indiaus-nuclear-dealL'Inde toujours plus alignée sur les Etats-Unis

 

Article du numéro du 6 décembre de People's Democracy, hebdomadaire du PC d'Inde (Marxiste)


 

par Prakash Karat, secrétaire-général du Parti Communiste d'Inde (Marxiste)


 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le Premier Ministre, Manmohan Singh, vient juste d'achever sa deuxième visite d'Etat à Washington. Il y a cinq ans, en juillet 2005, le premier ministre a réalisé sa première visite sous la présidence Bush. Cette visite avait débouché sur une déclaration commune qui a défini le cadre d'une alliance stratégique avec les Etats-Unis. C'était cette visite qui a marqué le début d'une collaboration étroite dans le domaine de la défense, de concessions plus importantes au capital Américain ainsi que la signature de l'accord sur le nucléaire civil.



La visite dont nous parlons a eu lieu sous l'administration Obama. Elle s'est déroulée alors que des rumeurs laissent entendre que, contrairement à la période de la présidence Bush, l'administration Obama n'accorderait pas de statut spécial à l'Inde. Après s'être aligné derrière le régime agressif de Bush qui a agi sous le signe de l'unilatéralisme et de l'agression militaire, la classe dirigeante indienne a manifesté quelques appréhensions vis-à-vis de l'approche préconisée par la présidence Obama. Le fait que cette visite ait lieu à la suite de la visite du président Obama en Chine, a favorisé l'expression publique de ces sentiments. Un exemple typique en est la déclaration de l'ancien Ministre des Affaires Etrangères et ambassadeur indien aux Etats-Unis, Lalit Man Singh qui a été publiée par le New York Times: « Il y a la suspicion qui est en train de monter selon laquelle Obama n'est pas aussi satisfait du partenariat stratégique avec l'Inde que ne l'était George W.Bush. Il y a derrière la suspicion que les Américains ont peur ou sont très dépendants des Chinois. »

 

Les contours d'une alliance de subordination

 

indo-us-nuclear-deal3Une telle vision révèle l'état d'esprit vicié d'une bonne partie de l'establishment Indien. Ils sont inconscients du fait qu'ils ont essayé de faire de l'Inde un allié subordonné des Etats-Unis sous l'administration Bush. Ayant nourri l'illusion que l'Inde pourrait occuper une place de rang à la table des grandes puissances avec l'aide des Etats-Unis, ils sont incapables de voir les buts et les desseins réels qui se cachent derrière les efforts des Etats-Unis pour faire de l'Inde son allié stratégique.



Ce qui est oublié, ce sont les intérêts stratégiques de l'impérialisme Américain en Asie, une politique qui n'est pas déterminée par un seul dirigeant Américain. Le partenariat stratégique que les Etats-Unis ont consolidé avec l'Inde et qui a été tant recherché par les classes dirigeantes Indiennes était dictée par la stratégie mondiale des Etats-Unis. Ils voulaient se lier à l'Inde, une puissance régionale majeure, tout en gardant leur stratégie Asiatiaque en tête et le fait qu'ils voient la Chine comme son rival à long terme. Il était impératif pour les Etats-Unis d'être bien placé pour investir et tirer profit de l'immense marché Indien. Plus immédiatement, l'objectif central des Etats-Unis reste la guerre en Afghanistan qu'elle mène depuis huit ans. L'Inde a nécessairement une place centrale dans la stratégie « Af-Pak » d'Obama.

 

