IndicomElections au Kerala ce 13 avril : retour sur les réalisations de cinquante ans de gestion communiste au Kerala, « îlot de développement dans une Inde océan de sous-développement »

 

Article AC (à partir des informations aimablement fournies par nos camarades du PC d’Inde Marxiste) pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

            Premier Etat indien à se doter d’un gouvernement communiste en 1957, le Kerala a constitué pendant cinq décennies le laboratoire d’une gestion alternative socialiste aux politiques au service du capital mises en place par les partis bourgeois, le Congrès ou le BJP, au niveau national.

 

            En dépit des alternances politiques, les traits du modèle alternatif mis en place par le Parti communiste d’Inde au début des années 1960 ont permis au Kerala de devenir un modèle pour les économistes développementalistes. La preuve qu’un un Etat du tiers-monde peut atteindre des résultats remarquables en terme de développement humain avec des moyens économiques extrêmement limités, en rompant avec la logique du capitalisme.

 

            Les élections d’avril 2011 devraient prouver la confiance que portent le peuple et les travailleurs du Kerala dans le modèle mis en place par les communistes. Les deux partis communistes, réunis sous la bannière du Left Front tenteront de confirmer leurs excellents résultats de 2006, année où ils ont repris le contrôle de l’Etat avec plus de 48%. Le Parti communiste d’Inde (Marxiste) mènera l’alliance qui pourra compter sur le fort enracinement des plus de 300 000 militants que compte le parti dans le seul Kerala.

 

            Alors que l’idéologie dominante tente d’inculquer l’idée d’un déclin inéluctable du communisme, la force militante et électorale du Parti communiste au Kerala en est un parfait contre-exemple. Les raisons de ce succès résident avant tout dans le système économique alternatif porté par les communistes fondé sur l’économie publique et sociale et qui a fait du Kerala un modèle de développement.

 

La réussite de l’Education publique et universelle : premier Etat en termes d’alphabétisation et de scolarisation

 

            Le succès du modèle social du Kerala, premier Etat d’Inde en termes de développement humain (IDH), a reposé avant tout sur des investissements publics massifs et planifiés dans les domaines de l’éducation et de la santé en dépit de moyens limités, prouvant la supériorité d’un modèle socialiste égalitaire sur le système hiérarchique dominé par le privé dans le reste de l’Inde.

 

            En effet, les communistes ont mis en place un système d’éducation publique, universelle et gratuite unique en Inde qui, d’après l’Indice de développement éducatif (EDI), en fait l’Etat le plus développé dans ce domaine. Tous les jeunes enfants du Kerala doivent ainsi passer obligatoirement dix ans sur les bancs de l’école, jusqu’à l’équivalent de notre collège. Ensuite, la grande majorité d’entre eux accède au lycée. Et une partie non-négligeable de ces lycéens entrent par la suite dans une des sept universités réputées que compte l’Etat. A titre de comparaison, seuls 15% des jeunes Indiens accèdent à l’enseignement secondaire et 7% au supérieur.

 

            Les résultats de cette politique volontariste, mettant au centre l’égalitarisme et le caractère public de l’éducation où règne encore la domination de la société de castes et l’enseignement privé, sont impressionnants. Le Kerala est de loin le premier Etat indien en termes d’alphabétisation, avec un taux de près de 95% (66% nationalement). Tous les enfants du Kerala sont scolarisés, 98% ont une école à moins de deux kilomètres de leur domicile. L’éducation de qualité et de masse prodiguée au Kerala fait hélas de cet Etat une mine d’or pour les Etats et pays plus développés qui en profitent pour piller ses cerveaux (brain drain).

 

            Traditionnellement, les écoles privées essentiellement confessionnelles sont tolérées, dans la mesure où elles acceptent les principes de gratuité et d’universalité dans l’accès à l’éducation ainsi que les programmes imposés. Néanmoins, cette politique a emmené récemment à des problèmes sérieux, avec le développement des écoles privées lucratives concurrentes du système public et l’intensification des tensions communautaires, traditionnellement faibles dans l’Etat pluri-confessionnel.

 

 

Le succès de la santé publique au Kerala : un Etat développé dans un pays en sous-développement chronique

 

Dans la santé, la promotion d’une économie basée sur un service public universel et gratuit a conduit à faire du Kerala un Etat modèle au sein d’un pays au bilan sanitaire catastrophique.

 

Le contraste entre les résultats obtenus par le système public de santé du Kerala et le système national miné par le sous-investissement public et la domination du privé est saisissant. L’espérance de vie au Kerala est de 77 ans contre 63 ans dans le reste du pays. Le pays est présenté par l’OMS comme un des premiers pays « baby-friendly » du Tiers-monde, avec des programmes d’hospitalisation des mères enceintes (95% des accouchements en hôpital), de nutrition et de soins des enfants et des projets de soins de proximité notamment dans les zones rurales.

