umbrellaPlus de 100 000 travailleurs indiens mobilisés par les deux partis communistes pour manifester à New Dehli contre les politiques anti-sociales du Parti du Congrès



Des dizaines de milliers d'Indiens ont participé, jeudi 12 mars, à une marche contre la politique gouvernementale et pour défendre des mesures immédiates favorables aux travailleurs et au peuple. Le 8 avril prochain, les manifestants retourneront dans la rue, dans toutes les capitales de district d'Inde.



La marche, organisée par le Parti Communiste d'Inde (PCI-M), le Parti Communiste d'Inde (PCI), le Bloc « All India Forward » (AIFB), et le Parti Révolutionnaire Socialiste (RSP), est partie de la Place Ram Lila Maidan et a débouché sur un rassemblement devant le parlement national, où s'est concentrée une foule de plus de 100 000 personnes, faisant de cette initiative le plus important mouvement de masse convoqué par les partis de gauche depuis les années 1990.



Sur le parcours, dans le centre-ville de la capitale, New Delhi, les participants ont crié des mots d'ordre contre la politique anti-populaire du gouvernement et la proposition de Budget d'Etat pour 2010, qui la met en œuvre et l'aggrave, et ont exigé des mesures effectives contre la hausse continue des prix des biens essentiels et des combustibles et de promotion de l'emploi. Ils ont défendu la mise en place de réformes qui garantissent la démocratisation de l'accès à la terre (des centaines de milliers d'hectares pourraient être redistribués à des milliers de paysans sans terre), le renforcement et l'universalisation du système public de distribution de denrées alimentaires, et la mise à disposition des près de 50 millions de tonnes de céréales et de légumes stockés, visant à s'attaquer à l'escalade du prix de ces biens, mesure qui, pensent-ils, devra être accompagnée d'actions urgentes contre la spéculation sur leur prix et de la répression contre l'accaparement.



Des données officielles indiquent que, jusqu'à la dernière semaine de Février, l'inflation du prix des combustibles a atteint les 11,38%, et pour les aliments elle s'est élevée, en moyenne, à 17,81%. En l'espace d'un an, des hausses de 20% ont été enregistrées sur certains produits, et d'autres ont même vu doubler leur valeur marchande.



Selon les partis de gauche, 80% des travailleurs et de la population laborieuse ne gagnent pas un revenu quotidien suffisant pour s'assurer l'acquisition d'un panier minimal essentiel à leur survie.



Le choix de la misère



Dans un manifeste de convocation de la manifestation, le PCI (M) explique que c'est le gouvernement lui-même qui admet les augmentations brutales des prix des denrées alimentaires et accuse l'exécutif de l'Alliance Progressiste Unie, menée par le Parti du Congrès et par le premier ministre Manmohan Singh, d'être responsable de la situation.



L'année dernière, on payait entre 12 et 14 roupies le kilo les importateurs de blé, tandis que les producteurs Indiens étaient payés un montant jamais supérieur à 9,5 roupies pour la même quantité, ce qui illustre bien une situation dans laquelle le seul objectif est d'assurer un profit maximal aux grandes entreprises.



Le gouvernement a agi de la même façon pour ce qui concerne la production et la commercialisation du sucre, continue le PCI (M): « Il y a un, devant des récoltes excédentaires, les producteurs de canne-à-sucre n'ont pas obtenu un prix juste pour leur produit. Beaucoup ont préféré brûler les plantations. Le gouvernement aurait dû faire un stock raisonnable du produit, mais, au contraire, elle a non seulement permis aux grandes entreprises d'exporter le sucre acheté auprès des agriculteurs indiens, mais il les a payé pour les inciter à le faire. Dans ce contexte, en 2009, les agriculteurs n'ont pas misé sur la culture de la canne-à-sucre menant à la situation actuelle de pénurie et d'augmentation conséquente des prix pour les consommateurs. En réaction, le gouvernement a permis aux grandes entreprises l'importation du sucre et les a même exonérés de taxes sur cette opération. En un an, 33 entreprises ont augmenté leurs profits respectifs de 2900%, tandis que le peuple paie 40 roupies pour un kilo de sucre. »



A cela, s'ajoutent d'autres politiques gouvernementales anti-populaires en matière alimentaire, comme l'autorisation de la spéculation (contrats à terme) sur les prix des biens et la fixation du seuil de pauvreté à 11 roupies par jour dans les zones rurales Indiennes, ce qui, en pratique, refuse à des millions d'Indiens pauvres l'accès au système public de distribution alimentaire.



