panama-huelgaGrève générale au Panama contre la remise en cause des droits syndicaux: appel à la solidarité internationale du syndicat de classe panaméen

 

 

 

 

Panama: Appel à la solidarité et de mise en garde contre des violations des droits de l'Homme



Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Des organisations syndicales et de défense des droits sociaux du peuple panaméen ont lancé un appel urgent de solidarité internationale devant les violations des droits de l'Homme et sociaux que commet le gouvernement d'extrême-droite fascisante dans ce pays voisin du Vénézuela.



A la suite, nous publions dans son intégralité l'appel que lancent les organisations syndicales et sociales du Panama à la solidarité avec ce peuple: « Cette lettre s'adresse: aux Centrales et Fédérations syndicales au niveau international, à l'ONU, OEA, OIT, la Commission Inter-Américaine des Droits de l'Homme (CIDH), aux Églises, au Parlement européen, au Parlement centre-américain, aux organisations écologistes, des droits de l'Homme, aux ambassades au Panama, au SICA, aux organisations-frères, aux camarades de lutte », affirment-ils




Appel à la solidarité internationale et de mise en garde des organismes internationaux de défense des droits de l'Homme




Depuis le premier jour du gouvernement de Ricardo Martinelli, l'exécutif a entamé un processus visant au contrôle absolu des différents organes de l'État et violant les droits de l'Homme, les droits des travailleurs et les garanties fondamentales des citoyens panaméens.



Une des dernières conséquences de ces politiques autoritaires et arbitraires, est la Loi 30 du 16 juin 2010, connue parmi le peuple comme la Loi « Chorizo », « Camarón » (Crevette), « Langouste », « 9 en 1 » ou « Golazo », dans un effort pour qualifier cette aberration juridique qui en seulement trois jours, sans aucun débat ni consultation des citoyens, a été adopté en sessions extraordinaires à l'Assemblée Nationale, alors qu'elle était entourée de forces de police qui la protégeaient de la contestation populaire.



Dans un projet de Loi traitant officiellement de l'aviation commerciale, ont été introduits des amendements à 3 Codes et à 3 lois nationales. Jusqu'à la fin, le gouvernement a cherché à prendre le peuple par surprise en maintenant secret ses véritables desseins qui n'ont été intégrés ni à l'exposition des raisons du projet de loi, ni au discours de présentation réalisé par le Ministre de la Justice, José Raul Mulino, en séance plénière de l'Assemblée des Députés. Ils ont agi comme de véritables escrocs ou comme des malfaiteurs.



Des objections ont été levées contre cette Loi pour violation de prédispositions constitutionnelles, de plusieurs accords internationaux signés par l'Etat, qui ont une valeur constitutionnelle et du règlement même de l'Assemblée des Députés



Parmi les mesures les plus graves que la Loi 30 a imposé, nous pouvons mentionner les suivantes:



Sur le plan du droit du travail: on remet, dans les faits, en cause le droit de grève consacré par la Constitution nationale:



« Article 493. La grève légale produit les effets suivants »:



1 – Suspension du contrat de travail des travailleurs qui soutiennent la grève dans l'établissement ou le secteur d'activité concerné. Une fois la grève commencée, l'inspection ou la Direction régionale/générale du Travail donnera ordre immédiatement aux autorités de Police de garantir et de protéger les personnes et les propriétés.



2 – La suspension des effets des contrats des travailleuses qui la déclarent ou y adhérent.



En outre, on cherche à liquider les organisations syndicales, à empêcher leur financement et à nier les accords signés entre patronat et travailleurs à la table de négociation, ainsi que les conventions collectives:



« Article 12. L'article 373 du Code du Travail se lit ainsi:



Article 373. L'employeur ne sera pas obligé de déduire à leurs travailleurs syndiqués les cotisations syndicales ordinaires et extraordinaires qu'ils fixent ».



« Le travailleur qui désire payer les cotisations syndicales ordinaires et extraordinaires fixées par son syndicat devra les payer de manière volontaire ».



Nous le répétons, de cette façon, on bafoue les accords et conventions collectives conclus entre employeurs et travailleurs.



