em james connolly 600-400x400Les communistes irlandais honorent et font vivre l'héritage politique de James Connolly, dirigeant marxiste révolutionnaire, père de l'Irlande libre et souveraine

 


L'héritage de James Connolly

 


Oraison de Tom Redmond, président du PC Irlandais pour le district de Dublin lors de l'hommage annuel à James Connolly

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Nous voilà rénis en ce lieu saint sur les tombes des leaders fusillés de l'insurrection de 1916. Nous honorons leur mémoire et leur sacrifice, pour avoir affronté le pouvoir de l'Empire britannique, pour avoir cherché à réaliser un pays uni et indépendant : la République irlandaise.

 

Parmi eux James Connolly, le plus grand des marxistes Irlandais. Pendant de nombreuses décennies, l'establishmenta tenté d'effacer sa contribution particulière et, en donnant à des bâtiments publics son nom, a cherché à l'aseptiser pour en faire une icône inoffensive. Mais la contribution unique qu'il a apporté dans sa vie, et son influence aujourd'hui sont un hommage rendu au caractère extraordinaire de l'homme.

 

La vie brève de Connolly fut une éruption de génie intellectuel au milieu des tâches ardues d'organisation, de mobilisation et d'agitation. Autodidacte, il fut à la fois un organisateur syndical, un agitateur social, un théoricien Marxiste, un tacticien de la chose militaire, un défenseur du droit des femmes et de leur droit de vote, un historien original et un intellectuel ouvrier, un journaliste qui a édité, imprimé et vendu des journaux ouvriers, un homme d'idées et de culture, un soldat révolutionnaire qui a commandé l'Armée citoyenne – et tout cela par un homme né dans la misère, dans les bas-quartiers d’Édimbourg, dans la quête permanente de la survie, et avec toujours des difficultés à subvenir aux besoins de sa famille.

 

Dans sa vie, il a pu exercer ses talents dans les mouvements ouvriers en Écosse et aux États-Unis. Il n'y a rien d'étonnant que les dernières paroles à sa femme, Lillie, avant son exécution étaient : « Cela n'a t-il pas été tout de même une vie pleine ! »

 

 

La révolution Irlandaise

 

 

Puisque nous nous souvenons des grands événements d'il y a un siècle, et puisque des commémorations sont prévues – la grande grève de 1913, 1916, la Guerre d'indépendance, le Premier parlement (Dáil), la Guerre civile, etc – je suggère que nous les intégrions tous sous le terme de « Révolution irlandaise ». Car il s'agit bien de cela : la tentative la plus sérieuse pour reconquérir l'Irlande.



Si nous la comparons à un fleuve – une force du peuple insurgé – alors nous pouvons admettre qu'il existe de nombreux courants qui le nourrissent et le font avancer. Ces courants comprennent une renaissance Gaélique, la montée des organisations de femmes, la politisation des séparatistes les plus avancés, et la contribution du travail militant et des idées socialistes.



Mais bien sûr, ces courants ont également été pollués par les William Martin Murphy et les nationalistes bourgeois, jusqu'à ce qu'ils aient gagné la suprématie et aient endigué la rivière avec la contre-révolution de 1922-1923.



Connolly a joué un rôle central dans la Révolution irlandaise ; comme l'a écrit Desmond Greaves dans sa brillante biographie : « Connolly a gravé de façon indélébile le socialisme dans la vie nationale irlandaise ».



Ce que Connolly signifie pour nous, communistes

 

 

Lorsque Connolly vivait, les idées et la pratique du socialisme ont été fortement débattues dans toute l'Europe au milieu d'intenses luttes de classe et répressions. Alors que Marx et Engels avaient laissé derrière eux leur analyse du capitalisme et l'alternative socialiste, le mouvement ouvrier en plein essor devait les traduire en stratégies et en tactiques quotidiennes.



En Irlande, Connolly était confronté au problème supplémentaire de comment envisager un objectif socialiste dans un pays sous domination de l'impérialisme. Ce n'était pas une tâche facile : les principaux penseurs Marxistes d'Europe occidentale étaient influencées par l'environnement impérial dans lequel ils agissaient, tandis qu'un peu plus loin, en Europe de l'Est, Lénine et les Bolchéviques étaient les seuls à commencer à étudier cette question ainsi que d'autres débats urgents sur le réformisme et la révolution. L'étude de Lénine L'impérialisme, stade suprême du capitalisme ne sort qu'en 1916. Même la grande et héroïque Rosa Luxembourg a argumenté contre l'auto-détermination de sa Pologne vis-à-vis de l'Empire tsariste.



Donc Connolly devait clarifier ses idées, argumenter contre Walker à Belfast, qui prônait une Irlande évoluant vers le socialisme en harmonie avec une évolution progressiste en Grande-Bretagne – une voie Orange vers le socialisme. Plus tard, à Dublin, il devait affronter une vision étriquée selon laquelle la question nationale était une diversion de la tâche première de construction de l'unité des travailleurs pour le socialisme – ce que l'on pourrait appeler le socialisme d'O'Casey.



Par-dessus tout, il s'est battu contre ceux qui, dans le mouvement ouvrier, créaient un lien de fer entre leurs objectifs et leur vision et les questions économiques, à résoudre dans le système existant. Connolly appelait cela le socialisme de l'eau et du gaz.



