Premières réflexions sur les résultats du premier tour en France


Rizospastis, 24 avril 2007

Les résultats du premier tour des élections présidentielles en France - bien que les gens réfléchis, non seulement dans notre pays mais aussi dans toute l’Europe s’y attendaient – permettent de tirer certaines conclusions utiles de portée plus générale.

Hier et aujourd’hui la France, l’Italie et l’Allemagne et d’autres pays européens partagent plus ou moins certains points communs. Au cours des dernières décennies, le pouvoir gouvernemental alterne entre les partis dits “néolibéraux, conservateurs, de droite” et les partis ou alliances de partis dits “socio-démocrates, de centre-gauche, de gauche” ou alliances de partis. En d’autres mots, il y a alternance centre-droit et centre-gauche, ces partis collaborant d’ailleurs entre eux, soit tacitement en se tolérant mutuellement, soit par le biais d’une alternance dans une pseudo-opposition, parfois même dans des configurations communes (Allemagne) lorsque des intérêts et rapports de forces plus généraux l’imposent.

Les partis “communistes, ouvriers, de gauche” dans ces pays-là et en l’occurrence le Parti communiste francais, soit en tant que “critique d’opposition” à la social-démocratie, avec des listes “autonomes”, soit en tant que collaborant avec elle au niveau gouvernemental, perdent en esance de leur dynamique, s’enlisant de plus en plus dans l’impasse du jeu d’une participation gouvernementale à tout prix, et devenant de plus en plus à la traîne de la social-démocratie.

Ils contribuent par leurs politiques à maintenir puissants les facteurs objectifs qui piègent les masses populaires, qui les conduisent à une adaptation et intégration, à rabaisser leurs revendications.

Le vote en France, malgré le fort taux de participation et l’exacerbation des problèmes sociaux provoquant un mécontentement des travailleurs, n’a pas eu comme résultat que les travailleurs et les couches populaires pauvres condamnent par leur vote la politique qui porte atteinte à leur vie et leurs intérêts. A savoir la politique évidemment, qui comme dans notre pays, est servie par le bipartisme, comme c’est le cas en France, sous la forme “centre-droit” et “centre-gauche”.

Il va de soi que tant la politique de Sarkozy (“droite”) que celle de Ségolène Royal (“centre-gauche”) , mais aussi celle de Bayrou (“centre-droit”) ou de Le Pen (“extrême-droite”) est une voie unique pour les intérêts seuls du capital, pour la stratégie des monopoles, de l’impérialisme que ce soit de l’UE ou transatlantique. La classe ouvrière et ses alliés doivent être en situation permanente d’opposition et de lutte contre cette voie unique et construire leur propre voie unique.

Les partis qui ne contestent pas le cap général d’orientation politique, qui se limitent à revendiquer des miettes pour les travailleurs, qui ont des exigences limitées concernant un certain nombre de prestations et qui ne souhaitent nullement enrayer la tendance générale de régression, ne peuvent pas se dire forces de véritable opposition.

Et de tels partis de l’opposition, ce n’était pas seulement les partis soutenant Ségolène Royal (25,87%), Bayrou (18,55%) et Le Pen (10,47%), qui obtinrent les plus hauts scores.

Cette politique, au fond, était suivie par la candidate du Parti communiste francais, Marie-George Buffet (1,93%), les candidats des trotskistes, Besancenot (4,18%), Laguiller (1,32%), par l’altermondialiste Bové (1,32%), et les écologistes (1,14%) etc.

Et cette politique-là ne s’est pas exprimée soudain le soir du résultat des élections lorsque ces partis s’empressèrent - avec en tête Marie-George Buffet - de déclarer leur soutien inconditionnel à Ségolène Royal, afin que “le candidat de droite Sarkozy ne sorte pas”. Cette politique “de la 5e roue du char” étoffait leur attitude politique tout au long de la campagne électorale, s’identifiant sur le fond avec la politique des représentants de l’alternance bipartiste du bloc centre-droit et centre-gauche avec certes, quelques nuances annexes et secondaires dans leurs discours.

En fait, Marie-George Buffet sur ce point a été révélatrice dans une interview publiée par le quotidien de la Coalition (SYNASPISMOS), Avghi le jour même des élections, lorsqu’elle déclarait: “Je veux que la droite soit battue. Toute la gauche doit se rassembler en faveur du candidat qui se trouvera en meilleure position au 2e tour pour que la droite perde”. Donc,en esance elle sugerait “votez Ségolène” dès le premier tour d’ailleurs! et si elle ne passe pas au 2e tour, comme ce fut le cas de Lionel Jospin aux précédentes élections et si Le Pen passe au 2e tour, alors rassemblons nous tous et votez la droite afin que l’extrême-droite ne passe pas! Cercle vicieux donc.

Malheureusement, cette politique n’est pas nouvelle pour les Francais de gauche et le PCF, bien que dans notre pays il soit promu comme “nouveau”, “novateur”, “moderne” et autres. Après 20 ans et plus maintenant d’une coopération avec les socialistes, la classe ouvrière en France voit la physionomie de son parti historique s’aliéner, ses forces se confiner petit à petit pour, toucher 1,93% des voix.

