pcchileElections chiliennes: Le Parti communiste fait élire trois députés et brise son exclusion de la vie politique



Article d'AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le résultat des élections législatives et présidentielles de dimanche est historique.



En réussissant à faire élire trois députés communistes, le Parti communiste chilien a brisé 36 ans d'exclusion de la vie politique du pays.



Succès du Parti Communiste aux législatives dans des conditions difficiles



Car le mode de scrutin, prévu à dessein par le Général Pinochet au moment de la transition démocratique, a été conçu pour empêcher le Parti Communiste d'accéder à une représentation parlementaire et l'exclure de la vie politique.



Dans les 120 circonscriptions, le scrutin binominal à un tour impose la formation de coalitions bi-polaires puisque le candidat avec le pourcentage de voix le plus élevé au premier tour est élu



Ce type de scrutin interdit au Parti Communiste toute représentation s'il ne s'intègre pas à une coalition plus large. Il compromet ses chances d'obtenir ne serait-ce qu'un député s'il n'accepte pas de faire partie d'une coalition de toute la gauche. C'est pourquoi le PC Chilien, qui était déjà l'élément moteur de la coalition Juntos Podemos (Ensemble, nous pouvons – avec des chrétiens de gauche notamment) a dû accepter de concourrir – dans le cadre d'une alliance technique – avec la coalition de centre-gauche de la Concertacion menée par le Parti Socialiste et le Parti démocrate-chrétien.



De fait, le Parti communiste a obtenu l'investiture pour 9 circonscriptions, et est parvenu, dans un climat hostile, à faire élire 3 de ses candidats.



Guillermo Tellier, secrétaire-général du Parti, s'est fait élire dans la cironscription de San Miguel, quartier populaire de Santiago (33,49% des voix); Lautaro Carmona est lui élu à Copiapo (28,42%) et Hugo Gutierrez à Iquique (30,53%), deux circonscriptions minières et deux bastions du Parti.



Résultat honorable mais décevant pour le candidat de gauche soutenu par le parti



Si le résultat des élections législatives a soulevé un enthousiasme légitime, le résultat des élections présidentielles s'est révélé relativement décevant.



Le PC Chilien avait décidé de ne pas présenter de candidat issu de ses rangs pour soutenir le candidat socialiste dissident, ancien collaborateur de Salvador Allende, Jorge Arrate. Attendu par le Parti et les autres partis de la coalition comme un possible troisième homme, voire même comme le candidat de gauche capable de dépasser le démocrate-chrétien Eduardo Frei, il obtient finalement la quatrième place avec un honorable 6,21%, bien en-deça des espérances soulevées par sa candidature.



La droitisation du Chili



L'enseignement de ces élections au Chili reste, au-delà des incertitudes liées au mode de scrutin, la droitisation du parti.



Le Parti socialiste, compromis après vingt ans de gestion libérale du pays, avait décidé de ne pas présenter de candidat pour soutenir le candidat démocrate-chrétien Eduardo Frei (fils de l'ancien président chilien) qui a finalement obtenu 29,60%. C'est cette candidature centriste qui a emmené deux socialistes dissidents à se présenter:



  • la candidature de gauche, soutenue par le Parti Communiste, de l'allendiste Jorge Arrate (6,21%);

     

  • la candidature indépendante du jeune et charismatique Marco Enriquez-Ominami (20,13%), soutenue par plusieurs partis de centre-gauche et écologistes. Mais les idées politiques assez floues de celui dont les médias ont vanté les mérites (est-ce la vacuité de ses slogans et de son discours qui les ont poussé à le surnommer l'Obama chilien?) font que le cinquième de l'électorat qu'il a mobilisé est capable, d'après les intentions de vote pour le second tour, de voter pour le candidat de droite Sebastian Pinera



Car en face, la droite est passée à l'offensive et a donc représenté Sebastian Pinera, leader populiste et néo-libéral soutenu par la coalition issue du Oui au référendum de 1988 (sur le maintien de Pinochet à la tête de l'Etat). Entrepreneur multi-milliardaire, propriétaire de la compagnie d'aviation privatisée sous la dictature, du plus grand club de football du pays mais aussi de la principale chaîne de télévision privée, il y a gagné le surnom de « Berlusconi chilien ».



Ironie de l'histoire, il s'est distingué ces derniers temps en se déclarant l'héritier de grandes figures « de gauche »: le président brésilien Lula, le président mexicain Calderon et... l'actuelle présidente du Chili, la socialiste Bachelet. En effet, le programme de Pinera: privatisations, précarisation des travailleurs, gel des salaires ne s'inscrit pas en contradiction avec la politique menée par les gouvernements socialistes précédents.



Plusieurs incertitudes, une seule certitude



L'issue de ces élections générales est toujours incertaine



Alors qu'à la Chambre des Députés, le panorama des forces offre une majorité relative à la droite, l'état du dépouillement des votes pour le Sénat laisse le résultat du scrutin indécis.



Pour ce qui est de l'élection présidentielle, le mot d'ordre lancé par le secrétaire-général du PC Chilien Guillermo Tellier, et par le candidat à la présidentielle Jorge Arrate est de faire barrage à la droite. Donc de parvenir à un accord avec le moindre mal que représente le candidat centriste Eduardo Frei. Pour cela, le Parti communiste ne signera qu'un accord conclu sur des compromis programmatiques, parmi lesquelles le maintien des services publics et le changement du mode de scrutin.



Le caractère particulièrement volatile de l'électorat assez peu politisé de Enriquez-Ominami laisse, de toute façon, planer un doute sur le vainqueur potentiel du second tour des élections qui se tiendront en janvier.



Toutefois, si un doute subsiste sur l'identité du vainqueur du second tour, et que l'on ne peut que redouter la victoire de la droite la plus dure, une chose est sûre, on en connaît le grand perdant, le peuple chilien lui-même.



Site du Parti Communiste Chilien: http://www.pcchile.cl/

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