La visite de quatre jours du premier ministre à Washington et les discussions qui se sont déroulés là-bas ainsi que les discours prononcés par le premier ministre nous fournissent de sérieuses indications sur le fait que le gouvernement dirigé par le Parti du Congrès continuera sur la voie de l'approfondissement des liens stratégiques qui unissent l'Inde aux Etats-Unis. Un des aspects fondamentaux de cette alliance est la défense. La déclaration commune publiée par le président Américain et le premier ministre Indien réitère l'engagement des deux dirigeants « à continuer leur coopération mutuellement avantageuse dans le domaine de la défense par le biais du dialogue en cours sur la sécurité, des échanges entre services des deux pays, d'exercices de défense communs, d'échanges commerciaux dans le domaine de la défense, et de collaboration technologique, incluant des transferts de technologie ». Les Etats-Unis veulent devenir un important vendeur d'armes à l'Inde. Le premier ministre a répondu à cette priorité Américaine dans son allocution à la Chambre de Commerce Américaine: « Notre collaboration dans le domaine de la défense est en pleine expansion, elle inclut potentiellement l'achat de matériel de défense aux Etats-Unis. Les fournisseurs d'armes nationaux privés sont maintenant autorisés à recevoir jusqu'à 26% d'investissement étranger, ce qui ouvre de nouvelles perspectives à la collaboration Indo-Américaine ».

 

Des liens militaires de plus en plus étroits



La signature de l'Accord sur le contrôle de l'utilisation finale des équipements (End use monitoring agreements) durant la visite d'Hilary Clinton en Juillet 2009 tout comme la signature auparavant de l'Accord de sécurité générale pour l'échange d'informations militaires (GSOMIA – Global security of military information agreement) par le gouvernement Vajpayee en 2002 a ouvert la voie à l'achat à grande échelle d'armements et de matériel d'équipement Américains. Cela ne signifie pas toutefois que les Etats-Unis ont levé les restrictions sur le transfert de technologies à double usage. Les espoirs que l'acquisition en masse de matériel Américain mènera à un relâchement de ces contrôles restent encore à se matérialiser. Les Etats-Unis ont poursuivi une politique résolue de collaboration dans le domaine de la défense qui vise à assurer « l'interopérabilité » entre les deux forces armées. Cela est assuré par les exercices communs fréquents organisés entre les deux forces armés, et en mettant en place un régime qui lui garantira que l'Inde achètera des armes et du matériel militaire qui sera sous le contrôle strict du Pentagone.



L' AFPAK et l'Inde



Sur l'Afghanistan, le premier ministre a été catégorique en soutenant l'occupation des forces américaines et de l'OTAN. Il a indirectement mis en garde le Président Obama contre tout projet prématuré prévoyant une stratégie de sortie (exit strategy). Sur le Pakistan, bien que le premier ministre ait exhorté les Etats-Unis à intervenir et à veiller à ce que le gouvernement Pakistanais prenne des mesures fermes contre les extrémistes et les organisations terroristes, la stratégie de « l'Afpak », qu'Obama a précisé, accorde au Pakistan un rôle central dans les projets Américains pour l'Afghanistan. Juste avant la visite de Manmohan Singh, le Président Obama a envoyé une lettre au président Zardari en offrant au Pakistan un partenariat stratégique incluant une coopération militaire et économique plus approfondie. Dans la lettre, il demandait aussi que le gouvernement Pakistanais prenne des mesures fermes contre les organisations pro-talibanes et Al Qaeda, y compris Lashkar-e-Taiba. Cependant, les Etats-Unis ne feront rien pour s'attaquer à l'Armée pakistanaise, dont une partie des forces et des services de renseignements aide et protège ces groupes qui sont actifs dans le Cachemire et en Inde.



Bien que le premier ministre ait pris bien soin d'affirmer que le monde avait à se préparer à l'émergence pacifique de la Chine et que l'Inde s'engagerait au développement avec la Chine d'une relation multi-dimensionnelle et à la résolution des questions en suspens, dans les discussions avec les dirigeants Américains, il y avait cette idée sous-jacente de « l'affirmation de la puissance » Chinoise. La tendance à faire jouer à l'Inde le rôle de contre-poids à la Chine ne fait que continuer.



Satisfaire les grands groupes américains



Manmohan NSGLes annonces du premier ministre concernant sa politique économique et son attitude vis-à-vis des investissements étrangers étaient destinés à satisfaire les grands groupes Américains. Le premier ministre a tenu à leur garantir qu'il persévérerait sur la voie des réformes économiques. Il a déclaré: « Vous ne devriez avoir aucun doute sur ce point ». Il a annoncé que le gouvernement avait lancé « un programme pour lever des fonds en vendant des parts que avons dans les entreprises publiques ». Il a promis des réformes du secteur financier. Pour ce qui est des investissements des entreprises Américains, il a voulu leur ouvrir l'accès à l'agro-alimentaire, au commerce des produits agricoles et, entre autres, dans les mines et dans le commerce de détail. Dans le cas des mines, nous voyons ses effets désastreux dans les régions tribales et dans la manière dont les ressources minérales sont exploitées et exportées. Sur le commerce de détail, le premier ministre a fait remarquer que le gouvernement abandonnerait les restrictions sur les IDE dans le domaine.



