bra imageEn Grande-Bretagne, on a privatisé tout... même les prisons!



Faire du profit sur la misère humaine



Article tiré du Morning Star (quotidien du PC Britannique) du 18 mars



par Solomon Hughes



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Une motion récente déposée par John McDonnell ainsi que d'autres députés a demandé une enquête indépendante sur le traitement infligé à une gréviste de la faim emprisonnée au centre de détention de Yarl's Wood, à la suite de « compte-rendus faisant état de violences, mauvais traitements et injures racistes de la part des gardes. Elle a été cloîtrée pendant cinq heures dans un couloir, tandis qu'on lui refusait l'accès aux toilettes et à l'eau, et enfin elle a été enfermée dans la chambre froide. »



Ces mauvais traitements ont été commis par une entreprise privée, Serco, qui gère le centre de détention. Si ces soupçons étaient portés contre une prison publique, nous aurions entendu des déclarations du ministre, figure publique dont les choix politiques, l'attitude, les succès passés et les erreurs auraient été au centre du débat public. Mais parce que c'est une entreprise privée qui en est responsable, les journaux ne vont jamais plus loin que le mot « Serco ». Donc, quelle est cette organisation de l'ombre au nom si futuriste?



Son chiffre d'affaires a augmenté de 25% cette année – un peu moins de 4 millions de livres – grâce au processus de privatisation rampante. Car Serco se spécialise dans l'externalisation de services publics. [NdT – En effet, Serco n'est pas absolument pas spécialisée dans la gestion des prisons, elle s'occupe de tout ce que l'Etat lui concède dans les secteurs les plus divers: chemins de fer, métro, laboratoires scientifiques, hôpitaux, écoles, défense etc.]



Un portrait du PDG de Serco, Chris Hyman, datant de 2007 et publié dans Management Today, révèle un être humain assez peu commun. « Résolument en forme, ascétique, religieux » Hyman a été façonné par quelques événements marquants. Il a grandi en tant qu'Asiatique Chrétien dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, mais s'est débrouillé pour étudier la comptabilité à l'université en dépit des discriminations en vigueur. Il a pu s'appuyer sur une forte foi Chrétienne.



Hyman était dans le World Trade Centre quand les terroristes ont encastré deux avions dans les tours, tuant des milliers de personnes, ce qui – d'après Hyman – a renforcé sa moralité personnelle.



Selon Management Today: « Survivre au 11 septembre a renforcé sa foi dans l'idée que 'les gens passent avant les profits'. » Ses croyances religieuses sont évidemment toujours très fortes. Il jeûne tous les Mardis et reverse 10% de ses revenus à son Eglise pentecôtiste – bien que cela lui laisse encore un demi-million de livres en salaires.



Cet argent ne semble pas l'avoir poussé à errer sur le chemin du péché, et il a la conviction évangélique que son entreprise fait le bien. Hyman ne boit pas, ne jure pas, dit qu'il croit en un « ethos de service public », déclarant: « Nous voulons améliorer les écoles, réduire la récidive, avoir des trains qui arrivent à l'heure. » Il admet dans Management Today que les profits sont importants, mais seulement en tandem avec le service



Hyman a dit que Serco acceptait seulement ces contrats si il croyait que « nous pouvons faire une différence, et faire de l'argent. »



Deux membres éminents du Labour travaillent pour Serco et aident Hyman. Membre influent du Labour à la Chambre des Lords, Margaret Ford est une directrice de Serco. Douglas Trainer, ancien responsable des Étudiants travaillistes au Syndicat National des Étudiants et, après cela, conseiller spécial du leader travailliste Écossais Jack McConnell est un des spin doctors de Serco.



Trainer s'assurer que la présence médiatique de Serco se concentre sur « les soins médicaux, les dispositifs de surveillance et le bien-être au travail », donc il est sans doute impliqué dans cette campagne de lissage de l'image de l'entreprise à la suite de l'affaire de Yarl's Wood.



Donc que se passe-t-il ici? Comment ce dévot Chrétien qui veut rendre service et ses deux assistants travaillistes peuvent-ils être pris dans des accusations de mauvais traitements envers les personnes les plus vulnérables, de harcèlement, de coups et blessures et d'intimidations envers des gens qui ont échappé à des viols et à d'autres types d'agressions? Et tout cela pour l'argent?



Ces accusations pourraient se révéler erronées. C'est certainement la position de Serco, qui a déclaré que ses gardes ne se sont pas attaqués aux prisonniers qui se plaignaient. Serco a affirmé que « son personnel était intervenu pour empêcher que quatre femmes continuent à intimider d'autres résidents jusqu'à les priver de repas. »



Cependant, nous devons bien sous-peser la défense de Serco, puisque celle-ci est une habituée des mauvais traitements réservés aux détenus. En 2004, Adam Rickwood, âgé de 14 ans, s'est suicidé après avoir subi des traitements physiques douloureux au centre de rééducation de Serco à Hassockfield, dans le comté de Durham. Des rapports officiels ont dénoncé des « défaillances du système » dans les traitements infligés à Rickwood



D'autres rapports ont constaté les manquements des prisons et des centres d'immigration gérés par Serco.



Alors, on se retrouve avec la question: comment des directeurs apparemment bien-intentionnés et des cadres de Serco peuvent faire des millions en mal-traitant des détenus vulnérables. Soit ils sont tout simplement hypocrites, faisant de l'argent sale tout en se réclamant de valeurs propres. Ou le système économique, où le profit, plus que les valeurs humaines, est la force motrice, est à blâmer, déformant leurs soi-disant principes jusqu'à les contredire. Ou sans doute les deux.

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