée de la ligne de la majorité apparaît quand Bonadonna écrit « que la ligne qui consiste à construire un assemblage informe de toutes les forces d'opposition au gouvernement Berlusconi ne me convainc pas ». Et qui l'a proposée, cette ligne? Celle de la majorité sortie du dernier CN (en continuité avec celle de Chianciano) est toute autre: construire – à partir des luttes sociales et de la consolidation de la Liste communiste et anticapitaliste – une gauche de lutte et de transformation sociale plus large caractérisée par l'autonomie réciproque entre les communistes et les autres groupes de gauche, autonomie réciproque qui est la base essentielle – justement parce qu'elle ne nécessite pas la mortification et l'effacement des diverses identités dans un modèle unique informe – d'une opposition efficace et de longue durée. Un projet sensé (bien que n'étant pas facilement réalisable par les temps qui courrent) et qui n'a rien à voir avec un « assemblage informe », qui en vérité a toujours été le projet bertinottien (le parti de gauche à construire sur les cendres communistes) et continue d'être – celui dont il se réclame dans son article – celui de Bonadonna.

 

Puisqu'il y a au moins deux passages centraux dans l'article de notre camarade qui font allusion « assez » clairement (mais pas explicitement: rideau de fumée...) à la reproprosition (de la part de Bonadonna, pas de la majorité!) de cet assemblage informe.

 

La première évocation d'un tel assemblage, on la déduit d'une réflexion selon laquelle il existerait un monde pacifiste, internationaliste, écologiste, anti-raciste et libertaire (auquel on ajouterait tant la pensée libérale [liberale] et même Marco Pannella que la social-démocratie « qui règle ses comptes avec la crise »), et que ce monde remettrait en cause le modèle de développement actuel (capitaliste, donc).

 

Je crois que personne n'aura de difficultés à comprendre qu'une telle identité hétéroclite (qui va de la pluralité du monde écologiste à Pannella en passsant par les sociaux-démocrates) ne serait pas en soi le début d'un véritable projet anti-capitaliste, alors qu'elle renverrait au contraire à l'assemblage dont parlait – en en accusant la majorité – Bonadonna.

 

La clé est que l'assemblage informe qui sort de cette première citation se superpose parfaitement avec celui de la deuxième citation de notre camarade, proposée comme conclusion à l'article.

 

« Il ne suffit pas de se s'opposer à l'idéologie libérale [liberista] si on ne construit pas la force pour la mettre en échec et je pense que l'autonomie d'une gauche d'alternative (…) réside dans la capacité de construire cette force... »

 

On ne le dit pas avec clarté (considérations tactiques, je suppose) mais on remet sur la table – avec une interprétation essentiellement vendolienne – l'idée d'une force de gauche d'alternative qui – à nouveau – est une chose bien différente du projet de défense et de relance de l'autonomie communiste né à Chianciano.

 

Chers camarades de la seconde motion, avec tout le respect possible: je crois que nous en sommes encore loin...

 

Traduit et extrait depuis: http://www.lernesto.it/

 

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