lisboa 8Des dizaines de milliers de travailleurs portugais dans la rue ce 8 juillet à l'appel de la CGTP-IN contre le gel des salaires et la casse des services publics



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net



Après la manifestation impressionnante du 29 mai qui a réuni plus de 300 000 grévistes dans les rues de Lisbonne à l'appel de la CGTP-IN – sans doute la plus grande manifestation depuis la Révolution d'Avril – il était difficile de faire mieux pour cette « journée de lutte et de protestation » convoquée par le syndicat organiquement lié au Parti Communiste ce 8 juillet.



Néanmoins, avec plusieurs dizaines de milliers de manifestants dans une dizaine de villes portugaises, dont plus de 10 000 à Lisbonne, cette journée d'action reste un succès en période estivale et sous une chaleur écrasante.



Et construit par les seules forces de la CGTP-IN, premier syndicat du pays avec ses 750 000 adhérents, sachant que la socialiste UGT adhère pleinement avec le plan de guerre contre le monde du travail adopté par le gouvernement Socrates en début d'année.



Contre la baisse du salaire direct et socialisé et contre les privatisations



Parmi les mesures phares adoptées par le gouvernement socialiste, avec le soutien de la droite: une hausse généralisée des impôtstouchant principalement les travailleurs les plus modestes avec la hausse d'1 point de la TVA et la hausse des taux d'imposition de toutes les tranches de l'impôt sur le revenu; une baisse du montant des allocations sociales: aides logement, exonérations d'impôts pour les frais médicaux ou d'éducation supérieure, allocations-chômage ainsi que de l'accès à ces aides; une baisse des salaires des fonctionnaires, avec gel des salaires nominaux jusqu'en 2011 et gel des salaires réels par la suite jusqu'en 2013; gel de toutes les retraitesd'ici 2013; réduction drastique des dépenses de la fonction publique, avec non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux et réduction de tous les budgets, y compris ceux de l'éducation et de la santé (moins 700 millions d'euros en trois ans pour la santé).



Enfin, accélération du processus de privatisation du secteur nationalisé conquis lors de la Révolution d'avril: poursuite du désengagement de l'État dans les entreprises GALP (gaz) et EDP (électricité); début d'un processus d'ouverture au capital comme préalable à la privatisation pour les Aéroports du Portugal, Air Portugal, l'Empordef (Défense) et les réseaux électriques nationaux.



Les deux grosses entreprises dans le viseur du grand capital restent les CTT (la Poste) et le CP (Chemins de fer portugais), les deux détenus actuellement à 100% par l'État. Le changement de statut pour la Poste et la privatisation de branches du CP, comme le Fret ou la maintenance, sont les objectifs de la phase actuelle de privatisation de ces deux gros morceaux du secteur nationalisé portugais.



Mobilisation massive chez les cheminots ainsi que dans l'industrie lourde



Cette menace pesant sur le secteur ferroviaire explique le succès de cette grève parmi les cheminots, avec des taux de grévistes supérieurs à 50%, qui ont emmené la direction de la CP à annuler de 10 à 20% des trains en partance de Lisbonne et sans doute plus à Porto, au nord du pays.



De bonnes surprises également chez les travailleurs des administrations locales et dans le privé dans l'industrie lourde, dans la métallurgie et la chimie, qui restent des bastions de la CGTP-IN.



Le secrétaire-général de la CGTP: « Dénoncer cette injustice, manifester cette colère, combattre la résignation et proposer une alternative »



Sous des mots d'ordre offensifs tels que « Non au vol des salaires, à la précarité, au chômage »ou encore« Ça suffit! Il faut lutter contre l'autoritarisme et l'arrogance du gouvernement », plusieurs dizaines de milliers de manifestants avaient donc répondu à l'appel de la CGTP-IN dans une dizaine de villes du pays, avec trois grandes manifestations: deux le matin à Viana do Castelo et Setubal, et celle de l'après-midi à Lisbonne.



Le secrétaire-général de la CGTP-IN, Manuel Carvalho da Silva, avait clarifié la veille le sens de cette « Journée de Lutte »: « Notre souci est de maintenir une ligne qui place au cœur de la société trois grandes préoccupations: la première est de dénoncer l'injustice et l'incohérence des politiques qui ont été suivies; la seconde est de manifester cette contestation et cette indignation des gens, de combattre la résignation et l'indifférence (…) et troisièmement, nous allons avancer des propositions alternatives, forçant la société de discuter de voies alternatives pour l'avenir ».



Carvalho da Silva ne maintient pas d'ambiguïté sur la ligne de la CGTP-IN vis-à-vis du Plan de Stabilité et de Croissance (PEC) de Socrates: « La CGTP considère que les mesures d'austérité annoncées par le gouvernement ne sont pas acceptables, ce sont des choix politiques purement erronés ».



Arménio Carlos, de la direction du syndicat, annonce la couleur encore plus clairement: « Nous voulions que ce jour soit un signal de protestation et de lutte contre les politiques du gouvernement et en même temps un avertissement pour le patronat et le PSD – parti de droite – contre toute intention de modifier la législation du travail dans le sens d'une plus grande flexibilisation ».





« Une grande journée de lutte » pour le Parti Communiste



Le Parti Communiste Portugais (PCP) a également fortement mobilisé pour la manifestation et apporté son soutien total à l'action du syndicat avec lequel il est historiquement lié.



Jéronimo de Sousa, secrétaire-général du PCP, était présent à Lisbonne et a contredit l'idée d'une banalisation du mouvement au Portugal comme en Grèce: « Ce à quoi nous assistons ici est une protestation de plus, une lutte de plus démontrant que la lutte va continuer, que l'on ne considère pas comme définitif le PEC. En ce sens, je ne considère pas que la lutte se banalise ».



Plus tard dans la soirée, un communiqué du PCP a tenu à saluer « une grande journée de lutte »qui a « constitué une riposte importante de la classe ouvrière et des travailleurs à l'offensive en cours, notamment de racket des salaires, d'augmentation des prix, des privatisations et de réduction des services publics ».



Pour le PCP, la lutte même est porteuse d'une alternative: « Cette journée a réaffirmé le rejet du cap du désastre national de la politique du gouvernement PS qui bénéficie du soutien du PSD et du CDS, en même temps qu'elle a insisté sur la nécessité d'une rupture et d'un changement qui garantisse de meilleurs salaires, des emplois avec des droits, production nationale, justice sociale, souveraineté ».



Retour à l'accueil