Il est important de signaler que, de la plus vile des manières, les autorités ont menti au peuple en affirmant que ces mesures sont adoptées pour être en conformité avec les exigences de l'Organisation internationale du travail (OIT)



Sur l'aspect environnemental: On met de côté d'importantes Etudes d'impact environnemental pour les grands ouvrages d'Etat que l'Exécutif considère d'intérêt social. Cela peut aller de l'exploitation minière à ciel ouvert jusqu'à la ré-ouverture du Bouchon de Darien, réserve écologique de l'Humanité où le gouvernement colombien, ainsi que celui colombien, ont montré de l'intérêt dans la construction d'une carrière.



« Article 33. On ajoute l'article 23-A à la Loi 41 de 1998, ainsi;



Article 23–A. Les activités, ouvrages ou projets qui doivent être soumis à un processus d'évaluation d'impact environnemental, pourront se conformer seulement au Guide des bonnes pratiques environnementales (que personne ne connaît) qui s'appliquent à leur cas, à condition qu'ils aient été approuvés par l'exécutif. »



En matière de violation des Droits de l'Homme: On alimente l'impunité et on donne un permis de tuer aux membres de la Police nationale. Avec cette Loi, les policiers accusés d'avoir assassiné les ouvriers du SUNTRACS (Syndicat unique national des travailleurs de l'industrie et du bâtiment), Luiyi Argüelles et Al Iromi Smith ainsi que d'autres citoyens victimes de violences policières, seront tout de suite laissés en liberté, puisque dans des cas comme ceux-ci, le bénéfice du doute va à l'accusé.



« Article 27. L'article 127 de la Loi 18 de 1997 se lit ainsi:



Article 127: Quand un membre des Forces de police est dénoncé, objet d'une plainte, accusé ou poursuivi pour avoir potentiellement commis un délit réalisé en service et dans l'exercice de ses fonctions, pour usage excessif et injustifié de la force, on n'ordonnera ni décrétera la détention préventive et on ne décrétera pas non plus la suspension provisoire de son insigne, jusqu'à la fin du processus judiciaire et que la sentence soit communiquée à l'autorité supérieure par le tribunal »




On cherche à imposer un Régime d'esclavage au XXIème siècle




Dans le cadre du XXXVème sommet des Présidents du Système d'Intégration Centre-Américain (SICA) et des visites de Silvio Berlusconi, premier ministre Italien, et du président de la Corée du Sud, Lee Myung-bak (interessé par l'exploitation minière de Cerro Colorado à laquelle s'opposent les peuples autochtones, les paysans et les écologistes), le président Ricardo Martinelli a révélé le véritable dessein derrière l'adoption de cette Loi 30:



« Elle permettra aux multi-nationales de s'installer dans le pays et de se sentir comme si ils étaient chez eux. Avec les facilités de Puerto Armuelles, de la Zone libre et de toutes les Zones franches que nous avons dans le pays, les entrepreneurs du monde entier pourront venir ici et trouver les conditions de stabilité sociale et économique qu'ils recherchent pour leurs affaires ».



« Les lois qui ont été adoptées vont avoir un impact et auront de grandes répercussions sur la vie nationale », a-t-il ajouté. Ces lois « qui, je le reconnais, n'ont pas eu le débat qu'elles auraient mérité d'avoir, mais si cela avait été le cas, le plus probable c'est que la plupart des articles de la Loi 30 n'auraient pas été adoptés ».



« Le pays est prêt pour accueillir les investissements étrangers », a assuré Martinelli.



En d'autres termes, pour Martinelli, dans son effort pour promouvoir les affaires et pour en bénéficier directement, ce pays est « prêt pour accuellir des investissements étrangers » parce qu'il n'existe pas de droit de grève pour les travailleurs, parce qu'on développe un processus d'extinction des syndicats, on impose des conditions d'esclavage au monde du travail; il ne faut pas réaliser de « lourdes » études d'impact environnemental et il existe une police prête à noyer dans le feu et le sang les manifestations en toute impunité et avec un permis de tuer que lui accorde la Loi 30, à quoi s'ajoute la Loi « Carcelazo » qui condamne à des peines allant de 6 mois à 2 ans de prison quiconque qui ose manifester dans la rue.




Grèves contre la Loi 30




huelga-panama2Les travailleurs ont déjà averti que la Loi 30 ouvrirait la voie à un scénario de conflit permanent.



