Contre la guerre en Afghanistan, construisons une grande manifestation cette automne



de Fosco Giannini (direction nationale du PRC), Mariella Cao (Comité Sarde « Rejetons les bases »), Emilio Franzina (maître de conférence – conseiller municipal sur la liste « Vicenza libre »), Jacopo Venier (Direction nationale du PdCI)



dans Liberazione du 2 septembre 2009



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Pour le retrait immédiat des troupes italiennes d'Afghanistan et contre les dépenses militaires. Mais aussi pour relancer l'unité d'action dans les luttes sociales



Une guerre que beaucoup voudraient oublier est revenu frapper à notre porte. La mort du caporal-chef Alessandro Di Lisio ainsi que les blessures d'autres militaires italiens fait partie d'une longue chaîne, sciemment refoulée, d'assassinats d'Etat qui a trouvé dans la mort du caporal-chef Giovanni Bruno, le 3 octobre 2004, son premier, tragique, maillon et qui porte désormais à 14 le nombre de victimes du contingent italien. Malheureusement ce sont seulement par ces événements tragiques que la question afghane a pu être remise sur le devant de la scène médiatique et qu'ainsi on a pu finalement en savoir un peu sur ce qui se passe sur le front afghan.



Nous découvrons ainsi que le rôle ambigu que les Etats-Unis d'Obama sont en train de jouer au Honduras, en Iran et – de manière plus flagrante – en Afghanistan, avec un virage aux antipodes du pacifisme, indique l'extrême difficulté, liée aux intérêts objectifs en jeu, de produire, au-delà de la propagande, une véritable rupture par rapport à l'administration Bush.



Les militaires italiens manœuvrent et combattent, en effet, dans un cadre qui est celui justement, dans les dernières semaines, de la plus grande attaque de marines préparée et exécutée depuis la guerre du Vietnam. On ne peut pas définir autrement, en effet, la stratégie actuelle du Khanjar (le « coup d'épée ») qui voit 4 000 nouveaux soldats américains (qui s'ajoutent aux 30 000 autres envoyés dans l'ère Obama, pourtant brève, et qui portent le contingent à près de 70 000 soldats), transportés par 50 avions et hélicoptères de guerre Américains, attaquer par surprise la vallée stratégique d'Helmand, au sud de l'Afghanistan.


La guerre impérialiste est donc totalement relancée. L'Italie, avec ses morts et ses blessés (destinés malheureusement à être de plus en plus nombreux au vu de l'offensive toujours plus vaste et organisée des talibans) et avec l'immense transfert de fonds tant vers le réarmement, vers le renforcement des effectifs au front que vers le développement de bases des Etats-Unis et de l'OTAN dans notre pays, y est totalement engagée.


Émerge à nouveau aujourd'hui, dans toute sa vérité, la dénonciation de la guerre en Afghanistan déjà mise en avant depuis 2001 par le mouvement italien contre la guerre. Celui-ci – marginalisé, non écouté et s'opposant aux politiques menées par les gouvernements successifs jusqu'à l'affrontement ouvert sous le gouvernement Prodi – affirmait que la guerre américaine en Afghanistan n'était en aucun cas la réponse à l'attaque contre les Tours Jumelles. Son objectif était tout autre. A travers l'objectif déclaré de capturer Ben Laden, Bush déclenchait la vraie guerre: celle pour le contrôle mondial du pétrole et des sources primaires d'énergie. Les représentants du mouvement contre la guerre rappellent toujours et rendent compte de cette intervention – rendue lors d'une audition devant le Sous-Comité pour l'Asie et le Pacifique à la Chambre des Représentants Américaine en février 1998 – du vice-président de « l'Unocal Corporation »; lors de cette audition le vice-président affirmait que « la région de la Caspienne contient d'énormes réserves d'hydrocarbures intactes. Seulement pour donner une idée des proportions, les estimations de réserves de gaz naturel sont de plus de 236 mille milliards de pieds cubes. Les réserves pétrolières totales de la région pourraient se porter au-delà des 60 milliards de barils de pétrole. Certaines estimations vont même jusqu'à 200 milliards de barils. En 1995 la région produisait seulement 870 000 barils par jour. D'ici à 2010, les compagnies occidentales pourraient augmenter la production jusqu'à près de 4,5 millions de barils par jour, une augmentation de plus de 500% en seulement 15 ans. Si cela devait se passer, la région représenterait près de 5% de la production totale de pétrole dans le monde. Il y a toutefois un gros problème à résoudre: comment transférer les vastes ressources énergétiques de la région vers les marchés qui en ont besoin » - et surtout – continuait le représentant de « l'Unocal Corporation » - comment les Etats-Unis peuvent contrôler la distribution du pétrole et du gaz dans la région, en particulier vers les économies émergentes d'Asie qui en demanderont de plus en plus. Une fois écartée l'hypothèse de construire des oléoducs et des gazoducs qui peuvent traverser la Chine (trop longs et coûteux et surtout incontrôlables, justement parce que chinois) il faut – concluait le président de « l'UC » - les faire passer par l'Afghanistan.


