2012-03-09-LLe célèbre romancier israélien David Grossmann exprime publiquement son opposition à une attaque américaine ou israélienne contre l'Iran



Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/





Pour sa première déclaration publique sur le conflit avec l'Iran, David Grossman, un des plus grands romanciers de la dernière génération et voix de la conscience morale de son pays, a déclaré à « The Nation » qu'il s'opposait à une attaque contre la république Islamique venant d’Israël ou des États-Unis, affirmant que ses conséquences prévisibles étaient encore plus redoutables que celle de la possession par l'Iran d'armes nucléaires.



« Je ne veux pas que l'Iran n'ait d'armes nucléaires, mais je pense que les sanctions n'auront aucun effet, Israël et le monde entier devront vivre avec », a déclaré Grossman, mettant en garde contre un bombardement de l'Iran qui mettrait en branle « un cauchemar bien difficile à décrire ». Néanmoins, il a affirmé qu'il avait « un très mauvais pressentiment » sur l'attitude va-t-en guerre du premier ministre Benyamin Netanyahu et du ministre de la défense Ehud Barak, même contre les souhaits Américains. « Il y a une dynamique autour de ces déclarations bellicistes », a-t-il dit.



Il s'est entretenu avec Larry Defner [chroniqueur du Jerusalem Post licencié en 2011 après un article où il déclarait comprendre le « terrorisme palestinien »] par téléphone mardi. Le jour précédent, Netanyahu a exprimé ses conceptions bellicistes sur l'Iran lors d'une rencontre à la Maison blanche avec le président Barack Obama, et a ensuite prononcé un discours menaçant à la convention de l'AIPAC [le lobby pro-israélien aux Etats-unis], multipliant les analogies avec l'Holocauste et jurant que « plus jamais » le peuple Juif ne confierait sa survie à une autre nation que la sienne.



« Israël », a déclaré Grossman, est « une communauté profondément traumatisée qui a beaucoup de mal à séparer les véritables dangers et les échos du traumatisme du passé, et parfois je pense que notre premier ministre met de l'huile sur le feu, en faisant l'amalgame entre véritables dangers et échos du passé ».



Il a affirmé qu'il craignait que Netanyahu et Barak bombarde l'Iran, d'une part selon ce qui est perçu comme une nécessité stratégique de répondre à des menaces par l'action, mais aussi en raison de ce qu'il voit chez Netanyahu comme une conception du sens de la responsabilité historique de sauver le « peuple de l'éternel ».



« Il entretient la conception que nous sommes le peuple de l'éternel, am ha’netzachdans la Bible, et notre dialogue, comme il le conçoit, il se construit avec l'éternel, avec les courants primitifs de l'histoire et de l'humanité, tandis que les États-Unis, sauf votre respect, n'est qu'une super-puissance de plus comme Rome, Athènes ou Babylone, et nous avons survécu à chacune d'entre elles », a affirmé Grossman. « Je crains que cette façon de penser n'encourage Netanyahu à franchir le pas de l'attaque contre l'Iran ».



Le fils de Grossman, Uri, a été tué lors de la guerre du Liban en 2006 deux jours après que l'auteur ait lancé un appel public au cessez-le-feu, et alors qu'il était en train d'écrire les derniers chapitres de son épopée, louée sur la critique, entre guerre et paix,« Une femme fuyant l'annonce ». Critique passionné du militarisme Israélien et du traitement réservé aux Palestiniens, il avait déploré les massacres opérés lors de la guerre à Gaza en décembre 2008-janvier 2009, et a participé l'an dernier aux manifestations hebdomadaires contre l'expropriation de Palestiniens dans le quartier de Jérusalem-Est de Sheikh Jarrah, subissant alors les coups de matraque de la police Israélienne.



Évoquant la présence massive de personnes « laïques, éduquées, réalistes » en Iran, des masses qui ont protesté courageusement contre le régime en Iran, Grossman a affirmé que ce visage de l'Iran entretenait en lui l'espoir de futurs dirigeants Iraniens moins hostiles par principe envers Israël – mais a mis en garde sur la fragilité d'espoirs peut-être bientôt anéantis par une attaque Israélienne.



« Si Israël bombardait l'Iran », a-t-il affirmé, « Je pense qu'il serait vu comme une nation arrogante, mégalomane, violente même par les Iraniens les plus réalistes et modérés ». Donc, l'espoir Israélien d'une paix, ou même juste d'un avenir paisible avec un meilleur gouvernement Iranien serait « anéanti pour plusieurs générations », a-t-il défendu.



Le Parti communiste d’Israël a salué la déclaration de Grossman : « Une attaque contre l'Iran n'empêcherait pas son gouvernement de se doter de l'arme nucléaire. Une attaque contre l'Iran embraserait l'ensemble du Moyen-Orient. Un Iran nucléaire est bien une menace pour la région, mais une attaque conduirait à une catastrophe inévitable. Il n'y a aucun consensus au sein de la population Israélienne autour d'une attaque qui va à l'encontre des intérêts de notre pays ! »

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