Certainement les résultats aux élections ne peuvent pas être le seul critère. Mais nous les avons pris en considération parce que d’autres forces politiques ainsi la presse en Grèce utilisent l’argument que ci KKE avait suivit la même tactique du « renouvellement » et de la « modernisation » comme dans le cas du PCF alors il pouvait marquer encore meilleurs résultats dans les urnes. Apres les résultats en France, il semble simplement que les choses ne passent pas comme ça.

A titre de comparaison, rappelons-nous aujourd’hui simplement les dernières élections présidentielles sans remonter plus loin, puisque ce n’est ni le moment mais de plus cela exigerait une analyse approfondie qui fera peut-être un prochain article du Rizospastis.

Ainsi donc, aux présidentielles de 1995, le candidat du PCF Robert Hue avait obtenu 2.632.936 voix, soit 8,64% des suffrages. Aux présidentielles de 2002, le nombre de votants pour le PCF est tombé à 960.480, un taux de 3,37%. En 2007, et malgré la hausse du taux de participation, le PCF obtient tout juste 707.327 voix soit 1,93%.

Tout cela n’est pas arrivé du jour au lendemain. Ce recul est le résultat de la stratégie et tactique du PCF, de sa transformation opportuniste progressive. Il est dû à sa politique “de béquilles” de la social-démocratie, une politique impuissante de voir le glissement conservateur définitif de la social-démocratie depuis des décennies, et plus intensément ces 20 dernières années, comme résultat aussi du renversement du système socialiste. Ce n’est pas tout pourtant. Le PCF n’a pas su voir à temps et analyser de manière juste les restructurations ayant lieu dans tout le monde capitaliste, dans tous les pays de l’UE, de voir qu’il s’agissait d’un besoin interne au système et que quiconque le sert, comme c’est le cas du centre-droit” et du “centre-gauche”, des partis “néolibéraux” et “socio-démocrates”, n’a d’autre choix que de suivre le même sentier battu de la gestion bourgeoise, qui se trouve à l’opposé des intérêts populaires, et de favoriser seulement les intérêts de la ploutocratie et les profits des grands groupes de monopoles.

C’est exactement, par conséquent, ces partis qui suivent une telle politique, qui ne contestent pas et ne se retrouvent pas en rupture avec l’orientation politique générale, ceux qui font reculer constamment les objectifs du mouvement populaire sur la base d’un “réalisme” à leur sens, afin de “se trouver au coeur des développements et dans une coopération gouvernementale ou autre avec la social-démocratie face au néolibéralisme” (!!!), qui ont d’immenses responsabilités.

Et ces responsabilités ont à faire - entre autres - avec le fait qu’une telle politique retarde le développement de la conscience et de la combativité populaires, sapent les coopérations combatives, permettent l’utilisation des forces populaires par les forces de l’alternance bipartiste, quel que soit le masque sous lequel elle apparaît. Ainsi, le rapport de forces négatif au plan politique s’étend dans le champ social avec pour conséquence un effort systématique d’intégration et de neutralisation du mouvement ouvrier et, plus généralement populaire, opéré par les majorités qui contrôlent les organes centraux du mouvement ou leur canalisation dans divers “forums” d’intégration de l’expression radicale du mécontentement des masses populaires.

La ligne révolutionnaire d’un parti communiste, la proposition alternative pour toutes les forces qui veulent parler au nom de la “gauche” est radicalenent contraire à la logique du marchandage, des tractations derrière le dos du peuple. Ce n’est pas une solution que de choisir un parti de l’alternance bipartiste pour collaborer avec lui avec en échange ou contrepartie la participation à un gouvernement, à la gestion de la politique conservatrice. Un parti communiste doit combattre le “centre-droit” et le “centre-gauche”, tout justement parce qu’il lutte pour que le peuple vienne véritablement au pouvoir, pour organiser l’économie populaire, pour que les richesses que produit le peuple passent finalement dans ses mains.

Un parti communiste ne doit pas soutenir les guerres impérialistes, la violence et la répression impérialiste contre les peuples et les pays qui veulent tracer leur propre voie de développement en opposition avec les multinationales (au contraire de ce qu’ont fait les gouvernements de centre-gauche en Italie et en France). Le Parti de la classe ouvrière et du changement socialiste a le devoir d’avertir le peuple contre les conséquences négatives de la politique de l’UE, a le devoir de ne pas s’assimiler à ces mécanismes d’intégration comme le font les partis de la “cage européaniste” réuni sous le nom de “parti de la Gauche européenne”. Un parti communiste doit mettre en garde contre le changement des frontières et le rôle négatif des organisations impérialistes internationales, telle que l’OTAN. Et tout cela parce qu’il a une politique alternative globale en faveur des intérets populaires.

Les conclusions négatives de l’expérience des élections francaises doivent devenir des enseignements aussi pour la Grèce. Les propositions politiques des partis, qui sont membres du parti de la Gauche européenne, tels que la Coalition (SYNASPIMOS) en Grèce ou le PCF en France, ne conduisent pas à sortir du cadre anti-populaire. Les modèles et les solutions des gouvernements “anti-néolibéraux” de centre-gauche font désormais faillite avec fracas sous toutes leurs versions possibles dans les divers pays européens et dans le monde. C’est peut-être là la conclusion utile la plus importante des dernières élections présidentielles en France.



Dimitris Koutsoumpas
Membre du BP du CC du PCG
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