liban82.jpgIl y a 30 ans, la première guerre du Liban

 

Les communistes israéliens rappellent pourquoi et comment ils ont été les seuls à condamner cette sale guerre coloniale



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/





Le 6 juin marque le 30ème anniversaire de l'opération « Paix pour la Galilée », soit de la Première guerre libanaise. Selon l'historien respecté Avi Shlaim, le véritable penseur de l'invasion Israélienne au Liban était le ministre de la Défense Ariel Sharon. Un de ses objectifs était la destruction de l'infrastructure militaire de l'OLP au Liban et de la briser en tant qu'organisation politique, afin de faciliter l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza par Israël. Le second objectif était l'installation d'un gouvernement de droite au Liban en harmonie avec les intérêts de l'impérialisme américain au Moyen-Orient, le troisième était l'expulsion de l'armée Syrienne du Liban. Toujours selon Shlaim, avec la réalisation du retrait Israélien du Sinai occupé en mars 1982, selon les conditions du traité de paix Israélo-Egyptien, le gouvernement israélien dirigé par Likud a durci son attitude vis-à-vis du monde Arabe et est devenu plus agressif.



Lors du vote à la Knesset, seul le Hadash (Front démocratique pour la paix et l'égalité/Parti communiste d’Israël) s'est opposé à la guerre et a même émis une motion de défiance contre le gouvernement israélien. Le député du Hadash et secrétaire général du Parti communiste d'Israel, Meir Vilner, a déclaré lors de la session parlementaire : « Le gouvernement est en train de plonger le pays dans l'abîme. Ses décisions vont, au fil du temps, conduire à des larmes pour des générations. » En réactions, on a été dénoncé, et des appels ont été lancés, entre autres par le rédacteur du quotidien Yediot Aharonoth, à poursuivre les communistes pour « trahison ». Des députés sionistes de gauche, dont Shulamit Aloni et Yossi Sarid, étaient absents de la session du vote. Même le groupe travailliste a voté pour le soutien à cette guerre coloniale.



Les lourdes pertes israéliennes, la désinformation dont furent victimes les membres du gouvernement et le peuple israéliens de la part de l'état-major de l'armée Israélienne, les motivations politiques de la campagne ainsi que l'absence d'objectifs clairs ont conduit à une inquiétude croissante parmi la population israélienne. Cela a culminé sur une grande manifestation à Tel-Aviv, avec à sa tête le mouvement « Peace Now », à la suite des massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Shatila, en 1982. Les organisateurs ont annoncé 400 000 participants à cette manifestation, à tel point qu'elle est restée dans l'histoire comme la « manifestation des 400 000 », avec parmi eux des milliers de réservistes de retour du Liban.



Voici le récit de l'écrivain Itzhak Laor (dans « Haaretz » du 5 juin 2012) et militant anti-guerre, révélant l'impact direct et diffus de notre action :



« Beyrouth a été réduite en cendres, et il n'y avait pas encore d'opposition en Israël à la guerre, excepté au sein de la gauche radicale, qui comprenait dès le départ, sous la protection du Hadash, Campus, un groupe étudiant de gauche Juif-Arabe, et le Comité de solidarité avec l'Université Bir Zeit. Au troisième jour de la guerre, ces groupes se sont fondus dans le 'Comité contre la guerre au Liban', qui a mené la lutte, tout d'abord avec des pétitions signés par plusieurs centaines de personnes, et une série de manifestations, avec certaines personnes blessées et arrêtés. La revendication, c'était 'le retrait, maintenant', car il était important de présenter la guerre comme étant illégitime dès le départ. En regardant en arrière, c'était l'événement le plus important dans l'histoire de ces politiques de protestation en Israël.



La guerre, ces centaines de militants le comprenaient, visait à détruire l'OLP et empêcher l'instauration d'un État palestinien, et donc il fallait s'y opposer. Et cela a marché. 'Peace Now' n'aurait sans doute pas commencé ses manifestations si il n'avait pas été préoccupé par l'idée qu'il pourrait 'perdre la rue'. Le journal sioniste de gauche Al Hamishmar l'affirmait précisément : Ne laissez pas 'Rakach et Matti Peled' - une référence pour la première au Parti communiste d'Israel, pour le second à cet ancien général et militant pacifiste radical, ne les laissez pas faire main basse sur le camp de la paix. Mais les 150 membres du groupe pacifiste Israélien Yesh Gvul qui ont refusé le service militaire et sont allés en prison, le refus de servir dans la réserve, les affiches, les graffiti et les manifestations ont joué un rôle fondamental dans l'opposition à cette guerre.



Jusqu'en 1985, ce mouvement important, sans lequel le mouvement anti-guerre ne pouvait se concevoir, n'a pas osé remettre en cause la légitimité de la guerre ou demander le 'retrait maintenant', une question qui commençait à travailler l'opinion publique. Ce n'étaient plus seulement une poignée de communistes dans les rues chantant, 'Nous ne tuerons personne ni ne serons tués pour servir les Etats-unis' ; la transformation par Yesh Gvul des vers d'une fameuse chanson enfantine en une version mentionnant la mort de soldats Israéliens a été repris en masse par tous les soldats. Pour la première fois dans l'histoire Israélienne, l'armée a compris qu'elle n'avait pas un chèque en blanc pour faire la guerre. »

 

Légende de la photo: manifestation israélienne contre la guerre du Liban, en juin 1982

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