Le 11 février 1957, à la prison de Barberousse à Alger, Fernand Iveton militant du Parti Communiste Algérien marche courageusement au supplice.


 

Série d'articles publiés par Alger Républicain. Repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


 

Nous recommandons chaudement par ailleurs la consultation du site d'Alger Républicain (http://www.alger-republicain.com/) où un dossier plus complet sur Fernand Iveton est disponible.


 

« La tan’saou Al-Chouhada », n’oubliez pas les martyrs de la guerre de libération nationale, ce mot d’ordre est chaque année respecté depuis quelques années, lorsqu’il s’agit de commémorer le sacrifice de patriotes Algériens d’origine européenne tels que Henri Maillot et Fernand Iveton.


 

fernand ivetonFernand Iveton par Mustapha Boutadjine,



Ces commémorations sont organisées par une association Maillot-Iveton dont les membres fondateurs habitent le quartier de Madania (ex Clos Salembier) où résidaient les deux martyrs. Les membres fondateurs de cette association méritent nos encouragements à poursuivre leur action sachant qu’elle concourt au rassemblement de tous ceux qui demeurent de nos jours toujours fidèles aux idéaux des martyrs de la guerre de libération nationale, idéaux remis en cause depuis plus de 30 années par une politique au service d’intérêts étroits ayant favorisé l’enrichissement fabuleux et éhonté d’une minorité d’Algériens au détriment de l’immense majorité.



L’exemple que nous donne l’association Maillot-Iveton du quartier d’Al Madania mérite d’être suivi dans tous les quartiers de nos villes et villages pour commémorer le sacrifice de tous les martyrs de la révolution afin de rappeler le parcours politique de chacun d’eux, sans jeter l’exclusive sur leur parti politique d’origine comme cela se produit encore très souvent de nos jours quand il s’agit du Parti communiste Algérien. Maillot, tout comme Iveton, Maurice Laban, Raymonde Peschard, Rebah Nourredine, Abdelkader Choukal, Maurice Audin, Mohamed Guerrouf et de nombreux camarades martyrs étaient membres du Parti communiste Algérien. Leur engagement dans la guerre de libération aux côtés des autres patriotes issus des anciens partis nationalistes qui ont rejoint l’ALN ou le FLN, n’est pas une décision individuelle. Elle fait suite à une décision prise par le Parti communiste Algérien, à la suite des accords FLN-PCA d’intégrer les Combattants de la Libération Nationale (organisation armée du PCA) dans l’ALN et le FLN. Voilà la vérité historique qu’il ne faut jamais cacher au moins par respect aux martyrs que l’on doit honorer.



Dans son interview publiée le 31 Août 2001 par l’hebdomadaire Français « Le Point », Abdelkader Guerroudj, chef des groupes des Combattants de la libération nationale, condamné à mort en même temps que sa compagne Jacqueline, déclare à ce propos ce qui suit : « J’ai été condamné pour atteinte à la sécurité de l’État et complicité d’assassinat en tant que chef des Combattants de la Libération, l’organisme armé créé par le Parti communiste Algérien et versé au FLN  ». Toujours dans cette interview Guerroudj souligne à propos de Fernand Iveton : « C’était un camarade, un militant communiste ».



Oui, Fernand était un ouvrier. Son père était également communiste. Dans les rangs de son Parti, il avait acquis une conscience de classe et avait fait sienne cette idée de Marx : «  Qu’un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre  ». C’est pourquoi il a combattu avec fermeté l’influence raciste de l’idéologie colonialiste qui avait pu s’emparer malheureusement d’une partie importante de la population européenne. C’est pourquoi avant de marcher courageusement au supplice, comme l’a reconnu son bourreau, Fernand Iveton avait fait cette dernière déclaration : «  La vie d’un homme, la mienne, compte peu, ce qui compte c’est l’Algérie, son avenir et l’Algérie sera libre demain  ». Fernand Iveton est mort pour que son pays, l’Algérie, soit indépendant.



William Sportisse

 

Fernand Iveton et son fils Fernand Iveton et son fils Jean Claude

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Lettre d’Iveton à son fils

Le 7.12.1956 dans une lettre à son fils Jean Claude, Fernand Iveton écrit :

« …. Ce n’est pas en te tapant la tête contre le mur ou en pleurant que tu donnes l’exemple d’un petit homme. Aussi, je te dis ceci : tu as vécu avec moi et tu sais ce que c’est un communiste. Notre lutte est dure mais nous vaincrons. »


 

Biographie de Fernand Iveton:


 

Fernand Iveton est né à Alger le 12 juin 1926. Il a un peu plus de trente ans quand il est guillotiné le 11 février 1957 à la prison de Barberousse d’Alger.



