« Face à l'attaquKSCM.jpge contre le KSCM, nous devons renforcer le parti et réaffirmer notre identité communiste! »



Interview de Hassan Charfo, responsable du département international du KSCM réalisée par Massimo Recchioni, pour www.aurorainrete.org et le numéro d'Aurora de février 2010


 

Traduit par AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over -blog.net/


 

charfo(4)Hassan Charfo me reçoit dans son modeste bureau, une pièce au quatrième étage du siège du Parti Communiste, au 9 Politickych veznu, au centre de Prague, à guère plus de 100 mètres de la Place Wenceslas. Il m'accueille avec une grande chaleur et une grande hospitalité – ce qui n'est pas toujours courant dans cette région – ce que j'attribue, moi qui suis ici depuis tant d'années, à ses origines arabes, dont Hassan est justement fier, bien que ce pays l'ait accueilli depuis bientôt 45 ans. Il est au Parti Communiste depuis toujours, il y a vécu donc les 25 années avant la chute du Mur et les 20 années après, et il montre qu'il a les idées très claires sur la première comme sur la seconde période.

 

Depuis son modeste bureau, Charfo tisse des liens avec l'ensemble du monde communiste, il ouvre un dossier sur son ordinateur où se trouvent les adresses personnelles de tous les secrétaires et représentants des départements internationaux de nos partis communistes jusqu'aux partis communistes cubains, vietnamiens, chypriotes, en passant par les plus petits partis. Tous les partis. vraiment. Et tous ces contacts ont été utilisés, récemment, pour déclencher une campagne préventive de défense des libertés d'association politique que la législation tchèque est censée garantir.


 

Massimo Recchioni: Qu'est-ce qui se trame en République Tchèque actuellement contre le KSCM?


 

Hassan Charfo: Actuellement, il existe une tentative – probablement tout aussi vaine que ridicule – de mettre le Parti Communiste de Bohême-Moravie hors-la-loi. Et en appuyant ces attaques sur divers prétextes, certains d'entre eux particulièrement risibles. Par exemple, le KSCM s'était tout de suite rangé aux côtés de la Russie quand celle-ci a défendu les minorités d'Ossétie du sud qui demandaient leur séparation de Tbilissi.

 

Certains sénateurs ont identifié dans cette position – comme parfois même ils l'identifient dans l'analyse marxiste de la société capitaliste – une forme d' « incitation à la violence », condamnée par la Constitution et cause suffisante pour demander l'ouverture d'une procédure d'interdiction. Une procédure complexe, toutefois. Une session sénatoriale exceptionnelle (dans ce cas, elle a voté avec la présence de moins de la moitié de ses membres) doit donner un mandat au Gouvernement pour qu'il fasse une demande explicite à la Haute Cour, l'équivalent de notre Cour Constitutionnelle, laquelle doit finalement s'exprimer sur le sujet. Dans les faits, donc, seul le premier, le plus simple, des trois pas nécessaires a été réalisé. Il faut rappeler qu'il n'y a pas si longtemps le Sénat avait formulé une demande analogue, pour diverses raisons, au gouvernement alors en exercice, celui de droite présidé par Topolanek. Et bien, ce gouvernement de droite a jugé que les arguments du Sénat étaient trop faibles et a décidé de ne pas donner suite à l'affaire, ne formulant aucune demande à la Haute Cour. Imaginons alors ce que pourrait faire – au moins sur le papier – le gouvernement actuel, qui est un gouvernement provisoire et qui ne vit également que grâce au soutien des diverses forces de droite. Et, en fait, jusqu'à aujourd'hui, plus d'un mois après le vote en session extraordinaire, il n'existe aucune prise de position officielle ni du gouvernement ni d'aucun de ses représentants. Probablement que tout cela finira une nouvelle fois en eau de boudin.


 

MR: Pourquoi alors tant de bruit autour de cette affaire en Europe et ailleurs?


 

HC: Parce que, malgré la faible probabilité que la demande arrive jusqu'à la Cour, nous avons décidé justement de lancer, et de demander aux partis frères de faire de même, une campagne de masse de solidarité préventive. En effet, il est logique de penser que, si un gouvernement ne s'est encore exprimé sur ce type de demande avant la campagne de solidarité internationale, il le fera encore plus difficilement après que les forces communistes et socialistes que nous avons sollicité ont exprimé leur mise en garde. En Europe, il ne faut pas l'oublier, il y a même un Président de la République, le chypriote Christofias, membre du Parti Communiste AKEL. Donc, c'est certainement une voix incontournable, qui fait autorité, dans le cadre d'une campagne de ce type. Nous nous sommes tournés vers tous les partis, à partir du Parti de la Gauche Européenne (PGE), mais nous ne nous arrêtons pas à cette structure. Je rappelle, à ce propos, ce qui nous séparait de celui qui en était le secrétaire, Bertinotti, et qui identifiait la participation au PGE avec la satisfaction de critères de représentativité dans des institutions comme le Parlement Européen ou comme les parlements nationaux. Nous avons toujours cru, au contraire, que la logique d'élargissement de notre organisation devait aller dans une autre direction, une logique qui se base plus sur l'internationalisme de classe que sur la présence dans les salons autorisés.

 

Par rapport à la tentative visant à « nous éliminer », il y a d'ailleurs une autre raison. Nous nous approchons des élections législatives anticipées, qui se dérouleront en mai. Nous ne devons exclure de coups de tête – ou de queue – de la part de quiconque. Je ne pourrais pas exclure cette éventualité même de la part d'un Parti qui théoriquement est le plus proche du nôtre, le Parti social-démocrate, mais qui justement pour ces mêmes raisons pourrait tirer de notre éventuelle interdiction, de plus grands bénéfices électoraux que tous les autres partis. De ce point de vue, en Italie, vous devriez connaître cela, il semble qu'aussi chez vous le vote communiste s'est déporté, sous des formes différentes, vers d'autres rivages. En ce qui nous concerne, en somme, nous devons maintenir un haut niveau de vigilance et chercher à mettre le Parti en complète sécurité.


