edmilsoncosta--pcb.jpg« Nous analysons la situation brésilienne comme celle d'un capitalisme monopoliste »

 

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Entretien réalisé par les communistes colombiens avec Edmilson Costa, professeur d'université d'économie, secrétaire aux relations internationales du PCB

 

--Quelle est la différence entre le Parti communiste du Brésil (PCdoB) et le Parti communiste brésilien (PCB)?

 

--Le Parti communiste brésilien est le parti historique des communistes brésiliens, fondé en 1922, le parti qui a toujours été lié à l'Union soviétique, et qui a fait partie du mouvement communiste international depuis le début, et le PcdoB est une dissidence datant de 1962, qui fut dans un premier temps maoiste, et qui s'est rallié par la suite au Parti du travail d'Albanie. Ainsi, la différence à l'origine et la différence politique actuelle repose sur le fait que nous avons une ligne politique au Brésil très différente de celle de la ligne du PcdoB, car nous caractérisons la situation brésilienne comme celle d'un capitalisme plus dur, monopoliste. Par conséquent, la caractéristique centrale de la révolution est qu'elle doît être une révolution socialiste, et si il devait y avoir une révolution socialiste, nos efforts doivent être axés vers le camp prolétarien, le camp de tous les anti-capitalistes. Les camarades du PcdoB nouent une alliance multi-classiste avec le gouvernement Lula et avec divers gouvernements de centre-droit dans les régions, et nous, nous avons décidé de suivre la voie qui mène à gauche. Voilà les différences fondamentales entre nos deux partis.

 

--Vous estimez que los gouvernements Lula et Dilma Rousseff ont acté des transformations progressistes au Brésil?

 

--Nous avons participé au gouvernement Lula lors de son premier mandant pendant trois ans et ensuite nous en sommes partis, car nous avons vu que Lula ne respectait plus le programme sur lequel il avait été élu. A partir de là, nous sommes passés à l'opposition, en toute indépendance : quand le gouvernement fait quelque chose qui va dans le bon sens, nous le soutenons ; quand nous considérons que cela ne va pas dans le bon sens, nous le critiquons. Par exemple, nous soutenons le gouvernement quand il permet au Venezuela d'entrer dans le Mercosur, mais nous le critiquons durement quand il envoie des troupes brésiliennes à Haïti. Du point de vue économique, nous jugeons que Lula et Dilma ont gouverné pour le capital. Pour les travailleurs, ils ne restent que les miettes, des politiques de compensation. Il existe une colère très forte du côté des travailleurs. Il y a actuellement des milliers de travailleurs en grève, les ouvriers du bâtiment, les professeurs universitaires sont tous en grève contre la politique du gouvernement. Celui-ci a également mis en œuvre des politique néo-libérales, comme la réforme des retraites qui a fortement pénalisé les travailleurs. C'est un gouvernement qui apporte un important soutien financier au grands groupes brésiliens, nombre d'entre eux s'étendent désormais à l'ensemble de l'Amérique latine et possèdent également des positions hégémoniques fortes en Afrique et dans certains pays d'Asie. Tout ceci est très bien articulé et financé par le Gouvernement. Par conséquent, pour nous, notre grille d'analyse de ce gouvernement repose sur le rapport qu'il entretient avec les travailleurs, et en cela, ce n'est pas un gouvernement des travailleurs.

 

Quelle est l'analyse que vous faites des processus progressistes en Amérique latine : au Venezuela, en Bolivie, en Équateur, voire au Brésil ?