Le père, Pascal, enfant recueilli par l’Assistance Publique avait reçu le nom patronymique d’Iveton. Pascal vécut dans un quartier populaire d’Alger, le Clos Salembier (aujourd’hui El Madania). Communiste et syndicaliste, Pascal Iveton fut révoqué sous le régime de Vichy de son emploi à Électricité et Gaz d’Algérie (EG.A.).



Fernand, son fils, suivit son exemple en devenant employé de l’usine à gaz d’El-Hamma au Ruisseau. En 1943, il adhère à la section de la Redoute (un quartier proche du Clos Salembier) des jeunesses communistes. Il milite aux côtés d’Henri Maillot et Ahmed Akkache au sein de cette section. Quand L’Union de la Jeunesse Communiste Algérienne est dissoute pour faire place à l’Union de la Jeunesse Démocratique Algérienne qui rassemblera dans ses rangs des jeunes communistes et nationalistes et d’autres patriotes, Fernand Iveton rejoindra le cercle de la redoute de l’UJDA. Il militera également au sein des syndicats d’Algérie affiliés à la CGT de France (Confédération Générale du Travail) puis à l’UGSA (Union Générale des Syndicats Algériens) organisation syndicale algérienne qui demeurera affiliée à la CGT. Il sera désigné par les travailleurs de l’usine à gaz du Hamma comme délégué syndical.



En 1953, il épouse Hélène Ksiazek, une Polonaise émigrée en France, qu’il connut lors de l’un de ses séjours en région Parisienne. Son épouse le rejoint et ils s’installeront au Clos Salembier.



En juin 1955 il s’intègre dans les groupes armés des Combattants de la Libération au côté de Abdelkader Guerroudj, Félix Collosi, Mohamed Hachelaf, Yahia Briki, Georges Accampora et d’autres camarades communistes.



Après l’Accord FLN-PCA les Combattants de la Libération sont intégrés dans l’ALN-FLN, il fera partie du commando du Grand Alger. Après avoir participé à plusieurs actions (sabotages de wagons sur le port, incendie des Bouchonneries Internationales) il sera chargé de placer une bombe à l’usine à gaz du Hamma. Elle est déposée le 14 novembre 1956. Mais tout prouve qu’il a pris toutes ses précautions pour que la bombe ne cause que des dommages matériels. À ce propos Pierre Vidal-Naquet écrit dans sa préface à l’ouvrage de jean Luc-Einaudi « Pour l’exemple. L’affaire Fernand Iveton. Enquête » ce qui suit : « Iveton ne voulait pas d’une explosion-meurtre. Il voulait une explosion témoignage. »



Dans son ouvrage « Des douars et des Prisons » Jacqueline Guerroudj qui lui a apporté la bombe fabriquée par Abderahmane Taleb et Daniel Timsit raconte qu’elle était chargée de lui donner deux bombes. Le 25 novembre 1956, onze jours seulement après son arrestation il est passé devant le tribunal. « Dans une atmosphère de pogrom » est-il écrit dans « La guerre d’Algérie » tome 2, page 364 (ouvrage sous la direction d’Henri Alleg). Il est condamné à mort au cours d’une parodie de procès « dans un prétoire où montaient des cris de haine et de mort ».



Le ministre français de la Justice de l’époque, François Mitterrand, et le président de la République Française refuseront de le gracier après la demande introduite par ses avocats. Le 11 février 1957 au petit matin il sera guillotiné en même temps que deux autres patriotes algériens. « Fernand Iveton, Mohammed Ouennouri et Ahmed Lakhnèche marchent courageusement au supplice. Les 3 hommes s’embrassent et clament «  Vive l’Algérie libre !  » au pied de la guillotine tandis que, de la prison tout entière, s’élève un grand cri de solidarité, de colère, d’espérance. Les détenus politiques pleurent, entonnent des chants patriotiques, ébranlent de leurs poings les portes des cellules. » [1]



Dans sa dernière lettre à son avocat José Nordmann, Iveton déclare : «  Pour moi, seuls la lutte de notre peuple et l’appui désintéressé du peuple Français sont les gages de notre libération.  »

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