Syrian-opposition-protest-007Le PC Israélien précise sa « double position » sur les événements en Syrie avec condamnation de la répression brutale du régime et mise en garde contre les manœuvres impérialistes


Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



En lisant l'article de Yossi Gurrvitz, qui vise à « dénoncer » la position du Parti communiste d’Israël sur les événements en Syrie, on est frappé par un sentiment de déjà vu. Soudain, nous voilà revenus au bon vieux temps de la Guerre froide, où les faits devaient s'effacer devant la stigmatisation, et un récit exact des événements être juste un égarement dans la voie de l'hystérie anti-communiste.



Le titre de l'article de Gurvitz – « Le Parti communiste israélien soutient Bachar Assad (seulement en Arabe » - est doublement fallacieux : Premièrement, car la position du PCI ne consiste pas en un soutien à Assad, ni un soutien aux méthodes criminelles qu'emploie l'armée Syrienne pour s'occuper des manifestants, nombre d'entre eux étant pacifiques ; Deuxièmement, car l'allégation nauséabonde selon lesquelles les idées exprimées dans la presse Arabe du Parti seraient en quelque sorte différentes des idées exprimées dans la presse du Parti en Hébreu, ne fait que nous resservir un vieux mensonge.



En fait, l'article de Gurvitz est plein d'incohérences et d'erreurs, qui dévoilent non seulement les limites de sa connaissance de la langue Arabe, mais également les limites de sa connaissance de la politique. Un exemple serait le fait que le quotidien Arabe du PCI « Al-Ittihad » est désigné de façon incorrecte comme « Al-Ithihad ». Par ailleurs, il est mentionné non comme l'organe du PCI, mais comme celui du Hadash (c'est-à-dire, le journal du Front démocratique pour la paix et l'égalité – la coalition de gauche que le PCI a contribué à constituer à la fin des années 1970, et dont il fait partie aujourd’hui).



A l'ombre de petites erreurs, de plus grosses font leur nid



Gurvitz appuie toutes ses déclarations sur un post sur un blog, par l'ex-communiste Joseph Algazy, qui contient nombre de calomnies, de demi-vérités et de purs et simples mensonges. Gurvitz – qui ne lit pas l'Arabe – prend ses affirmations pour des vérités, sans même jamais se donner la peine de les mettre à l’épreuve des faits. Il n'est pas le seul blogueur Israélien de gauche à avoir publié l'article calomnieux d'Algazy, mais il l'a fait avec le plus d'enthousiasme, ajoutant ses propres attaques sur le principe d'un partenariat Juif-Arabe dans le PCI (qu'il évoque comme une « façade »).



Normalement, on ne devrait pas se donner la peine d'écrire une réponse à un tel cas flagrant de sous-journalisme. Mais le fait que plus d'un lecteur ait été dupé par les mensonges que Gurvitz, Algazy et les autres colportent nécessite que les choses soient mises au clair.



Quelle est exactement la position du PCI vis-à-vis des protestations en Syrie ?



Le 24 mars, juste après que les protestations Syriennes sont devenues un phénomène de masse étendu à tout le pays, le Bureau politique du PCI s'est réuni, et a publié la déclaration suivante :



« Le Bureau politique du PCI dénonce l'intervention impérialiste en Libye, qui est organisée sous les auspices des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne et d'autres pays. La résolution 1973 du Conseil de sécurité est utilisée comme un prétexte à ces bombardements, prétendument pour « défendre le peuple Libyen ». En fait, le but de l'intervention est de prendre le contrôle du pétrole Libyen.



Tout comme il dénonce la dernière agression de l'OTAN, le Bureau politique dénonce, dans le même temps, les crimes du dictateur Muammar Gaddafi, qui sont utilisés comme prétexte pour cette intervention impérialiste (qui est orchestrée dans la droite ligne de ce qui s'est produit en Irak). Les bombardements et l'ingérence politique cherchent à priver le peuple Libyen de leurs acquis, et de les empêcher d'obtenir la satisfaction de leurs revendications dans la lutte pour la liberté et la démocratie (…)



Le Bureau politique souligne son rejet total de la façon dont le régime Syrien a choisi d'agir, et dénonce ses crimes vis-à-vis des manifestants, en particulier à Daraa, qui a causé des blessures et la mort de nombreux manifestants. Le régime Syrien, qui est menacé par l'impérialisme Américain et par Israël, doit satisfaire les revendications légitimes des manifestants pour la liberté, la démocratie, une vie digne, et contre la corruption et les lois d'urgence ».



Contrairement aux affirmations scandaleuses de Gurvitz contre le PCI, ce communiqué – en fait, comme toutes les déclarations du Parti – a été publiée en Hébreu (http://maki.org.il/he/index.php?option=com_content&view=article&id=10753&Itemid=153), ainsi qu'en Arabe (http://aljabha.org/?i=58619).



Les vues exprimées dans ce communiqué ont été ré-affirmées à maintes reprises dans la presse du Parti, à la fois dans l'hebdomadaire « Zo Haderech » en Hébreu, et dans le quotidien « Al-Ittihad » en Arabe.



Un exemple récent, publié cette semaine même, serait l'article dans « Zo Haderech » de Tomar Gozansky (membre du Bureau politique, et ancien député), qui n'a pas seulement condamné le massacre de manifestants, mais aussi mis en garde contre le danger d'intervention impérialiste : http://maki.org.il/he/component/content/article/11488-2011-06-11-16-10-57



Cette double position – de condamnation des massacres, tout en mettant en garde contre les plans de l'impérialisme – a été ré-affirmée dans l'article de Fatten Ghattas (président de la Commission centrale de contrôle du Parti) dans « Al-Ittihad »: http://www.aljabha.org/index.asp?i=60478



A la suite du post calomnieux de Algazy sur son blog, plusieurs personnes ont demandé si les affirmations prononcées contre Muhammad Naffa, secrétaire-général du PCI, sont exactes. En effet, on pourrait trouver surprenant qu'un dirigeant Communiste d'expérience soutienne, comme le prétend Algazy et le répand Gurvitz, Bachar Assad. Encore plus incroyable le fait qu'Algazy, qui fut dans le passé un journaliste, et Gurvitz, qui se décrit lui-même comme en étant un, aient publié un article aussi diffamatoire, qui ne respecte pas les normes et l'éthique de base journalistiques.



