maastricht.jpg« Le traité de Maastricht est à l'origine de nos problèmes actuels : sortons-en au plus vite ! »

 

Article de Juan Torres Lopez, professeur de théorie économique à l'Université de Séville

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Curieux que peu se souviennent aujourd'hui du Traité de Maastricht, quand là se trouve l'origine des problèmes que connaît aujourd'hui l'Union européenne. Sur la base de tellement de mensonges, on a fait croire aux gens que ce qui arrive aux pays qui subissent des perturbations majeures, est dû à des dépenses publiques sociales trop élevées et que cela a conduit la dette publique à des niveaux insoutenables, déduisant de tout cela la nécessité de mettre en œuvre des politiques d'austérité reposant sur la réduction des droits et des prestations sociales. La réalité est tout autre : ce qui a véritablement fait croître la dette publique (au-delà de l'impact plus récent de la crise financière internationale et la baisse consécutive des recettes de l’État), ce n'est pas l'augmentation des dépenses publiques primaires (c'est-à-dire, celles associées aux dépenses courantes ou d'investissement), mais celle consacrée à payer les intérêts et l'endettement nécessaire pour faire face à la dette accumulée.

 

On estime que les États européens paient aux banques privées près de 350 milliards d'euros par an en intérêts, depuis qu'ils ont cessé d'être financés par les anciennes banques centrales et plus tard par la Banque centrale européenne. Voilà le vrai boulet qui grève les économies européennes, plutôt que le poids insupportable, comme on veut nous le faire croire, de l’État social. Nous ne pouvons nous lasser de répéter que, si le solde primaire de l’État espagnol avait été financé depuis 1989 par un taux d'intérêt d'1% par une banque centrale (comme cela serait logique), le poids de la dette publique espagnole serait désormais de 14% du PIB et non de 87% comme c'est le cas actuellement. C'est une démonstration claire que ce sont les intérêts financiers et non les dépenses sociales qui sont véritablement à l'origine de la dette combattue en remettant en cause les droits et la démocratie.

 

On oublie que ce fut l'article 104 du Traité de Maastricht qui a institué l'interdiction aux Banques centrales de financer les gouvernements. Une condition tout à fait absurde du point de vue économique et financier, qui ne bénéficie qu'aux banques privées, lesquelles ont pu mettre sur pied un business aux dimensions astronomiques : il est facile de calculer que, par conséquent,les banques européennes ont reçu gracieusement 7 mille milliards d'euros depuis qu'a été ratifié le Traité de Maastricht, en intérêts. Un argent qui par ailleurs, au lieu d'être destiné au financement du développement productif européen est allé alimenter la spéculation financière, la formation des bulles, qui en éclatant ont détruit des économies entières et les comptes en milliards que les banques européennes conservent dans les paradis fiscaux, utilisés pour financer tous les types de crimes et de délits, le trafic d'armes, d'êtres humains, de drogue et la corruption politique.

 

Pour rendre tout cela possible, le Traité a mis en place une autre mesure manquant tout autant de fondement scientifique : l'indépendance de la Banque centrale qui, en réalité, a été tout simplement la procédure optimale pour agir librement au service des banques privées. La preuve de cela, la gestion des banques centrales qui, depuis qu'elles sont indépendantes, a été la plus catastrophique de toute leur histoire, ayant produit le plus grand nombre de crises financières et les épisodes les plus graves d'instabilité monétaire. Alors oui, il s'agit de la plus grande redistribution de revenus en faveur des puissants, grâce à une politique de taux d'intérêt et la gestion de la quantité de monnaie en circulation.

 

Avec autant de faveurs pour les banques privées, le Traité de Maastricht est la cause originelle, qui entrave les États européens dans la mise en œuvre de leurs propres politiques économiques. C'est à partir de Maastricht que l'on se retrouve impuissant à contrôler la situation que l'on subit.

 

En outre, c'est toujours ce Traité qui a institué pour la première fois des règles tout aussi absurdes de convergence nominale, dont le temps a démontré qu'elles étaient complètement inutiles pour atteindre l'équilibre et l'harmonie que nécessaire à une union monétaire pour fonctionner correctement, sans créer plus de problèmes qu'elles n'en résout. Ou cette stabilité des comptes, si peu fondée et justifiée d'un point de vue scientifique, qui n'a pas été respectée près de 140 fois par plusieurs États. Et dont toute la perversion se révèle tout simplement en nous demandant dans quelle situation nous serions aujourd'hui, si les pays les plus avancés du monde avaient été sujets à de telles normes de stabilité des comptes pendant 100 ou 150 ans.

 

Mais le Traité de Maastricht n'a pas joué seulement un rôle décisif en introduisant ce carcan économique et ces privilèges qui condamnent les peuples d'Europe à la situation dans laquelle nous nous trouvons, mais aussi dans la manière si anti-démocratique par laquelle il a été ratifié, esquivant tout débat social sur ces aspects essentiels ou pour le dire autrement, en occultant aux citoyens ses conséquences, quitte à le faire adopter par la bande.

 

Maastricht a donc été le premier avertissement le plus clair que les constructeurs et les bénéficiaires de l'Europe néo-libérale n'avaient pas besoin de la démocratie, mais que c'est tout le contraire, et que donc son démantèlement effectif a commencé avec le Traité.

 

Le côté positif de Maastricht, c'est qu'il démontre l'origine illégitime de la dette, qu'elle l'on fait injustement porter sur les épaules des peuples européens. Et c'est, ainsi, la première raison pour le répudier dans toute l'Europe, au plus vite.

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