 

MR: Est-ce que tout cela a un lien avec la crise économique dans laquelle est plongé dans le monde occidental?


 

HC: Sans aucun doute. Tu vois, malheureusement dans les moments de crise le risque que l'on sorte de la crise dans un sens réactionnaire est toujours élevé. Interdire le Parti Communiste faciliterait évidemment une telle sortie de crise. Mais, ils veulent nous faire croire que cette crise est due à des raisons contingentes, à la bourse, à la défaillance de quelques banques. Cela n'est pas vrai. Le capitalisme ne pourrait pas échapper aux crises. Comment ferait-il pour y échapper? Le capitalisme a une contradiction inhérente, malsaine, qui est qu'il ne peut vivre qu'en vendant tout ce qu'il produit, même l'inutile. Et donc il a besoin qu'il y ait de l'argent pour que cette spirale se perpétue. Mais dans le même temps, il s'appuie sur la compression des salaires sous l'emprise de la logique de concurrence et de compétitivité. Donc, le capitalisme doit produire avec des coûts les plus bas possibles, en faisant pression sur les salaires des travailleurs. Et en les privant donc de pouvoir d'achat et de la possibilité qui en découle d'être pleinement intégrés au système dont ils font partie. La spirale, évidemment, se brise. Comment fait, en somme, un travailleur pour être dans le même temps exploité et le moteur du système qui l'exploite. Autre réflexion. Depuis l'année tragique 1989, le peuple tchèque a été littéralement dépossédé de la propriété, et donc du contrôle, de ses processus de production, avec tout ce qu'une situation du genre comprend. Aujourd'hui, de fait, l'ensemble du secteur bancaire et assurantiel est détenu par les banques, comme les deux-tiers de l'industrie, et plus de la moitié des autres secteurs productifs. Comme les ¾ des exportations et 90% des importants échappent à notre contrôle et à notre pouvoir décisionnel. C'est le résultat de la « mondialisation », ce sont donc les multi-nationales étrangères, ici comme ailleurs, qui décident surtout du sort des travailleurs de chaque Pays. Et évidemment pour ces grands groupes économiques, leurs affaires sont bien plus importantes que le sort de millions de travailleurs et de travailleurs. Tout a vraiment changé, entre 1989 et aujourd'hui.


 

MR: Le velours de la révolution de 1989 ne s'est-il pas révélé être une étoffe plus dure que ce que certains croyaient?


 

HC: Si le chômage, la criminalité, l'insécurité sociale, l'impossibilité de s'organiser en syndicat sur le lieu de travail, là où on n'en est pas encore aux licenciements sur-le-champ, sans préavis, aux plan sociaux massifs, les CDD, l'assurance maladie privée, la libéralisation du marché de l'immobilier qui pousse en fait les plus pauvres à la rue; en fait que l'on me dise que cela, c'est du velours, dans un pays qui n'avait même pas le mot « chômage » dans son vocabulaire. Nous avons fait certainement beaucoup d'erreurs, que nous ne referons plus. Mais c'est seulement en renforçant notre identité de classe que le Parti en sortira renforcé. Les gens encore aujourd'hui, nous perçoivent comme les défenseurs de ceux qui sont laissés sans défense. On n'expliquerait pas autrement le fait qu'un parti comme le nôtre puisse bénéficier de 15% des voix. Et ce ne sont pas les voix des nostalgiques, mais celles des plus faibles. Les « nostalgiques » étaient ceux qui se la coulaient douce et, crois-moi, ils sont tous passés à d'autres partis, où ils continuent à avoir le vent en poupe.


 

MR: En Europe, existe-t-il un danger réactionnaire?


 

HC: Et bien sûr qu'il existe. Comme je le disais auparavant, il est facile de sortir par la droite des périodes de crise. Il suffit d'exploiter les plus bas instincts des personnes, la xénophobie, l'homophobie, la peur, des sentiments divers mais tous à connotation raciste. Les mots d'ordre sur lesquels s'appuient les mouvements néo-nazis sont toujours vulgaires et avec un arrière-fond culturel inexistant ou honteux. Tous ces pseudo-mouvements ont un dénominateur commun, l'anti-communisme. Et la réception est positive, selon les circonstances, si on chante aux gens les chansons qu'ils veulent bien entendre et, donc, si on sait aussi prendre le train en marche.

 

Et tout cela est facilité, dans les dernières années, par l'absurde équivalence établie entre communisme et nazisme/fascisme, des maux et des dangers placés à équidistance. C'est une comparaison que nous, comme tous les communistes du monde entier, ne pouvons que rejeter, indignés. La généralisation d'épisodes de notre passé ne peut un tant soit peu se rapporter à ceux qui font de l'inégalité sociale, de la discrimination, du racisme, de l'élimination physique les fondements de leur idéologie.

 

Nous, je le répète, tout en évaluant de manière très critique les erreurs commises dans notre passé, conserverons notre Histoire et notre identité. Pour mieux nous défendre de tout cela et des autres attaques à venir. Je pense pouvoir dire que notre parti peut être comparé à une plante. Plus nous la maintiendrons en bonne santé et la ferons croître – et je fais référence à l'organisation du parti et à la transparence et à la moralité de sa vie interne – plus les intempéries se révéleront insuffisantes pour la détruire.

 

Site de Resistenze: http://www.resistenze.org/



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