Toutes ces tendances existent aujourd'hui sous des formes modernes et dominent en réalité la pensée, y compris à gauche.



Pour Connolly, les socialistes devaient lutter avec les débats qui dominaient l'actualité – le Home rule, c'est-à-dire du nationalisme constitutionnel ou le séparatisme dans le sens Fénien – aussi bien que promouvoir les idées du socialisme, lui-même guère aisément défini, entre réforme et révolution. Sa pensée a évolué vers la thèse selon laquelle, pour la classe ouvrière, la lutte pour l'indépendance nationale et l'objectif socialiste n'étaient pas séparés mais complémentaires : « il y avait deux étapes d'une seule réorganisation démocratique de la société, chacune impliquant des changements économiques qui était fonction des changements politiques à mettre en avant », comme Desmond Greaves l'a écrit.



Connolly a écrit que « la classe ouvrière est l’héritier incorruptible de la lutte pour la liberté en Irlande. »Ils n'étaient pas les seulshéritiers, mais ils étaient incorruptibles, c'est pourquoi il insistait, puisant dans son étude classique Le mouvement ouvrier dans l'histoire irlandaise, que les éléments des classes moyennes et supérieures flancheraient devant la puissance de l'Empire et la peur des revendications de droits sociaux de la part des masses plébéiennes.



Connolly devait être un précurseur de ce qui devint la position acceptée par toutes les organisations Marxistes en pays coloniaux : que la voie vers le socialisme passait par la libération nationale. Dans la première étape de ce processus, des alliés devaient être recherchés parmi les forces démocratiques afin de raccourcir le chemin. Plus fort serait le contenu ouvrier dans le mouvement national, plus grandes seraient les chances de vaincre l'impérialisme et ses agents autochtones dans la grande bourgeoisie.



La tragédie de la Révolution irlandaise après Connolly se trouvait justement dans le fait que le mouvement ouvrier s'est écarté de sa pensée et a permis à des éléments petit- bourgeois de prendre sa tête. La classe bourgeoise, dans la tradition du home rule, a endigué la rivière de la révolution avec la contre-révolution de l’État libre de 1922-1923. La fête de la réaction contre laquelle Connolly avait mis en garde s'était installée des deux côtés de la frontière.



Faire vivre son héritage

 

 

Connolly a imprégné les deux partis socialistes Irlandais auxquels il était lié – Le Parti républicain socialiste Irlandais et le Parti socialiste d'Irlande – de sa vision Marxiste mondiale. Il n'a pas vécu assez longtemps pour voir ses héritiers logiques fonder le parti communiste, mais ce sont bien ceux qui ont bénéficié de son influence directe qui l'ont créé.



La suite de ses idées s'est reflétée dans ses liens personnels. Capital dans le premier Parmi communiste, des vétérans tels que son propre fils, Roddy, Walter Carpenter et Seán McLaughlin. Ce dernier a été fait commandant par Connolly blessé alors qu'ils essayaient de se rassembler et de faire une percée hors de la rue Moore en 1916. Il a combattu, comme le fit d'autres communistes, dans la guerre Civile du côté des républicains. L'histoire de la vie de Seán McLaughlin a tout du moins été sauvée de l'obscurité par une récente biographie de Charlie McGuire.



La transmission des idées par des liens personnels est un des facteurs essentiels du maintien d'une organisation politique de la classe ouvrière. Un autre est la fidélité aux valeurs centrales et aux stratégies qui ont été mises à l'épreuve des faits et validées tant dans l'arène de la lutte nationale qu'internationale.



Pour que le lien entre les générations se maintienne, il faut que le mouvement se nourrisse de militants, ancrés dans les syndicats et dans l'action ouvrière, et constamment à la recherche d'une auto-formation. Et surtout qu'il étudie et juge les analyses et prévisions des plus grands théoriciens Marxistes, du calibre de Marx, Engels, Gramsci, et bien sûr Connolly.



Donc la vision Marxiste est organique : transmise par les idées et par des gens dévoués à interpréter une philosophie mise à l'épreuve mondialement aux spécificités du cadre national. Elle ne peut pas être créée artificiellement. Sans être sectaire, elle participe et lance des actions communes avec ceux qui veulent véritablement promouvoir des améliorations pour des conquêtes à court-terme ou des changements sociaux radicaux.



Mais, comme Connolly, il est nécessaire de s'engager dans un débat ouvert et dans la critique de ceux dont les idées et les activités constituent un obstacle à la clarté et à des débouchés positifs, que ce soient d'un point de vue d'extrême-gauche, anti-national ou réformiste.



Elle reconnaît que dans un monde et une société nationale en train de changer, ses propres prévisions et stratégies peuvent être soumises à la critique et à l'examen. L’infaillibilité n'existe pas : théories, tactiques et stratégies sont dessinées par des êtres humains faillibles. La critique et les examens mentionnés ci-dessus doivent s'insérer dans une structure ouverte et démocratique qui leur donne une continuité et une durabilité.



C'est la valeur des méthodes scientifiques du Marxisme que Connolly reconnaissait. Il était bon dans l'adoption de slogans précis avec un sens profond, comme quand il écrivait à la tête des journaux ouvriers qu'il produisait, mot d'ordre repris sur le journal du Congrès républicain : « Nous ne pouvons concevoir une Irlande libre avec une classe ouvrière asservie ».

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