Gurvitz – suivant les pas d'Algazy – n'avait aucun scrupule à propos des normes journalistiques, quand il en vient à affirmer purement et simplement, sans l'ombre d'une preuve, que Naffa a « dénoncé le soulèvement Syrien ». Mais alors qu'Algazy cite abondamment ceux qui critiquent un article publié par Naffa dans « Al-Ittihad », il ne cite même pas un seul mot de ce que Naffa a réellement dit. Et pourquoi n'a-t-il pas mis un lien vers cet article, afin que les lecteurs jugent d'eux-mêmes ? Peut-être parce qu'on y trouve aucune « dénonciation du soulèvement Syrien » ni « soutien à Bachar Assad » dans cet article ?



Dans l'article mentionné ci-dessus (http://www.aljabha.org/index.asp?i=59576) Naffa déclare:



« Nous soutenons le courageux peuple Syrien afin qu'il bénéficie de la plénitude de ses droits, et nous nous opposons à la corruption, à la Cour de sûreté de l'Etat, aux arrestations arbitraires, aux lois d'urgences et aux atteintes à la liberté d'expression et autres libertés ».Plutôt une « dénonciation », n'est-ce pas ?



Naffa poursuit en mettant en garde contre le danger d'intervention impérialiste (tout comme le Bureau politique dans son communiqué de mars, ainsi que Gozansky et Ghattas dans leurs derniers articles), mais ni « soutien à Bachar Assad », ni « dénonciation du soulèvement Syrien », ne peuvent y être trouvés.



De même, l'affirmation scandaleuse selon laquelle la position publiée dans la presse du Parti en Hébreu diffère quelque peu de celle publiée dans la presse Arabe, est un mensonge évident et flagrant, comme on peut le lire dans les sources évoquées ci-dessous.



Les mêmes idées exprimées encore par Naffa, on peut les trouver dans une interview parue hier sur le site du PCI, qui sera également publiée dans les numéros à venir de « Al-Ittihad » et de « Zo Haderech » :

http://maki.org.il/he/component/content/article/11546-2011-06-17-13-01-47



Algazy continue à pratiquer le « journalisme créatif » quand il cite une phrase, extraite d'une déclaration d'une rencontre des Partis communistes en Europe, qui appelle les Partis communistes « à exprimer leur soutien à la Syrie face aux conspirations impérialistes ». Cette partie de la déclaration a été critiquée par certains penseurs Arabes, dont les objections à cette formulation sont citées en détail par Algazy. Mais il n'a jamais mentionné une seule fois que le PCI n'a en fait pas participé à cette rencontre, ni qu'il n'est pas signataire de cette déclaration – bien qu'il fasse volontairement croire à ses lecteurs que c'est le cas.



Aurait-il usé d'une telle astuce dans un journal respectable, au lieu d'un post sur son blog, on lui aurait indiqué la porte de sortie. C'est une honte qu'un média tel que « 972 mag » n'ait pas agi de la même façon.



Pourquoi la position de principe du PCI suscite autant de rage parmi les divers blogueurs de « gauche » en Israel ?



Contrairement à certains radicaux de gauche, qui ont apporté un soutien inconditionnel aux manifestants, indépendamment de leurs revendications, le PCI a refusé d'enlever l'impérialisme de l'équation. Cela serait de la pure ignorance que de prétendre que l'impérialisme Américain est indifférent aux événements en Syrie, ou qu'il n'a pas d'intérêt à élaborer une ligne politique spécifique visant à devenir dominante parmi les manifestants. Par conséquent, toute analyse des événements en Syrie doit commencer par les remettre dans leur contexte. Toutes les revendications des manifestants ne doivent pas automatiquement être soutenues, mais les choses doivent être jugées avec objectivité.



D'autre part, contrairement à certains prétendus « anti-impérialistes », qui jouent le faux jeu de « l'ennemi de mon ennemi est mon ami », le PCI a inlassablement fait pression pour que les revendications du peuple Syrien pour la démocratie, la liberté et la justice sociale soient satisfaites. Le Parti a été plutôt clair sur le fait que l'usage arbitraire du pouvoir, et le massacre de manifestants innocents et pacifiques, est quelque chose que nous condamnons sans équivoques.



Notre position est-elle compliquée ? En effet, et à juste titre. On ne peut pas apporter une solution simple à une situation compliquée. Ceux à gauche qui voudraient essayer, se trouveront fatalement soit du côté d'un gouvernement corrompu et répressif, ou soit avec une puissance impérialiste occupante.



Semel MakiLa position du PCI pourrait s'avérer impopulaire – à la fois aux laquais de l'impérialisme, ainsi qu'aux apologistes du régime Syrien répressif – mais c'est une position de principe. Pendant plus de 90 ans, les Communistes dans ce pays, Juifs comme Arabes, s'en sont tenus à leurs principes, même à des époques où agir ainsi était chose difficile, ou pouvait mettre votre vie en danger. Nous sommes très fiers de cela. Et nous continuerons à agir ainsi.



Uri Weltmann est membre du Parti communiste d’Israël (PCI) et membre du Secrétariat national du Front démocratique pour la paix et l'égalité (Hadash)

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