Cela était et reste le sens ultime de la guerre. Avec un autre « sens », stratégiquement décisif pour les Etats-Unis: étendre l'OTAN jusqu'aux frontières russes et chinoises, construire des bases de l'OTAN et des Etats-Unis jusqu'à l'intérieur même de l'Afghanistan. Comme cela s'est passé. A l'époque du gouvernement Prodi, le mouvement (avec à sa tête Alex Zanotelli, Gino Strada, les secteurs les plus progressistes du mouvement ouvrier et syndical – confédéral et de base -, les femmes, les hommes, les jeunes imprégnés de « l'esprit de Gênes ») n'a pas été écouté. Cette erreur dramatique n'a pas seulement été à l'origine d'une grave blessure, encore ouverte entre les mouvements sociaux, les partis communistes et la gauche, mais elle a aussi eu comme conséquence la « militarisation » de notre politique étrangère, la normalisation de la guerre comme instrument des relations internationales, la diffusion du bellicisme et l'explosion des dépenses militaires. Face à l'escalade d'une guerre dont les généraux eux-mêmes reconnaissent qu'elle n'a rien à faire avec la lutte contre le terrorisme, il faut tous retourner dans la rue. Le mouvement social doit jouer son rôle social central contre les politiques bellicistes et la subordination du gouvernement italien aux Etats-Unis et à l'OTAN; pour redonner vie, de l'espoir et du sens aux forces communistes et à la gauche anti-capitaliste et d'alternative dans son ensemble. Pour construire les bases réelles d'une victoire « stratégique » (on ne gagne pas « seulement » en battant la droite: voilà la leçon qui découle du désastre du gouvernement Prodi), contre le gouvernement Berlusconi et le berlusconisme diffus, en transformant les dépenses insensées pour les F-35 en allocations sociales pour les travailleurs; en transférant les ressources vers la décontamination des régions d'Aviano, Sigonella et surtout sardes, réduites par les bases des Etats-Unis et de l'OTAN à des terres radioactives à fort risque de tumeurs et de leucémie.


Nous lançons – donc – une proposition: que la Fédération communiste et de gauche qui s'est constituée le 18 juillet dernier à Rome (avec le mouvement pacifiste dans son ensemble, issu des expériences de lutte contre les bases américaines de l'OTAN en Sardaigne, à Camp Derby, à Vicenza; avec les secteurs les plus progressistes de la CGIL et de la FIOM; avec les syndicats de base et les autres éléments communistes, anti-impérialistes, anti-capitalistes et de mouvement) se mettent à partir de maintenant au travail pour organiser en septembre/octobre (en créant et resserrant nos liens et en disséminant un esprit unitaire) une grande manifestation à Rome contre la guerre, contre les dépenses militaires et pour le retrait immédiat des soldats italiens d'Afghanistan, unissant la lutte contre les politiques impérialistes et bellicistes aux questions sociales, qui prennent des proportions de plus en plus graves: le salaire, l'échelle mobile, la loi 30, les retraites, le racisme, l'État social. Un « nouveau départ » ne peut que commencer par la relance de l'initiative politique contre la guerre.


Site de l'Ernesto: http://www.lernesto.it/

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