2012-7-23-bna-francois-hollande-rencontre-roi-du-bahrein.jpg« L'Occident a par rapport au Bahreïn une politique du deux poids deux mesures »



Interview du militant de l'Organisation euro-bahreini de défense des droits de l'Homme, Ahmed al-Haddad, réalisée dans le cadre du Congrès Marx is muss de Berlin



Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Q: Quels sont les rapports entre le mouvement de défense des droits de l'Homme au Bahreïn et d'autres mouvements internationaux ?

Au Bahreïn, nous connaissons encore des situations de violation des droits de l'Homme, des cas graves de tortures, des prisonniers politiques, des tribunaux militaires. Dans les deux dernières années, nous n'avons pas eu de relations directes avec d'autres mouvements pour les droits de l'Homme ou avec des mouvements politiques. Nous ne travaillons actuellement pas avec eux directement mais indirectement oui, nous conservons des liens. Dans la région du Golfe, nous avons des contacts en Arabie saoudite, en Oman et au Koweït.



Quelle est la condition des militants pour les droits de l'Homme en Arabie saoudite ?

On a interdit à certains de nos militants de voyager en Arabie saoudite. Nous avons aussi des militants aux quatre coins de l'Arabie saoudite qui se trouvent en prison en ce moment.



Les mouvements religieux jouent-ils un rôle dans les révoltes au Bahreïn ?

La religion n'a rien à voir avec quelque mouvement politique révolutionnaire que ce soit. Les mobilisations du 14 février 2011, les protestations, furent une révolution portant des revendications politiques et réclamant la démocratie, mais les médias et la presse occidentale ont défendu l'idée qu'il s'agissait d'un mouvement chiite, ce qui n'est pas le cas. Ils ont affirmé que l'opposition représentait un mouvement chiite se rebellant contre les sunnites, qu'il s'agissait d'une question communautaire, confessionnelle. Le prétendre, cela revient à défendre un point de vue selon lequel nous vivons un conflit entre deux confessions, entre chiites et sunnites, quand en réalité la majorité de la population voulait juste renverser le gouvernement.



Quelle est la composition des mouvements d'opposition au Bahreïn ?

Nous avons une majorité musulmane, des personnes d'autres confessions religieuses et des gens qui ne veulent absolument pas mélanger politique et religion des gens d'une gauche dont les dirigeants se trouvent naturellement en prison en ce moment.



Quel soutien vous apportent les mouvements européens ?

Nous avons besoin d'actions de la part des partis politiques d'Europe. Par exemple, nous avons rendu visite à Hollande en France parce que nous avons besoin de l'aide des mouvements et des partis européens. Nous savons qu'il existe des relations diplomatiques entre les gouvernements d'Europe et le gouvernement du Bahreïn, mais nous devons passer à l'action, par exemple ici en Allemagne. Il nous faut sensibiliser l'opinion publique parce que je crois que les gens peuvent prendre l'initiative et pousser le gouvernement allemand à faire pression sur le gouvernement du Bahreïn. Il nous faut également une initiative de soutien de la part des Nations unies. Nous comptons sur le soutien des mouvements de gauche, comme Die Linke ici, avec l'aide de camarades d'Espagne, de France et du Portugal, mais ce n'est pas suffisant. Il faut que la presse se focalise sur la situation au Bahreïn, mais cela n'a pas lieu parce que les unes sont remplies par le conflit en Syrie, alors que l'oppression vécue au Bahreïn est la même que celle endurée dans d'autres pays arabes.

Les mouvements de Bahreïn ont-ils une influence en Arabie saoudite ?

L'Arabie saoudite est intervenue au Bahreïn pour soutenir sa monarchie. Mais dans le même temps il existe des mouvements politiques en Arabie saoudite qui réclament la démocratie, des mouvements qui n'ont pas un fond religieux et qui ne se réduisent pas non plus à l'expression des revendications des divers groupes confessionnels. Hélas, on ne les voit ni dans la presse ni sur Internet, et ils deviennent des mouvements anonymes.



Vous avez des relations avec des mouvements en Syrie ?

Nous travaillons avec des observateurs pour les droits de l'Homme sur ce qui se passe en Syrie, à partir d'un point de vue de gauche, en tant que marxistes.



Que est le sens du soutien occidental au Bahreïn, et surtout des États-Unis et de l'OTAN, étant donné la place stratégique du Bahreïn ?

Les États-Unis ont par rapport au Bahreïn une politique du deux poids deux mesures dans laquelle entre également en jeu le pétrole : ils ne veulent pas perdre l'Arabie saoudite, leur allié dans la région. C'est pourquoi aux Nations unies ils prétendent qu'ils soutiennent la révolution au Bahreïn, mais ils n'ont publié qu'un seul communiqué officiel, extrait d'une intervention d'Obama.



Quelle est la position de l'Iran par rapport aux mouvements ?

Le gouvernement du Bahreïn affirme que les participants aux protestations conservent des relations et reçoivent des financements de l'Iran. C'est vrai que l'Iran soutient la révolution au Bahreïn, mais ils ont un programme politique très différent du nôtre et des positionnements qui ne concernent que les groupes confessionnels qu'ils souhaitent soutenir. Cela discrédite les mouvements du Bahreïn qui comptent sur la participation de toutes les confessions religieuses.



Quelle est la position de Al Jazeera, qui a critiqué récemment Nabil Rajab?

L'émission d'Al Jazeera en anglais est différente de celle d'Al Jazeera en arabe. La première soutient le printemps arabe. Mais quand on passe sur Al Jazeera en arabe, on ne montre plus les gens luttant au quotidien, manifestant, ils ne veulent pas parler des violations des droits de l'Homme qui se produisent dans des pays comme le Bahreïn. C'est pourquoi nous espérions qu'à travers les nouvelles que les Européens pouvaient recevoir via Al Jazeera en anglais, il y aurait pu avoir une mobilisation citoyenne en Europe, mais nous n'avons rien vu de cela. Et cependant, lorsqu'une seule nouvelle filtre par Al Jazeera en arabe, et que gens d'Egypte et du reste du monde arabe en prennent connaissance, ils nous expriment tout de suite leur solidarité.

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