atraco.jpegFace au plan d'austérité drastique concerté entre le gouvernement Espagnol et l'UE, une colère sociale massive en mal d'organisation

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

La scène politique espagnole ne fait plus illusion.

 

Après avoir joué l'opposition de façade aux premières mesures d'austérité du gouvernement socialiste de Zapatero, le parti de droite du Parti populaire (PP) de Rajoy met désormais en œuvre le plan d'austérité le plus dur depuis le début de la crise, et laisse au PSOE le soin de feindre l'opposition parlementaire.

 

Le gouvernement Rajoy évoque des mesures « peu agréables » mais « indispensables », se lamente sur la nécessité d'appliquer les recommandations de l'UE. Le même discours est répercuté au niveau des régions, y compris celles de « gauche », comme en Andalousie et en Asturies.

 

La mise sous tutelle réelle du budget espagnol par l'Union européenne ne peut masquer l'ampleur du consensus entre le PSOE et la droite sur les réformes structurelles, consensus marqué par la continuité des politiques à l'échelle nationale comme régionale.

 

Le dernier plan d'austérité du gouvernement Rajoy prévoit des coupes de 65 milliards d'euros qui toucheront uniquement les travailleurs, tout en épargnant soigneusement les grandes entreprises et les plus riches. Parmi les mesures annoncées :

 

  • Hausse des impôts les plus injustes : avec l'augmentation de la TVA de 18 à 21%, et du tarif réduit de 8 à 10% ;

 

  • Baisse des cotisations sociales, notamment patronales : elle baissera de un point en 2013, un point de plus en 2014, faisant de l'augmentation de la TVA une sorte de « super TVA sociale », répondant à l'objectif de « baisse du coût du travail » porté par le patronat ;

 

  • Baisse indirecte du salaire des fonctionnaires : avec la suppression de la prime de Noël, soit une baisse moyenne de 7% de leur rémunération ;

 

  • Baisse des allocations-chômage : passant de 60 à 50% à partir du sixième mois, sachant qu'officiellement un espagnol sur quatre est sans emploi ;

 

  • Privatisation des entreprises publiques : selon des termes encore mal définis, il s'agit de « réduire la taille des entreprises publiques » et de fermer des « services publics » notamment au niveau local. Le projet d'une privatisation du transport ferroviaire, portuaire et aéroportuaire est déjà avancé, tout comme celui d'une libéralisation supplémentaire du secteur énergétique ;

 

  • Casse de la fonction publique : avec une réduction de 600 millions d'euros du budget des ministères, alors qu'ils ont déjà perdu 20% de leur budget depuis le début de l'année et que les régions – détentrices de compétences fondamentales comme celles ayant trait à l'éducation et à la santé, avaient déjà mis en œuvre des plans d'austérité d'une valeur totale estimée à 49 milliards d'euros ;

 

 

Une colère en mal d'organisation


 

Face à ce plan de coupes sans précédents, la colère est massive. Sous la forme des manifestations monstres, des mobilisations des indignés l'an dernier, elle fut exprimée par millions. Mais sans perspective de rupture donnée par des organisations de classe, elles se sont essoufflées.

 

Depuis le mois de mai, la lutte des mineurs Asturiens donne un nouvel élan à ce mouvement de résistance à la politique du pouvoir et de l'UE.

 

Mouvement de classe, organisé, déterminé, prenant ses distances avec le mouvement spontané des indignés (« Nous ne sommes pas des indignés », slogan repris par les mineurs), il est porteur d'une lutte radicalisée, dans ses méthodes comme dans ses objectifs, non seulement pour sauver les mines mais aussi pour mettre en échec le pouvoir sur le fond de sa politique anti-ouvrière.

 

La marche noire des 200 mineurs des Asturies, de Castille et d'Aragon a été accueillie par près de 500 000 personnes à Madrid, le 11 janvier, au moment même où le gouvernement annonçait ses nouvelles mesures d'austérité.

 

Le 13 et le 16 juillet dernier, ce sont plusieurs milliers de fonctionnaires qui se sont réunis spontanément dans les rues de Madrid pour protester contre les mesures de casse de la fonction publique sous le slogan : « Mains en l'air, ceci est un hold-up ! »

 

Face à une telle pression des bases, un tel potentiel de mobilisation, les deux principaux syndicats espagnols, les CC.OO et l'UGT ont déjà appelé à manifester contre les nouvelles coupes du gouvernement.

 

Une mobilisation qui ne prend toutefois pas pour l'instant la forme d'une grève générale. Elle commence ce 19 juillet par une manifestation dans les rues d'Espagne, reprenant le thème des « mobilisations citoyennes », organisées l'an dernier le samedi ou le dimanche.

 

Ignacio Fernandez Toxo, secrétaire des Commissions ouvrières (CC.OO), le syndicat de classe traditionnel en Espagne, glissant depuis sur des positions de concertation sociale, développe un discours à double tranchant :

 

D'un côté, il dénonce un plan d'austérité qui va « retarder la reprise, approfondir la récession, augmenter le chômage et provoquer un appauvrissement général de la population » ;

 

Mais de l'autre, il ne fait de la grève qu'une triste nécessité : « C'est au gouvernement de se donner les moyens d'éviter une nouvelle grève générale. Si le gouvernement continue sur la voie des coupes, alors la grève sera inévitable. Et je crains que nous allions sur cette voie »

 

Un discours appelant implicitement, derrière une rhétorique plus combative, le gouvernement à ouvrir des négociations sur des réformes à corriger plus qu'à combattre, tout comme les syndicats avaient déjà appelé le gouvernement non pas à retirer mais à amender sa réforme de libéralisation du marché du travail adopté fin 2011.

 

Du côté des partis politiques, guère de surprise à constater l'hypocrisie du PSOE qui, sous le gouvernement Zapatero, a mis en œuvre les trois premiers plans d'austérité, et aujourd'hui vocifère sur les rangs de l'Assemblée contre les coupes de la droite.

 

Un double discours que partage aussi Izquierda Unida (IU), dont le coordinateur général Cayo Lara s'est empressé de dénoncer publiquement des coupes qui vont « alimenter les luttes », mais qui dans le même temps a apporté son soutien à l'entrée d'IU dans les gouvernements régionaux d'Andalousie et des Asturies, porteur de coupes massives dans le nombre comme dans la rémunération des employés des communautés autonomes.

 

Enfermés depuis vingt-cinq ans dans le carcan institutionnel que représente Izquierda Unida (IU), les communistes espagnols peinent à faire jouer au PCE le rôle qu'il devrait jouer dans la période : celui de force motrice des luttes, indiquant une perspective de rupture avec le système capitaliste et l'UE, qu'il ait une façade de « gauche » ou de « droite ».

Retour à l'accueil