 

– Nous pensons qu'au Venezuela, en Bolivie, en Equateur, il y a un processus de lutte plus avancé que dans d'autres pays d'Amérique latine. Mais au Vénézuela, il y a une faiblesse, et c'est le manque d'organisation populaire, c'est une révolution qui dépend beaucoup d'une seule personne, mais nous soutenons Chavez pour les prochaines élections. La victoire de Chavez est importante car elle ne représente pas seulement une victoire du peuple vénézuelien mais une victoire de tous les peuples d'Amérique latine. Cette victoire renforcera également les luttes sociales en Amérique latine, et serait un nouveau coup dur pour l'impérialisme. En Bolivie, il y a aussi un processus très complexe, avec une ingérence très forte du gouvernement Brésilien, qui soutient les latifundistes brésiliens qui vivent en Uruguay. Le gouvernement brésilien appuie ces personnes, qui sont un foyer de tension permanent contre le gouvernement Bolivien, puisqu'ils ont déjà tenté de faire sécession. La situation de l’Équateur est aussi difficile, car il n'y a pas de mouvement de masse organisé et une avant-garde qui mènerait ce mouvement. Voilà pourquoi nous disons qu'en Amérique latine se construit un processus de lutte populaire, mais qu'il n'y a pas encore une force politique capable de conduire le peuple aux transformations de classe nécessaires.

 

--Par rapport à la Colombie, quelle analyse faites-vous de notre situation ?

 

–Nous avons de bonnes relations tant avec le Parti communiste colombien qu'avec les insurgés. Au Brésil, nous sommes le seul parti qui organise des actions publiques de solidarité avec la guérilla et qui impulse un mouvement de solidarité, car nous saisissons que le problème de la guérilla n'est pas militaire. La guérilla trouve son origine dans des problèmes sociaux, avec une base sociale très forte, et on ne peut résoudre le problème par la voie militaire. Nous défendons l'idée d'une solution pacifique et juste au conflit colombien et nous espérons que les nouveaux mouvements, du type Marche Patriotique, contribueront à forcer le gouvernement à une négociation qui ouvrira la voie à une Colombie démocratique.

 

Croyez-vous que l'on soit dans une nouvelle situation dans le monde, rompant avec l'unilatéralisme, ou que soient en train de se constituer de nouvelles hégémonies avec la Chine, la Russie et d'autres pays comme le Brésil ?

 

Non. Nous comprenons que la situation mondiale est en train de changer, car la crise économique des pays centraux tend à réduire l'hégémonie des États-Unis, et cette réduction laisse un espace pour de nouvelles nations, de nouveaux pôles de pouvoir. En ce sens, les BRICS, le Brésil, la Chine, la Russie, l'Inde, jouent un rôle de plus en plus important dans le rapport de force mondial, mais il y a aussi un nouveau rapport de force du point de vue populaire, car si dans les premiers temps de la crise les travailleurs n'ont pas été à la fête, désormais les luttes populaires touchent les quatre coins du monde. Dans toute l'Europe, les travailleurs lancent des grèves, des mobilisations. Au nord de l'Afrique, sont tombés la dictature de Moubarak et celle de Ben Ali. Aux États-Unis même, existe une lutte embryonnaire chez les jeunes de Occupy Wall Street et chez les travailleurs du Wisconsin. Et il existe ici en Amérique latine une recrudescence de la lutte populaire. Par conséquent, selon notre analyse, la lutte de classe à l'échelle mondiale change de nature et cela ouvre des espaces pour de nouveaux rapports de force internationaux.

 

Participez-vous au Brésil à un niveau du gouvernement ou un autre, ou vous situez-vous complètement en dehors, dans l'opposition ?

 

Non. Nous participons à aucun gouvernement, nous travaillons de manière indépendante et nous participons logiquement aux élections. Je suis candidat à la mairie de Sao Paulo dans une coalition de gauche avec un autre parti qui s'appelle le Parti socialisme et libertéet nous avons des candidats participant aux élections dans tous les États.

 

Caractérisez-vous le Parti des travailleurs de Lula et de Rousseff comme un parti centriste, un parti social-démocrate ?

 

C'est un parti centriste. Il y a certaines tendances avec lesquelles nous continuons de dialoguer, qui sont de centre-gauche, mais la majorité correspond à un parti centriste, même pas social-démocrate.

Retour à l'accueil