Depuis le vendredi 2 juillet, après les grandes manifestations et actions de protestation dans tout le pays, plus de 5 000 travailleurs de la Bocas Fruit Company, qu'ont rejoint les travailleurs des bananeraies indépendantes et d'autres organisations syndicales, ont développé une grève pour l'abrogation de la Loi 30 et contre le refus de l'entreprise de déduire les cotisations syndicales.



La grève convoquée initialement pour 48 heures est aujourd'hui illimitée et compte sur un large soutien du peuple de Bocas del Toro. Les activités économiques sont paralysées dans cette province. Toutes les routes sont bloquées. Les pères ont décidé de ne pas envoyer leurs enfants à l'école.



D'autre part, dans le cadre du projet d'Elargissement du Canal que construit le consortium « Unis pour le Canal », composé de l'entreprise espagnole Sacyr Vallehermoso, de l'italienne Impregilo, de la belge Jan de Nul et de la panaméenne Constructora Urbana (CUSA), plus de mille cinq-cents (1 500) travailleurs ont décrété une grève illimitée.



Dans ce projet, le plus coûteux jamais réalisé dans notre pays, on cherche à payer des salaires inférieurs aux standards fixés dans le Canal inter-océanique, les travailleurs revendiquent des conditions de travail dignes avec des vestiaires, des cantines, des équipements, de l'eau potable; ils exigent le respect des accords en matière de cotisation syndicale consacrés par la Convention collective et réclament l'abrogation de la Loi 30.



La lutte des travailleurs et du peuple en général vise aussi la récente adoption d'une augmentation de l'impôt de transferts des biens mobiliers et d'échange de services (ITBMS) à 7% et le coût élevé de la vie qui touche les ménages les plus humbles du pays.



Les autorités, sur le ton du mépris envers les travailleurs et des insultes qu'elles ont porté publiquement aux travailleurs (« Vauriens de merde »), elles les menacent de la répression et la persécution.



Aujourd'hui, les dirigeants du SUNTRACS des deux côtés du projet d'élargissement du Canal (Atlantique et Pacifique) ont été arrêtés alors qu'ils tentaient de se rencontrer pour dialoguer avec les travailleurs dans le cadre de leurs fonctions syndicales. Près de 40 ouvriers de Colón ont été arrêtés après avoir exprimé leur solidarité avec leurs camarades de lutte.



Le gouvernement tente d'en finir par la force avec les luttes sociales et ouvrières du peuple panaméen.



Les menaces, les arrestations et la persécution s'intensifient, contre les animateurs des luttes, les représentants de groupes de la société civile, les journalistes, les militants des droits de l'Homme et écologistes.



Nous, organisations populaires, résisterons à ces mesures détestables que l'on nous impose et avons entamé une grande phase de lutte jusqu'à l'abrogation des lois contraires aux intérêts du peuple.



Le gouvernement de Martinelli a été durement remis en cause par son autoritarisme, son incompétence à la tête du Gouvernement et les scandales dans lesquels il a été impliqué, y compris les liens de certains de ses fonctionnaires avec la mafia internationale et de graves cas de corruption.



La seule manière d'imposer ses projets indécents reste la force et la terreur, avec son bilan habituel de morts, de blessés et de prisonniers que cela représente.



Nous, organisations populaires, avons réaffirmé notre ferme détermination à poursuivre la lutte, en dépit des risques et des sacrifices que cela représente. Nous ne céderons pas!



A nos amis fraternels et camarades de luttes, leur solidarité avec le peuple panaméen est essentielle dans ce moment historique.



Aux organismes internationaux, nous les avertissons de ces dangereuses violations des droits humains, environnementaux, syndicaux les plus fondamentaux ainsi que les garanties fondamentales du peuple panaméen, de la part du gouvernement autoritaire de Ricardo Martinelli.



Résister, c'est Vaincre!



Sans Lutte, il n'y a pas de victoire!



Seul celui qui se bat a une chance de gagner!



A Panama, 5 juillet 2010



SUNTRACS (Syndicat unique national des travailleurs de l'industrie et du bâtiment)



membre de la CONUSI, (Confédération nationale d'unité syndicale indépendante)



FRENADESO (Front National pour la Défense des droits économiques et sociaux)

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