tsiprasLe chef de SYRIZA Alexis Tsipras écrit une lettre à José Manuel Barroso et aux dirigeants de l'UE pour offrir sa collaboration dans le sauvetage de la Grèce et de l'Europe

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Alexis Tsipras est la nouvelle coqueluche des médias français et européens. Étrange complaisance de la part des médias au service de l'idéologie dominante pour un leader qui se prétend de la « gauche radicale ».

 

Il faut dire que les déclarations et propositions du leader de SYRIZA ne sont pas pour inquiéter la classe dominante grecque comme européenne.

 

Au-delà des virages tactiques et des positions changeantes au gré des opportunités politiques, SYRIZA et son leader restent fermes sur certains principes : la réforme du système capitaliste et la défense de l'Union européenne.

 

Sans énumérer la liste des propos opportunistes de Tsipras sur ces dernières années – un seul article ne suffirait pas – si on se limite aux dernières semaines, le constat est édifiant sur la compatibilité de cette « gauche radicale » avec le système dominant, et sur la teneur de ses propositions de « gouvernement de gauche » lancées envers le KKE :

 

Un gouvernement de gauche dans les intérêts du capital grec et européen

 

  • Un « gouvernement de gauche » en collaboration avec le grand capital :

 

« Un gouvernement de gauche a besoin des industriels et des investisseurs. Il a besoin d'un environnement économique sain. Il a besoin de lois méritocratiques (…) Les investissements peuvent être positifs dans un cadre méritocratique, avec des lois qui vont dans ce sens, et non dans un cadre gangrené par la corruption et les magouilles. » (TSIPRAS, Alexis, sur la chaîne télévisée publique NET, le 5 mai 2012)

 

  • Un gouvernement de gauche élargi... jusqu'à la droite :

 

« Si nous avons besoin de cinq voix de la part de M.Kammenos (président d'une nouvelle formation de droite néo-libérale, les Grecs indépendants) et si il vient vers nous et nous donnent un signe d'ouverture et de soutien, nous ne le jetterons pas ; nous ne lui dirons pas que nous ne voulons pas de lui » (TSIPRAS, Alexis, sur la chaîne TVXS, 25 avril 2012)

 

  • Un « gouvernement de gauche » pour sauver l'Europe du capital :

 

« Seule la Gauche européenne peut garantir une Union européenne basée sur la cohésion sociale »,(TSIPRAS, Alexis, dans le journal TA NEA, le 2 mai 2012).

 

Quand le leader de la « gauche radicale » propose ses services aux dirigeants de l'Union européenne pour sauver l'Europe !

 

Alexis Tsipras est allé plus loin que les déclarations de principe pour ce qui est du soutien à l'Union européenne. Dans une lettre personnellement adressée à José Manuel Barroso (ici en grec sur le site de Synapsismos), Herman van Rompuy et Mario Draghi, il révèle sa véritable mission : celle de participer au sauvetage de l'Union européenne.

 

En effet, cette lettre de doléances apparaît vite comme une proposition de collaboration lancée aux sommets de l'Union européenne.

 

Il commence par le constat : celui du rejet du Mémorandum, des partis qui l'ont défendu lors des élections du 6 mai. Il enchaîne en soulignant « l'échec économique de ces politiques, incapables de traiter les inégalités et déséquilibres structurels de l'économie grecque ».

 

L'occasion de proposer les services de SYRIZA, seule formation à avoir « noté ses faiblesses inhérentes à notre économie », une économie qui a plongé car la classe dirigeante grecque « a ignoré nos recommandations en termes de réformes structurelles ».

 

Lire entre les lignes : avec nous aux commandes, la stabilité de l'économie capitaliste grecque aurait été assurée.

 

Quelle recette économique propose SYRIZA ? Aucune mesure précise n'est évoquée parmi celles que met parfois en avant SYRIZA devant le peuple grec (hausse des salaires, des prestations sociales etc.). Tsipras évoque juste la nécessité d'inverser la « dynamique de l'austérité et de la récession ».

 

Dans quelle perspective s'agit-il de corriger l'austérité dont est victime le peuple grec ?

 

D'abord, « Restaurer la stabilité sociale et économique du pays », autrement dit restaurer l'ordre capitaliste en Grèce.

 

Ensuite, dans une perspective de restauration de la stabilité économique et sociale à l'échelle européenne. Il s'agit « de repenser toute la stratégie actuellement mise en œuvre, car elle ne menace pas seulement la cohésion et stabilité de la Grèce, mais elle est aussi source d'instabilité pour l'Union européenne et la zone Euro elle-même. »

 

Tsipras finit par un vibrant appel à la collaboration de toutes les forces pour sauver l'Europe, et à la concentration des décisions à l'échelon européen :

 

« L'avenir commun des peuples d'Europe est menacé par ces choix désastreux. C'est notre conviction profonde que la crise économique est de nature européenne et que la solution ne peut se trouver qu'au niveau européen ».

 

Le tour de force des médias dominants, en Grèce, en France comme ailleurs reste de faire passer un serviteur zélé de l'Union européenne du capital, la nouvelle figure d'une social-démocratie de substitution comme le chef de l'opposition de gauche au consensus libéral et européiste dominant.

 

Avec une telle opposition officielle, la classe dominante européenne peut à la fois continuer sa politique de super-austérité tout en neutralisant l'émergence d'une alternative politique à ce système économique prédateur, qu'est le capitalisme, et cette construction politique anti-démocratique qu'est l'Union européenne.

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