cgtp-in 350 000 fonctionnaires dans les rues de Lisbonne: au Portugal, on lutte aussi contre les plans anti-sociaux du gouvernement PS

 

Rappel: la CGTP-IN est l'équivalent de la CGT française, à cela prêt qu'elle reste sous une très forte hégémonie communiste, jusqu'aux instances dirigeantes. Il en est de même, bien que de manière nuancée, dans la Fenprof et le Syndicat national des infirmiers.

 

Traduit par MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Plus de 50 000 fonctionnaires ont manifesté, le 5 février dernier, à Lisbonne, contre plus d'un an de gel des salaires, la décote des retraites anticipées et la casse générale des droits des travailleurs.

 

De nombreux services publics ont fermés et d'autres ont été pratiquement paralysés, principalement les écoles, dans une journée de grève nationale et de lutte convoquée par le Front Commun des Syndicats de la Fonction Publique, et qui a emmené plus de 50 000 travailleurs dans la rue, défilant pendant près de deux heures et demie de la Place des Restaurateurs jusqu'au Ministère des Finances, sur la place du Terreiro do Paço, contre la politique de droite du gouvernement PS à l'encontre des salariés du public.

 

Estimant qu'il a y en marre de ces gouvernements qui profitent de la crise pour pointer du doigt les fonctionnaires, et donnant de la voix dans la manifestation décidée lors des Assemblées Générales, dans tout le pays, les travailleurs ont eu recours à des mots d'ordre tels que « la lutte continue », « Oui à l'emploi, non à la précarité », « Le droit à la carrière est un droit fondamental », ou « Oui à la négociation, non au diktat », entre autres pour manifester une forte indignation contre le 'nouveau' gouvernement qui poursuit la même politique.

 

En cause, les critères injustes d'évaluation des performances, la casse des carrières, l'aggravation des déremboursements de médicaments, l'accentuation des décotes pour les retraites anticipées, en anticipant une convergence avec le régime général, la fin de la solidarité publique et la destruction et la diminution de la qualité des services publics essentiels aux populations et aux usagers, tout cela aggravé par l'intention affichée de geler les salaires pour 2010.

 

En passant par la rue d'Or, les travailleurs ont été salués par une délégation du PCP composée notamment du secrétaire-général, Jeronimo de Sousa, et du député Bernardino Soares, ainsi que d'autres dirigeants du Parti, accueillis chaleureusement par les manifestants.

 

Avant la fin de l'action, des messages de solidarité avec cette lutte ont été exprimées, de l'Association des professionnels de la Garde Nationale, de l'Association syndicale des professionnels de la Police et du syndicat des inspecteurs de l'Autorité de sécurité alimentaire et économique.


 

Poursuivre la lutte


 

cgtp-in« Nous ne les laisserons pas nous traiter comme des moins que rien », a affirmé la coordinatrice du Front Commun, Ana Aviola, de la tribune installée devant le Ministère des Finances.

 

La manifestation de vendredi « fut le premier moment où les travailleurs de la Fonction Publique ont lutté tous ensemble, et d'autres vont suivre, indépendamment des luttes sectorielles », a-t-elle affirmé, soulignant que « nous avons beaucoup de luttes qui s'annoncent contre ces politiques de droite ».

 

Ana Avoila a insisté sur le fait que si le Pays est en crise, ce n'est pas à cause des salaires des travailleurs, mais parce que « ce sont toujours les mêmes qui ont les bonus et les privilèges ». Elle a rappelé que, pendant toute la dernière décennie, l'année dernière est la seule pendant laquelle les fonctionnaires n'ont pas perdu de pouvoir d'achat, « parce que c'était une année électorale », elle a rappelé qu'avant-hier se tenait la première réunion de négociations, sur les salaires, date à laquelle le Front Commun avait déjà annoncé un calendrier d'actions pour poursuivre la lutte.

 

Tant le secrétaire-général du CGTP-IN, Manuel Carvalho da Silva, que celui de la FenProf (Fédération Nationale des Professeurs), Mario Nogueira, et que le coordinateur du Syndicat des Infirmiers Portugais, José Carlos Martins, ont souligné, dans leurs interventions, l'importance de se renforcer et de développer des luttes concertées, dans l'unité d'action, de tous les secteurs de la Fonction Publique.


