partidoscomuvierparteienLes communistes du Bénélux et d’Allemagne échangent leurs expériences et coordonnent leurs actions de lutte contre le processus européen de privatisation de la Poste

 

Article du Parti du travail de Belgique (PTB) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


 

« La libéralisation conduit à une poste à deux vitesses »


 

Le 8 mars, le Parti communiste luxembourgeois (KPL) tenait une conférence de presse sur la privatisation des services de la poste. Ses partis frères belge (PTB), néerlandais (NCPN) et allemand (DKP) étaient également présents.


 

Article d’Edith Janssens et de Gérard Mugemangango, du  Parti du travail de Belgique (PTB)


 

Les quatre partis estiment qu’il y a aujourd’hui suffisamment d’études et de faits prouvant que la privatisation des services des postes nationaux est une catastrophe, tant pour les clients que pour le personnel. Un combat doit être mené pour remettre les pendules à l’heure et pour mettre un frein à la libéralisation.


 

Ils renvoient, entre autres, à une étude mise en place par le syndicat central européen UNI Europa Poste et Logistique en 2009. Cette étude se penche sur les politiques de libéralisation à l’échelle mondiale, et sur leur impact sur le personnel. La conclusion : la théorie économique mettant en avant les avantages de la libéralisation ne tient pas la route. La concurrence n’augmente pas, car les nouveaux venus ne gèrent que de 0,1 % à maximum 10 % du marché. L’opérateur traditionnel ne fait face qu’à peu de concurrents, entre un et quatre en moyenne. Et UNI Europa constate que les libéralisations entraîneront la perte de beaucoup d’emplois, que les conditions de travail deviendront de plus en plus difficiles au sein des services concurrents, et qu’il y aura de plus en plus de statuts précaires. Enfin, UNI Europa s’attend à une baisse des salaires. En bref, les libéralisations constituent un alibi pour s’attaquer aux conditions salariales et aux conditions de travail des employés des postes. 


 

Les quatre partis constatent que les conclusions de l’étude d’UNI Europa se confirment lors des libéralisations dans leur propre pays. (Voir cadre ci-dessous)


 

Libéralisation rime avec opposition 


 

Neil Anderson d’UNI Europa : « Il n’est question que de démolition. La libéralisation conduit à une poste à deux vitesses, et seuls les gros clients et les grosses entreprises tirent avantage de la situation. En Argentine, la poste a été privatisée en 1997, sous l’impulsion du Fonds monétaire international (FMI). À la longue, il n’y avait plus aucun service postal, et l’État n’a eu d’autre choix que de la racheter en 20031. La libéralisation n’a jamais produit de bons résultats, nulle part. La Commission européenne le sait. »


À la suite de plusieurs actions du personnel de la poste, le gouvernement norvégien n’adoptera pas, mais postposera, la troisième directive européenne prévoyant la libéralisation totale de la poste à partir du 1er janvier 2011. 


Le Canada rejette la dérégulation, et le Maroc et le Japon bloquent le processus de privatisation. C’est également ce qui s’est passé en Grande-Bretagne, où les travailleurs de Royal Mail ont manifesté en masse au cours des mois précédents contre le plan de privatisation de la poste.


C’est la France qui s’est érigée le plus longtemps contre la libéralisation. Après une longue lutte, comprenant notamment un référendum, les capitaux privés sont tolérés au sein de la poste. La démotivation du personnel est un énorme problème. Les syndicats CGT et Sud PTT tirent la sonnette d’alarme : pour l’instant, une véritable vague de suicides touche les employés de la poste, comme ce fut le cas chez France Télécom.

 


La poste doit rester un service public


 

Les quatre partis veulent collaborer davantage dans le futur. Selon le DKP, le droit à des services postaux efficaces et peu onéreux fait partie des droits fondamentaux du peuple. Le PTB veut revenir à une poste 100 % publique. Le NCPN ne veut pas que la poste devienne une machine à profit, au détriment du peuple et de l’État. Il désire le retour à des contrats complets, comprenant la sécurité de l’emploi, des droits sociaux, le droit à la pension, des salaires convenables et des possibilités de carrière. Pas de spéculation avec les bâtiments de la poste, mais des bureaux en suffisance partout. Les conséquences catastrophiques de la libéralisation sont perceptibles. Les quatre partis veulent stopper le processus.


1. The Postal Market in Argentina (Uni Post)

 



 

Pays-Bas 

Maarten Muis du NCPN : « Le processus de libéralisation a débuté chez nous en 1989. Il s’agissait d’un véritable nivellement par le bas, vers des conditions de travail  et des services minimaux. Les boîtes aux lettres rouges disparurent drastiquement, les bureaux de poste furent remplacés pas des points-poste, les facteurs par des “distributeurs”. Nous avons assisté à plusieurs mobilisations colossales de la part du personnel et des syndicats. Pour la convention collective de travail (CCT) de 2009, ils avaient obtenu 3,5 % d’augmentation salariale après 50 séries de négociations et beaucoup de mouvements de grève. En novembre 2010, ils étaient parvenus, après bon nombre de blocages, à faire passer le nombre de licenciements annoncés de 10 000 à 2 300. »

Luxembourg 

La poste luxembourgeoise P&T « se prépare elle aussi à la concurrence ». Depuis mai 2011, chaque facteur est flanqué d’un assistant. Ainsi, P&T veut mettre sur pied une nouvelle génération de facteurs. Ils reçoivent le statut du secteur privé et une nouvelle convention collective de travail. P&T n’a plus le monopole de l’envoi des pièces de plus de 50 grammes depuis longtemps, et d’ici fin 2013, cela vaudra aussi pour les pièces de moins de 50 grammes. Ali Ruckert, président du KPL, affirme qu’un document de P&T prévoit la fermeture probable de 66 des 109 bureaux de poste existants.

Allemagne 

Volker Metzroth du DKP se souvient qu’en 1987, le ministre de la Bundespost, ancêtre de la poste actuelle, assurait que les services postaux ne seraient en aucun cas privatisés. Deux ans plus tard, la poste était fragmentée en trois : Poste, Télécommunications et Banque. En 2009, le personnel se voyait amputé de 100 000 unités, presque un tiers des 436 000 membres. La sécurité de l’emploi et les salaires convenables ont laissé la place au dumping salarial : les salaires diminuaient parfois jusqu’à 5,50 euros de l’heure, moins que le salaire minimum (de 8,40 à 9,40 euros pour le secteur). 

La majorité des salariés ne travaillaient plus à temps plein. La dernière parcelle de monopole de la poste disparut en 2008. Le nombre de bureaux de poste et de boîtes aux lettres a été réduit au strict minimum. Pour retirer un paquet : vous devez vous rendre en bus à Ansbach durant 3 heures pour l’enlever 10 km plus loin. L’ancienne Bundespost a versé 10 % de ses revenus au ministère des Finances, et on parle aujourd’hui de 10 % d’économies dans le secteur social, ou encore d’augmentation des impôts.

Belgique 

Il s’agit ici du plan stratégique de bpost en janvier 2011, peu de temps après l’ouverture du marché, central. Gérard Mugemangango (PTB) : « En Belgique, il n’existe presque aucune concurrence, et la Poste se porte très bien : le chiffre d’affaire est passé de 1,92 à 2,25 milliards d’euros entre 2003 et 2009, et la productivité des employés s’est accrue de 50 %, alors que leur nombre diminuait de 20 %. Inutile de préciser à quel point la pression à laquelle ils sont soumis a augmenté ! »

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