Un putsch syndical



par Giorgio Cremaschi, membre du secrétariat de la CGIL-FIOM [de fait numéro 2 de la FIOM]



dans Liberazione du 16 octobre 2009



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Techniquement c'est un putsch. Comment définir autrement, en effet, la violation brutale des règles les plus élementaires de démocratie, la tyrannie de la minorité sur la majorité? La FIM [dépendant de la Cisl – syndicat chrétien-démocrate] et l'UILM [dépendant de la Uil – syndicat social-démocrate] seuls représentent à peine un tiers des métallurgistes. La FIOM [fédération autonome des métallurgistes de la CGIL – sur des positions de classe plus affirmées que la CGIL] seule rassemble, entre inscrits et votes aux élections professionnelles, de 55 à 60% de la profession. En 2008 a été signée une convention collective qui devait durer jusqu'à fin 2010. Et pourtant, la FIM et l'UILM ont unilatéralement résilié la convention collective en vigueur, pour appliquer le nouveau système découlant de l'accord, lui aussi séparé, du 15 avril. Dans le fond, la FIM et l'UILM ont essayé de changer les règles du jeu pendant la partie, sans le consentement des joueurs les plus importants et sans avoir vérifié au préalable que tout le monde était d'accord. La FIOM, dans son bon droit, a simplement exigé que le renouvellement de la convention collective se déroule sur la base des règles encore en vigueur.



Mais aucun coup d'Etat orchestré par une minorité ne réussit, si, derrière elle, ne se trouve pas une puissance qui l'utilise et la soutient à ses propres fins. Ce ne sont pas les syndicats qui font les accords séparés, mais le patronat. La Federmeccanica [l'UIMM italienne], après deux renouvellements par accords séparés, avait décidé deux fois de suite de signer des accords unitaires. Maintenant, elle a encore changé son fusil d'épaule. Pourquoi? C'est le contenu même de l'accord qui peut nous éclairer.



La FIM et l'UILM ont en effet accepté de dévaloriser le travail des métallurgistes par le biais d'une baisse réelle des salaires. L'augmentation est ridicule et offensante, 15 euros nets pour un ouvrier de troisième catégorie [ouvrier hautement qualifié] pour toute l'année 2010. L'accord sur trois sans n'est accompagné d'aucune garantie par rapport à l'inflation, tandis que l'on abandonne un acquis historique des anciennes conventions: la revalorisation de la valeur du point. Cet acquis, qui avait constitué une amélioration du système du 23 juillet [Accords cadres tri-partites patronat/syndicat/entreprises du 23 juillet 1993 qui encadrent depuis la structure de négociation collective en Italie], faisait en sorte que tout renouvellement des conventions collectives soit négocié sur des bases plus élevées que celles du renouvellement précédent. Désormais, ce mécanisme supprimé, nous nous préparons à aller dans l'autre direction: c'est-à-dire que toute nouvelle convention se négociera sur la base de salaires plus bas que ceux prévus par les précédents accords. A tout cela s'ajoute l'acceptation pleine et entière de l'accord confédéral séparé du 15 avril 2009. Celui qui ouvre la voie à des dérogations vis-à-vis des conventions collectives nationales, qui réduit tant le droit à dépendre de conventions collectives nationales que les droits individuels.



Pourtant déjà signé, le texte parle de conciliation et d'arbitrage, et limite la capacité de négocier de manière autonome dans l'entreprise.



Face à ceux qui déclaraient qu'il fallait moins de conventions collectives nationales et plus d'accords entreprise par entreprise, la FIM, l'UILM et la Federmeccanica, au cas où, limitent les deux possibilités.



La FIOM a demandé l'arrêt des licenciements et des fermetures d'usines. La FIM, l'UILM et la Federmeccanica ont trouvé une solution à la crise des plus brillantes: la création d'un organisme bi-latéral qui récoltera des fonds avec la promesse d'apporter, d'ici trois ans, une aide modique aux travailleurs les plus en difficulté. Une réaction générale et immédiate serait nécessaire quand des centaines de milliers de travailleurs risquent de perdre leurs salaires et leur poste. Mais l'important est d'accrocher un nouveau wagon au train en marche de la collaboration des syndicats avec le patronat.



Nous pourrions aller plus loin, et découvrir les mauvais coups contenus dans l'accord, du temps partiel sauvage à la dégradation des droits des salariés en CDI, mais le fond de l'histoire est toujours le même. La Federmeccanica et la Confindustria ont décidé de dévaloriser le travail en se servant de la complicité – comme le dirait le ministre Sacconi [ministre du travail de Silvio Berlusconi – ancien dirigeant du Parti Socialiste Italien du temps de Bettino Craxi devenu depuis un des dirigeants de Forza Italia puis du PDL de Berlusconi] – de la FIM et de l'UILM. Ils comptent le faire, même s'ils savent très bien, qu'en cas de référendum organisé dans les règles, la grande majorité des travailleurs et des travailleuses ferait voler en éclats leur accord par un NON massif. Ils comptent le faire, parce qu'ils prennent pour acquis que dans la société et la vie politique italienne, c'est désormais un lien commun accepté par tous que les travailleurs sont des citoyens de deuxième division, auxquels les règles de la démocratie ne s'appliquent pas. On peut réaliser un putsch contre une convention collective et la démocratie syndicale et présenter tout cela comme une simple évolution des rapports industriels.



La révolution française a commencé à cause du fait que le souverain faisait voter par « ordres » et non par personnes. Ainsi l'aristocratie et le clergé, tout en étant une minorité étroite, l'emportaient toujours contre le peuple, qui avait une seule voix contre leurs deux voix. Aujourd'hui, on voudait faire voter les conventions par syndicats. On fait la somme des sigles et l'on dit « ici se trouve la majorité ». Même si la grande majorité des travailleurs et des travailleurs se trouve de l'autre côté. Les français ont fait la révolution parce qu'ils n'acceptaient pas ce système décisionnel médiéval. Aujourd'hui on veut faire revenir les travailleurs au Moyen-Age. Et pas seulement eux d'ailleurs.



La détermination de la FIOM et une rebellion salutaire des travailleurs et de l'opinion publique s'opposera à cette dérive.



Site de la FIOM: http://www.fiom.cgil.it/

Site de l'Ernesto: http://www.lernesto.it/

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