zapatero-toxo-mendezAvec la collaboration des syndicats réformistes et face à la seule opposition des communistes, le gouvernement socialiste espagnol fait passer l'âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Nous l'avions annoncé déjà il y a plusieurs mois (cf Le PCE organise la mobilisation contre l'augmentation du départ de l'âge à la retraite à 67 ans décidée par le gouvernement Zapatero), la dernière grande contre-réforme du gouvernement PSOE de José Luis Zapatero, le recul de l'âge de la retraite de 65 à 67 ans, est désormais scelléeaprès l'accord conclu mercredi dernier entre le gouvernement socialiste, les représentants patronaux et les deux syndicats réformistes, l'UGT (socialiste) et les CC.OO (historiquement liées au PCE – aujourd'hui 'a-politique').



Le premier ministre José Luis Zapatero a exprimé sa satisfaction d'avoir obtenu cet accord dans le cadre du « dialogue social » et le schéma institutionnel du Pacte de Tolède, ce forum de collaboration de classe réunissant depuis 1995 syndicats patronaux et de salariés, sous l'égide du gouvernement, en vue de la négociation des contre-réformes cassant le système public de retraites.



Le rapport du gouvernement socialiste, alimentant la négociation avec les « partenaires sociaux » et la future élaboration du projet de loi, avait par ailleurs déjà bénéficié d'un vote quasi unanime à la Chambre des députés où seuls 10 députés s'étaient opposés à ce rapport alors que 334 députés, PS et droite confondus, l'avaient adopté.



Les directions réformistes de l'UGT et des CC.OO fidèles à la ligne du « dialogue social »



Cet accord négocié avec les syndicats est une cruelle désillusion non seulement pour la frange la plus combative de la classe ouvrière mais aussi pour l'ensemble du salariatqui s'était mobilisé massivement le 29 septembre dernier, avec plus de 10 millions de grévistes et 1,5 millions de manifestants dans les rues (cf Grève générale massivement suivie en Espagne: 10 millions de grévistes et 1,5 million de manifestants expriment leur colère contre les mesures anti-sociales du gouvernement Zapatero)



L'idée d'un appel à la grève générale montait dès lors un peu partout en Espagne. Pourtant, les deux confédérations syndicales, derrière une opposition de façade au gouvernement, ont freiné et empêché tout développement du mouvement. Aujourd'hui, la duplicité de la ligne des directions syndicales réformistes est révélée au grand jour.



Après la signature de l'accord, les secrétaires-généraux des deux grandes centrales syndicales se complaisaient dans l'auto-satisfaction



Ignacio Toxo, secrétaire-général des CC.OO, pouvait ainsi faire passer ce recul historique comme une avancée: « C'est un accord qui regarde vers l'avenir, qui mise sur la transformation de l'économie espagnole, car il n'est pas possible de reproduire dans la sortie de la crise les facteurs de croissance qui nous ont mené dans cette crise. »



Dans la même veine, Candido Mendez, de l'UGT proposait une justification audacieuse de cet accord ignominieux: « face à ceux qui estiment que l'obéissance aux marchés est la seule façon de combattre la crise (sic), les mauvais chiffres actuels du chômage montrent jusqu'à quel point il fallait sortir de l'inertie des mesures unilatérales du gouvernement ».



Pourtant, cette collaboration avec le gouvernement socialiste dans la casse des droits des travailleurs est tout sauf une volte-face. Depuis le début des années 1980, les deux centrales syndicales ont contribué à faire passer huit contre-réformes du marché du travail, plusieurs vagues de privatisation, le plan de renflouement (Plan E) des banques et de l'industrie en 2008, et donc aujourd'hui le recul de l'âge de départ à la retraite à 67 ans.



Si l'UGT socialiste remplit sa fonction historique en collaborant à la casse du système de Sécurité sociale, le rôle joué par les CC.OO rentre en contradiction avec les raisons qui ont présidé à la naissance de cette centrale syndicale, dont le regretté dirigeant communiste Marcelino Camacho fut le fondateur.