Le côté Indien a travaillé dur pour finaliser l'accord sur le retraitement [des combustibles nucléaires usagés] qu'ils espéraient pouvoir signer durant la visite. Mais cela n'a pas été le cas. Le droit au retraitement des combustibles usagés importés des Etats-Unis nécessite un autre accord ultérieur à l'accord 123 [accord signé en 2005 entre l'Inde et les Etats-Unis qui permet à ces derniers de vendre à l'Inde des réacteurs nucléaires ou du combustible nucléaire] qui vient d'être signé. Il a été confirmé que les Etats-Unis veulent en échange avoir le droit de réaliser des inspections intrusives des installations de retraitement que l'Inde va mettre en place. Ici encore, les Etats-Unis veulent faire payer le prix fort à l'Inde, qui ne peut que céder ayant déjà accepté des termes inégaux pour l'accord sur le nucléaire.



Des gains inégaux



Tout compte fait, la visite de Manmohan Singh a mis en évidence la nature de l'alliance stratégique Indo-Américaine. Les Etats-Unis ont fait de l'Inde leur allié militaire et est sur le point de devenir son plus important fournisseur d'armes, ce qui permettra à ses entreprises d'armement de dégager des profits formidables; les Etats-Unis ont été capables de forcer l'Inde à ouvrir plusieurs secteurs de son économie au capital Américain et s'apprête maintenant à investir dans l'éducation supérieure, le commerce de détail et dans d'autres secteurs des services. L'accord nucléaire Indo-Américain a contraint l'Inde à adopter des positions contraires à ce que serait une politique étrangère indépendante.



Les Etats-Unis, contrairement à ce que veulent les acolytes pro-Américains au sein de l'establishment indien, continueront à accorder une importance au Pakistan qui n'est pas seulement celle d'un allié majeur, non-membre de l'OTAN, mais aussi celle d'un partenaire douteux dans la « guerre contre la Terreur ». En ce qui concerne la Chine, les Etats-Unis ont reconnu que compte tenu de l'affaiblissement de sa puissance économique et de la crise économique mondiale, la Chine jouera inévitablement un rôle important dans l'économie mondiale et dans les affaires mondiales



Iran: Une nouvelle trahison



C'est véritablement triste que nous ayons un gouvernement Indien qui se gargarise de jouer un rôle secondaire et qui se révèle aux yeux de tous comme un allié subalterne.



Cet événement a eu lieu quelques jours après la visite de Manmohan Singh à Washington. L'Inde a voté pour la résolution condamnant l'Iran à l'AIEA. Le groupe des pays non-alignés a décidé de soutenir l'Iran. C'est pourquoi des pays comme l'Egypte (le président actuel), Cuba, l'Afrique du Sud, le Brésil et la Malaisie ont voté contre la résolution ou se sont abstenus. Même le Pakistan et l'Afghanistan se sont abstenus. L'accord sur le retraitement nucléaire avec les Etats-Unis reste toujours à finaliser. L'Inde ne peut pas se permettre de se mettre à dos son allié principal.



Le premier ministre a affirmé à Washington que l'Iran ne devrait pas acquérir des armes nucléaires. Comme d'habitude, il a gardé le silence sur l'arsenal nucléaire Israélien et la nécessité de lutter pour un Proche-Orient sans armes nucléaires.

 

En 2005 également, après la première visite de Manmohan Singh à Washington, quelques semaines après, l'Inde avait voté contre l'Iran, pour la première fois. Rien n'a changé depuis excepté le fait que l'Inde est désormais toujours plus aligné derrière les Etats-Unis.



Site de People's Democracy: http://pd.cpim.org/

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