IN11_JAITAPUR_351518f.jpgLes communistes indiens apportent leur soutien à lutte contre la construction d'une centrale nucléaire EPR par Areva en Inde



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Au nom du Comité national de solidarité avec la lutte de Jaitapur, une lettre a été écrite au premier ministre le 17 août 2012 exigeant que le contrat avec Areva pour la construction de réacteurs nucléaires soit annulé. La voici ci-dessous dans son intégralité.



Cher premier ministre,

Nous sommes très inquiets que le gouvernement central comme le gouvernement du Maharashtra ne semblent pas avoir prêté attention aux sérieuses objections concernant la sécurité des réacteurs proposés par Areva et les coûts du projets, des objections soulevées par des experts, parlementaires, figures publiques et simples habitants du coin.

Nous vous écrivons pour porter les éléments suivants à votre connaissance:

1 – Le projet n'a pas été soumis à une enquête technico-économique menée de façon rigoureuse et scientifique ainsi qu'à un audit de sécurité public. Il a été imposé contre la volonté des autochtones. L'autorisation environnementale « conditionnelle » accordée par le Ministère de l'environnement et des forêts en novembre 2010 s'appuie également sur le Rapport sur l'impact environnemental (EIA en anglais), absolument pas scientifique et truffé d'erreurs. La NEERI, l'agence mobilisée pour préparer l'EIA, n'est certes pas compétente sur les questions ayant à voir avec les risques nucléaires. L'Autorisation environnementale ne peut être délivrée que par l'AERB (Bureau régulateur pour l'énergie atomique) sur les questions d'énergie nucléaire. Nous en déduisons que l'AERB doit encore étudier et approuver le projet de réacteur Areva. L'autorisation environnementale ainsi délivrée n'a pas pris en compte sérieusement les principaux enjeux environnementaux et les risques découlant de ce projet.

2 – Le Réacteur pressurisé européen (EPR) de 1650 MW d'Areva est un projet qui n'a pas encore été mis à l’épreuve et qui a suscité de vives inquiétudes parmi les agences de sécurité nucléaire de différents pays. Des sources fiables indiquent qu'un audit interne de l'industrie nucléaire française a critiqué Areva et EDF pour la trop grande complexité de l'EPR, et qu'EDF envisagerait de mettre un terme au projet EPR.

3 – Il y a déjà eu des surcoûts et des retards importants dans la construction de réacteurs EPR d'Areva. Les deux premiers EPR en construction en Finlande et en France ne sont pas encore en service et ont déjà été retardés de plus de quatre ans pour des questions techniques et de sûreté. Le projet EPR à Penly en France a été suspendu pour une durée indéterminée. Le coût initial de 3 milliards d'euros s'est révélé être très largement sous-estimé. Les coûts dépassent déjà les 7 milliards à Olkiluoto en Finlande comme à Flamanville en France.

4 – Areva est en grande difficulté sur le plan financier, c'est ce qui ressort des dernières révélations officielles. La dette du groupe Areva s'élève à 2,77 milliards d'euros en juin 2011. Les pertes d'exploitation d'Areva pour l'année 2011 se chiffrent à plus de 2 milliards d'euros.

  • Areva a annoncé des plans de licenciements massifs. Il a enterré l'installation d'enrichissement d'uranium dans l'Etat américain de l'Idaho et le développement des mines d'uranium en Afrique du sud, en Namibie et en Centrafrique. Il a également annoncé l'abandon du développement de trois centrales nucléaires en France avec la crise financière. Le cours des actions d'Areva a chuté à 1/10ème de sa valeur entre 2007 et 2012;

  • Siemens, le principal partenaire technologique d'Areva, a annoncé qu'il sortait de la branche nucléaire pour se concentrer sur les sources d'énergie alternatives suivant la décision prise par le parlement allemand de fermer leurs centrales nucléaires d'ici 2022 dans le sillage de la catastrophe de Fukushima ;

  • Des sources indiquent qu'EDF et Areva travailleraient avec une entreprise chinoise pour développer un nouveau réacteur de 1 000 MW pour remplacer les EPR à long-terme ;

Compte tenu des événements mentionnés, il est improbable que l'EPR d'Areva puisse résister ne serait-ce qu'à un test élémentaire technico-économique.

5 –Le NPCIL [NdT : l'entreprise publique indienne spécialisée dans l'énergie nucléaire] a ouvertement refusé de publier les coûts, et les tarifs qui en découleraient, du Projet nucléaire de Jaitapur (JNPP). Il n'y a aucune justification à la dissimulation des coûts et des tarifs pour un projet d'énergie nucléaire civil. Nos calculs, reposant sur l'information disponible, montrent que les coûts d'investissement pour le JNPP seraient de 2,8 millions d'euros par MW, ce qui est inacceptable. Cela reviendrait à des tarifs d'électricité de pas moins de 1,2 millions d'euros par unité, à prix courants. Ce n'est pas viable, et cela nécessiterait d'imposer des prix très élevés aux habitants du Maharashtra et pour les autres consommateurs.

6 – La catastrophe de Fukushima a soulevé des questions sur la concentration de plusieurs réacteurs nucléaires sur un même territoire. Par conséquent, le projet d'installer 6 réacteurs à Jaitapur paraît plus que douteux après Fukushima.

7 – La catastrophe de Fukushima a prouvé que le risque radioactif du au refroidissement des combustibles usagés et au stockage est tout aussi grand que celui du réacteur lui-même. Cela a soulevé de sérieuses questions sur le projet et le lieu de stockage des combustibles usagés, en dehors du principal dôme de confinement et en hauteur. Nous comprenons que le projet EPR actuel combine ces deux défauts.

8 – Une fois que la centrale commencera ses activités, cet énorme masse de combustibles usagés produits sera un risque sur le long-terme. Il ne semble pas que la NPCIL ait des projets pour traiter cette question.

A la lumière des faits énoncés ci-dessus, nous sommes d'avis que le contrat avec AREVA concernant le Projet de centrale nucléaire de Jaitapur devrait être annulé.

Signés :



Prakash Karat – secrétaire-général du Parti communiste d'Inde (Marxiste)

A. B. Bardhan – ancien secrétaire-général du Parti communiste d'Inde



Au nom du Comité national en solidarité avec la lutte de Jaitapur,

Ram Vilas Paswan, député (Parti Lok Janshakti)

 

Nama Nageswara Rao, député (Parti Telegu Desam)
 
K. Danish Ali

 

Sitaram Yechury, député (Parti communiste d'Inde marxiste)
 
D. Raja, député (Parti communiste d'Inde)

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