Ainsi, ce nouveau pas dans la collaboration de classe a suscité la désapprobation du « secteur critique des CC.OO », aile-gauche de la confédération restée sur les positions historiques du syndicat. Le secteur critique a refusé de voter l'adoption par les CC.OO du projet gouvernemental dénonçant dans l'approbation de cette réforme non-nécessaire et inopportune un acte de soumission au patronat et au pouvoir, et plus largement à l'idéologie dominante



Consensus total dans les partis bourgeois, de la droite nationale aux nationalistes, face à la seule opposition des communistes



Pour faire passer son projet au Congrès, le gouvernement socialiste n'a pas peur de nouer des alliances douteuses. Ainsi, le PSOE s'est assuré de tout retournement de dernière minute du Parti populaire au Parlement en pactant avec les formations nationalistesde CiU (le parti nationaliste catalan), du Parti nationaliste basque (PNV) et de la Coalition des Canaries (CC) au prix d'ajustements mineurs aux textes.



Car le Parti populaire (PP – parti de la droite post-franquiste) a su habilement tenir un double discours sur la question du recul de l'âge à la retraite.



Devant les électeurs largement opposés à ce projet, il jouait la sa fibre sociale manifestant son opposition verbale au projet de loi promettant même un retour à 65 ans en cas de victoire de la droite aux prochaines élections.



Dans l'hémicycle comme dans les coulisses des négociations,le PP apportait son soutien sur le fond tout en désirant ne pas se griller face aux électeurs mécontents. Mariano Rajoy, leader du PP, a ainsi reconnu officiellement sur le ton de l'euphémisme que son parti « avait de bonnes dispositions » pour voter le projet et José Luis Zapatero a plus clairement affirmé que c'était une « bonne chose » que le PP ait apporté son soutien.



Seule formation parlementaire à porter une opposition au projet dans les institutions, Izquierda Unida(IU – formation à laquelle participent essentiellement les communistes qui compte sur seulement deux députés au Congrès après la déroute de 2008)a néanmoins participé au discours dominant sur la réforme nécessaire du système de retraites en jouant le rôle du « partenaire critique mais constructif »proposant ses mesures alternatives au gouvernement pour sauver le système.



C'est finalement du côté du Parti communiste espagnol (PCE)dont la voix est hélas étouffée par celle de la coalition IU, beaucoup plus timide et dont elle est pourtant la force motrice, que l'on retrouve à la fois l'analyse la plus complète et l'opposition la plus résolue au projet de loi:



« La politique du gouvernement de Zapatero de remise en cause des droits des travailleurs de ce pays continue. Se confirme sa soumission aux pouvoirs économiques laissant apparaître clairement une fois de plus que l'objectif des politiques du gouvernement PS consiste à récompenser les responsables de la crise et de punir ceux qui n'ont rien à voir dans les causes qui l'ont engendré. La nouvelle remise en cause du droit à la retraite ne vise en fait qu'à les diminuer, que ce soit leur montant que le nombre de personnes qui y auront droit, avec comme dessein de renforcer les systèmes privés de retraite afin de générer des profits plus importants encore pour les banques privés ».



Pour le PCE, cette mesure n'est pas seulement injuste mais c'est une véritable absurdité économique:

« Cette attitude politique est encore plus grave si on prend en compte le fait que plus de 900 000 jeunes de moins de 25 ans sont au chômage dans notre pays et que le président du Gouvernement même reconnaissait lui-même au Congrès quelques jours auparavant, que le chômage des jeunes en Espagne est structurel, ce qui veut dire qu'il condamne consciemment une grande partie de la population à ne pas recevoir une retraite répondant aux exigences d'un minimum de dignité ».



Le boulet de l'expérience Izquierda Unida pour la relance d'un projet communiste impulsant les luttes et leur donnant une perspective!



Les travailleurs espagnols manquent cruellement aujourd'hui non seulement d'une centrale syndicale sur des positions de classe mais aussi d'une organisation politique révolutionnaire, de classe et de masse, ce que fut historiquement le Parti communiste espagnol (PCE), capable de la remettre sur des positions de lutte de classe.



L'échec de l'expérience Izquierda Unida (IU) pèse lourd dans la situation d'échec dans laquelle se trouve la gauche de classe en Espagne, avec une hégémonie de la social-démocratie réformiste dans le champ syndical et politique (IU y compris) et une impuissance des forces révolutionnaires, des communistes, privées de toute action et de toute expression autonome hors d'une IU liée structurellement au PS.



Aux communistes, et aux syndicalistes de classe des CC.OO, de reconquérir leur autonomie!


Plus que jamais, dans un pays ravagé par le chômage et la pauvreté de masse, le peuple d'Espagne a besoin d'un PCE fort et combatif!

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