 

La lutte, c'est aussi proposer une alternative!


 

En insistant sur le fait que « la lutte n'est pas seulement contestation, mais c'est aussi proposer des alternatives aux politiques du gouvernement actuel », Carvalho da Silva a estimé que le gel des salaires « est exactement le contraire de ce dont le pays a besoin, et puis une Administration Publique démoralisée ne peut pas être plus productive si elle est plus précarisée, qu'elle compte sur moins de salariés, avec des salaires plus faibles ». En donnant la priorité à la création d'emplois avec des droits, la CGTP-IN revendique un meilleur contrôle des « millions d'euros accordés aux grandes entreprises privées, des exonérations patronales, des attributions de marchés publics, la fin des partenariats publics-privés qui coûteront à l'Etat 980 millions d'euros à 2010 », et que l'on mette terme à la pratique « de ces organismes consultatifs et paritaires qui remplacent jour après jour les services publics ».

 

Le dirigeant de la centrale syndicale a énuméré les trois raisons fondamentales qui expliquent la crise, désignées par l'Organisation Internationale du Travail, et auxquelles le gouvernement PS ne fait jamais référence: les « rémunérations toujours plus faibles, avec des bas salaires et des coupes dans les allocations sociales »; la « généralisation progressive de la précarité; et un investissement public mal orienté, vers le secteur financier et les grands groupes économiques ».

 

« Il ne suffit pas de ne protester uniquement contre quelques questions spécifiques de chaque secteur professionnel », a estimé José Carlos Martins. Il a garanti que les infirmiers « seraient toujours des luttes générales de la CGTP-IN », rappelant que, la semaine précédente, ils ont participé à la plus grande manifestation syndicale de leur histoire.

 

Pour Mario Nogueira, la victoire récente des professeurs « a été seulement un pas de plus dans la lutte pour le maintien des carrières, mais ce que le gouvernement donne d'une main, il le reprend toujours de l'autre et c'est pour cela qu'il faut continuer à lutter. » Il a rappelé les pertes importantes de pouvoir d'achat des fonctionnaires publiques dans la dernière décennie, pendant que le gouvernement continue toujours « à donner de l'argent aux mêmes, ceux qui se servent sur le pays ».


 

Des fonctionnaires payés... 342,28 euros!


 

Démentant les nouvelles, selon lesquelles les fonctionnaires publics bénéficieraient, en moyenne, de salaires supérieurs à ceux pratiqués dans le secteur privé, une étude récente de l'économiste Eugenio Rosa, a révélé que cette moyenne provient d'une uniformisation erronée des critères de comparaison. Selon l'économiste, il est nécessaire de faire une distinction entre les salaires des techniciens supérieurs de l'Etat et les dizaines de milliers de travailleurs qui touchent des salaires entre 342,28 euros et le salaire minimum national, actuellement de 475 euros.

 

Quand on compare les rémunérations de professions comparables (plombier, électricien, jardinier, etc.), on constate au final qu'elles sont plus élevées dans le privé que dans le public.


 

Les droits des travailleurs bafoués


 

cgtp-in 2Une résolution a été déposée au Ministère des Finances, approuvée à l'unanimité, et par acclamation, par les travailleurs, dans laquelle on s'oppose aux projets d'un Gouvernement qui « bafoue grossièrement les droits fondamentaux garantis dans la Constitution de la République » et on revendique des salaires et des retraites dignes, avec une remise à niveau du pouvoir d'achat; le maintien d'un cadre de recrutement national pour tous les fonctionnaires; l'abrogation ou la suspension immédiate de l'évaluation de performances, avec le SIADAP (Système intégré d'évaluation des performances dans l'Administration publique); et la négociation d'un nouveau modèle qui valorise les services rendus aux usagers et qui valorise le travail; le maintien de la semaine des 35 heures de la journée de 7 heures, « contre la flexibilité, sous prétexte de s'adapter, synonyme de déshumanisation »; la fin de la « mobilité spéciale des fonctionnaires »; l'abrogation ou la modification des clauses les plus graves de la loi sur l'Administration Publique; la restauration des « conditions dignes de départ à la retraite d'avant 2004, et la fin du démantèlement des services publics, avec en vue, la livraison des services rentables au grand capital. »



Dans le numéro 1889, du 11 février, d'Avante, hebdomadaire du PCP

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