« Dans les cinq dernières années, on a diminué de 75% les quantités de riz et de blé dirigés vers les programmes Étatiques de distribution alimentaire », rappelle le PCI (M)



Une politique de l'emploi qui alimente le chômage



Pour ce qui est de la politique de l'emploi, le PCI (M) souligne que, dans les zones rurales, la loi qui garantit un emploi pour un minimum de 100 jours n'est tout simplement pas respectée puisque ceux qui travaillent en vertu de cette norme reçoivent moins que le salaire minimum national, à cause d'exigences de productivité inatteignables. Dans les zones urbaines, l'absence d'une loi de cette nature laisse à la porte des entreprises une immense armée de réserve que le Capital utilise pour faire pression sur les travailleurs au chômage et augmenter l'exploitation.



Dans tout le pays, la crise capitaliste a aggravé le problème du chômage. « Entre 2008 et 2009, 1 million 100 000 travailleurs ont perdu leur emploi. Entre 2009 et 2010, ce sont 1 million 300 000 travailleurs qui ont connu le même sort. Mais qu'a fait le gouvernement? Il a donné de l'argent aux entreprises et n'a imposé aucune condition concernant le maintien des emplois », accusent les communistes.



Le prétexte du déficit, comme ailleurs



Pour justifier le fait d'imposer, dans le Budget de l'Etat pour 2010, des mesures qui frappent les couches laborieuses indiennes on utilise, comme dans d'autres pays, l'équilibre des comptes publics et la diminution du déficit de l'État.



Une des mesures les plus impopulaires est l'augmentation des taxes sur le carburant. La taxe sur l'importation de pétrole (70% du total du pétrole consommé dans le pays vient de l'extérieur) augmente de 2,5 à 7,5%, et les taxes directes sur l'essence et le gazole augmente d'un roupie par litre. La mesure aura un fort impact sur l'augmentation générale du prix des biens, et, par conséquent, sur le budget déjà misérable de l'extrême majorité des familles indiennes.



Il faut ajouter, encore, dans le domaine des politiques énergétiques, que le gouvernement prévoit de réduire les aides sur le prix du gaz et du kérosène, des carburants utilisés par les familles dans la préparation de la nourriture.



Dans le même temps, l'exécutif prévoit des coupes dans les dépenses pour l'éducation obligatoire et pour le programme de distribution publique de nourriture, de faire stagner l'investissement public dans l'irrigation et le développement rural et de diminuer les aides à l'achat des engrais, en même temps qu'il libéralise les prix de sa vente dans le commerce au détail. Cette dernière mesure aura un fort impact chez les petits producteurs, qui paient déjà plus de 10% pour l'urée, un des engrais les plus utilisés dans le pays.



D'autre part, le gouvernement prévoit une baisse importante des dépenses d'investissement dans le secteur des entreprises publiques, en préparant leur privatisation, ouvre la porte à une plus grande libéralisation du secteur financier et, parallèlement, il coupe, en termes réels, dans les transferts aux gouvernements locaux.



Les mains larges, mais seulement pour le grand capital. Dans le même temps qu'il écrase la petite production et crée de meilleures conditions pour la reproduction du capital à travers l'augmentation de l'exploitation sur les travailleurs et la dérégulation du prix des biens essentiels, le gouvernement indien a réduit la taxe sur les investissements de 10 à 7,5% et augmente le plafond des IDE autorisés dans des secteurs-clés de l'économie.



Ici, la préoccupation envers le déficit des comptes publics ne se fait plus sentir, quand, à cause de telles mesures, on prévoit dans le Budget une perte de recettes fiscales équivalente à trois fois les recettes engrangées avec l'augmentation de la taxe sur le carburant.



Ce n'est pas un hasard si la Fédération des Chambres de Commerce et de l'Industrie d'Inde et la Confédération de l'Industrie Indienne ont qualifié le projet pour cette année de « très responsable » et considèrent que la « croissance va se poursuivre. »



Numéro 1894, du 18 mars, d'Avante, hebdomdaire du PC Portugais

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