obama_dilma.jpgUn gouvernement au service du grand capital



Communiqué du Parti communiste brésilien (PCB)

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La Commission politique nationale du PCB estime que le récent paquet économique annoncé par le gouvernement, mobilisant des ressources de l'ordre de 133 milliards de $ en travaux d'infrastructures ferroviaires et routières, consolide et approfondit le parti-pris du gouvernement du PT en faveur du grand capital et relance de façon accélérée le processus de privatisation de l'économie brésilienne, sous couvert de « concessions », de « partenariat public-privé ».



Ce paquet n'est que la première étape du Programme d'investissement dans la logistique, qui couvrira également les secteurs de l'énergie, des ports et aéroports et vient consolider l'option validée par la privatisation des trois principaux aéroports du pays et d'une autoroute reliant Rio de Janeiro à Espírito Santo.



Ces mesures sont l'incarnation même d'une ligne politique fort semblable à celle du gouvernement Fernando Henrique Cardoso, livrer le patrimoine public à l'initiative privée ; ce qui explique que même le PSDB a publié des articles dans les journaux pour féliciter la présidente Dilma pour son nouveau programme de privatisations. Le patronat a par ailleurs salué d'une seule voix le paquet et couvert d'éloges la présidente, à tel point que Eike Batista, le patron le plus riche du pays, a définit le paquet économique comme le « kit-bonheur » du patronat.



Ce coup de boost du capitalisme brésilien – un volume colossal de concessions à l'initiative privée, comme l'a si bien défini la revue réactionnaire Veja – va privatiser 7 500 kms d'autoroutes, bien plus que toutes les concessions du gouvernement précédent, qui n'ont atteint guère plus que 5 000 kms, et 10 000 kms de voies ferrées. Comme le rapporte avec fierté le journal O Globo, porte-parole des intérêts du grand capital, le Brésil, avec 23 400 kms d'autoroutes à péage, détient le record du monde de cette forme de privatisation, devant l'Allemagne et les États-Unis.



Pour faciliter encore plus la vie du patronat, le gouvernement s'est chargé de couvrir les acquisitions en terme de capacités de transport de marchandises des nouvelles entreprises concessionnaires, ce qui signifie que ces patrons ne courront aucun risque de perte si jamais la demande dans le secteur du fret était trop faible.



En outre, dans le plan même des cadeaux faits au patronat, il est convenu que la Banque nationale de développement économique et social (BNDES) financera près de 80% des projets de privatisation, dans le cadre d'un processus également similaire à celui du gouvernement précédent. C'est de l'argent public, une fois de plus, finançant des investisseurs privés. Et pour que l'on ait aucun doute sur les objectifs du gouvernement, celui-ci va encore concéder des incitations (exonérations fiscales) aux consortiums qui ont remporté les appels d'offre de privatisation des autoroutes et voies ferrées, et divulguera dans les prochaines semaines de nouvelles mesures privatisant les ports et aéroports.



Le gouvernement, annonce euphorique la presse bourgeoise, accordera également des « incitations » supplémentaires à ceux qui auront remporté les concessions : allègement de charges dans les secteurs du transport aérien et de marchandises, le cabotage, le transport maritime et l'entretien et la réparation d'avions, de moteurs et pièces détachées (des exonérations de l'ordre de 900 millions de $). C'est la bourgeoisie qui gagne et les travailleurs qui perdent, puisque ces secteurs cessent de contribuer à hauteur de 20% de la fiche de paie à la Sécurité sociale, et obtiennent en tout une réduction de 1 à 2% sur le salaire brut.



Il s'agit donc de la consolidation d'un modèle radical de construction d'un État maximal pour le grand capital et minimal pour les travailleurs. N'est-ce pas l'essence de ce qu'on appelle le néo-libéralisme ? Se révèle une fois de plus la nature de classe du gouvernement Dilma : tout en niant la revalorisation des salaires des 400 000 fonctionnaires publics et professeurs universitaires en grève et durcit les négociations avec les travailleurs, il ouvre les coffre-forts du gouvernement, via la BNDES, pour que les patrons fassent main basse sur le patrimoine public. Le plus honteux, c'est que la Centrale unique des travailleurs (CUT) et d'autres centrales jaunes, qui devraient être au côté des travailleurs grévistes, ont jugé positives les mesures de privatisation et leur ont donné leur aval, ce qui démontre toute la dégénérescence du syndicalisme officiel et jaune au Brésil.



Nous n'avons pas à attendre que les vainqueurs des concessions soient annoncés pour savoir, a priori, que, au-delà des nouveaux riches choisis par le gouvernement, les fonds de pension liés au syndicalisme officiel et jaune (comme Previ, Petros et Funcef) seront parmi les principaux bénéficiaires de la décision du gouvernement. Une fois de plus, le « PT Patron » sera représenté dans les conseils d'administration des grandes entreprises qui seront créées, dans de nouveaux secteurs stratégiques de l'économie brésilienne.



Avec ce plan de privatisations, le gouvernement du Parti des travailleurs (et ses alliés à gauche et à droite) jette définitivement le masque et enterre les illusions des naïfs et de ceux qui croient encore que ce gouvernement ait une quelconque dimension populaire. Cela confirme par ailleurs les analyses que rend le PCB sur le PT depuis 2005, lorsque nous avons rompu avec le gouvernement et avons adopté une position indépendante, malgré l'incompréhension que cela a pu susciter chez certains courants à gauche. Le seul critère pour juger un gouvernement, en fin de compte, c'est son rapport aux intérêts des travailleurs. Et, dans ce cas, nous sommes confrontés à une administration qui gouverne essentiellement pour le capital, qui coordonne et finance ses affaires, et ne donne que des miettes aux travailleurs, qui veut leur retirer le peu qu'il reste, avec la proposition de nivellement par le bas des droits des travailleurs, qui sera bientôt envoyée au Congrès national.

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