 

Le taux de mortalité infantile est de 12 pour 1000, proche de celui des pays développés (6 pour 1 000 aux Etats-unis) mais loin devant le 55 pour 1000 de l’Etat indien. Rançon de son succès et cas unique en Inde, avec un taux de mortalité en baisse et un faible taux de natalité, le Kerala connaît une transition démographique digne d’un pays développée ainsi qu’un vieillissement accéléré de sa population.

 

La raison du succès du modèle du Kerala réside dans son système public, universel et gratuit qui a permis le développement de masse d’une santé de qualité. L’Etat seul compte près de 3 000 établissements médicaux soit près de 20% de tous les établissements que compte le pays. Le Kerala offre à ses habitants 330 lits pour 1 000 habitants… contre 0,7 lits pour 1 000 dans le reste de l’Inde.

 

 Avec des hôpitaux en abondance, un personnel hautement qualifié et des traitements médicaux innovants – le Kerala est le premier Etat d’Inde à pratiquer massivement les soins palliatifs, réalisant le 2/3 des opérations de ce type – le Kerala satisfait non seulement les besoins médicaux de sa population mais séduit même des touristes étrangers convaincus de la supériorité de ce système sur celui de leur pays d’origine, souvent plus riche (tourisme médical).

 

Le modèle économique du Kerala à l’épreuve de la mondialisation      

 

Les détracteurs du système mis en place au Kerala par les communistes ont tenté, depuis 50 ans, de remettre en cause la viabilité de la base économique du système. Or, jusqu’aux années 1990, le système économique porté par les communistes a représenté une alternative pertinente aux politiques des forces bourgeoises, Congrès ou BJP.

 

            Le Kerala fut le premier Etat, dans le monde capitaliste, à mettre en œuvre une réforme agraire générale dans les années 1960. La réforme a non seulement éradiqué le problème des paysans sans-terre, garanti une redistribution plus équitable des terres permettant aux paysans du Kerala de vivre de leur travail, mais a aussi constitué les bases d’un secteur agraire efficace assurant l’indépendance alimentaire de l’Etat.

 

            Le contrôle de l’Etat sur les principaux moyens de production, directement par l’appropriation sociale ou indirectement par la politique fiscale et régulatrice, n’a pas ruiné l’économie du Kerala. Au contraire, un des Etats les plus arriérés d’Inde, le Kerala était au début des années 1990 le 11ème Etat d’Inde en termes de PIB/habitant et le 4ème pour ce qui est dépenses de consommation par habitant preuve de la politique égalitariste et redistributive du gouvernement.

 

S’est développé, sous direction communiste, non seulement un secteur de services publics efficace dans la santé, l’éducation mais aussi dans les transports, l’électricité ou encore les télécoms ainsi qu’une industrie textile tout à fait viable.

 

Néanmoins, les années 1990 ont profondément remis en cause le modèle du Kerala. L’agriculture et l’industrie traditionnelles ont été durement frappées par la libéralisation de l’économie et l’insertion dans la mondialisation prônées par le gouvernement central, et symbolisées par le traité de libre-échange de l’ASEAN. Dans le même temps, le gouvernement central indien mettait en place une politique dite de « décentralisation », instituant de fait la concurrence entre régions pour l’attraction des capitaux et réduisant les transferts de ressources de l’Etat central vers les provinces.

 

Gouverné pendant 10 ans par la droite (le Parti du Congrès catalogué nationalement comme de centre-gauche), le Kerala a donc subi de plein fouet une politique de privatisation des industries publiques, de libéralisation des secteurs symboliques du succès du Kerala (santé et éducation) et une politique de dumping fiscal et social en vue d’attirer les IDE.

 

Cette politique anti-sociale a provoqué un mécontentement général chez les travailleurs du Kerala, avec de fortes tensions sociales et des grandes grèves au début des années 2000. En 2006, les communistes regagnent l’Etat haut la main, avec 48% des voix au premier tour.

 

L’alternative des communistes au consensus libéral : sortir de la crise par la relance des services publics

 

Alors qu’au niveau national, les deux blocs alternant au pouvoir persévèrent dans la même politique de casse sociale et de libéralisation, et ont fait le choix de faire payer la crise capitaliste par leur propre peuple, les communistes ont décidé au Kerala de proposer une alternative de gauche pour sortir de la crise.

 

Les communistes ont fait le pari d’une politique de relance massive (5% du PIB) pour financer non pas le renflouement des banques et de la grande industrie comme le gouvernement central, mais des travaux d’infrastructures, des aides sociales et le développement des services publics. Entre autres, le gouvernement du Kerala a décidé de résoudre le problème du déficit des comptes publics et des entreprises publiques, en augmentant les recettes provenant des plus riches et en choisissant de développer et d’étendre les entreprises publiques plutôt que de les casser.

 

            En 50 ans de gestion alternative au Kerala, pour ne pas dire socialiste, l’empreinte communiste a laissé un Etat modèle depuis plusieurs décennies de tous les pays du Tiers-monde recherchant une voie nationale vers le socialisme, susceptible de concilier démocratisation  politique, socialisation de l’économie et développement social.

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