Le president Obama et Dilma Rousseff-253f4Les premiers mois de Dilma confirment que le gouvernement de brésilien est au service du capital

 

 

Les révoltes ouvrières dans les chantiers du PAC (Programme accéléré de croissance) indiquent la voie de la lutte

 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

par Ricardo Costa, du Comité Central du PCB

 

Les premiers mois du gouvernement Dilma ne font que démontrer la justesse de la ligne proposée par le PCB pour le second tour des élections présidentielles de 2010: après la défaite de Serra dans les urnes, il faudrait organiser et mobiliser les travailleurs brésiliens pour vaincre Dilma dans la rue.

Dilma a adopté le slogan « Un pays riche est un pays sans misère », projetant l’éradication de la misère comme objectif principal de son gouvernement. Il est clair qu'il s'agit d'un simple tour de propagande, puisque la politique économique mise en place, conservant les bases fixées par Lula, favorise ouvertement les activités de l'industrie agro-alimentaire, des grandes industries et des banques, visant à continuer la politique d'intégration de l'économie brésilienne à l'ordre capitaliste-impérialiste mondial. Bien qu'elle-même subordonnée, cette intégration se produit de façon complexe et dynamique, avec le pays jouant également un rôle d'exportateur de capitaux, au moins dans le cadre de l'Amérique latine et d'autres régions périphériques au centre du capitalisme. Sans l'aide providentielle de l'Etat brésilien, principalement à travers la BNDES, il n'aurait pas été possible de faire monter un capitalisme national dont la bourgeoisie noue des liens de plus en plus étroits avec les entreprises multi-nationales.

Au vu de ce que met en avant Dilma dans ses premiers actes, la politique visant à répondre prioritairement aux volontés et aux besoins du Dieu Marché poursuivra son cours. Le choix d'un salaire minimum à 545 Reais (soit 250 euros), pratiquement 0% d'augmentation en termes réels, révèle une fois de plus la force du capital financier dans la définition des orientations de l'économie brésilienne. Sous l'argumentaire de la lutte contre le « retour de l'inflation » et le déséquilibre des comptes publics, la mesure, associée à l'annonce de coupes budgétaires de 50 milliards de Reais (21 milliards d'euros), touchant comme toujours les dépenses sociales, et l'augmentation des taux d'intérêts, cherche à faire porter par les travailleurs tout le poids des effets résultats de l'action dérégulée du capital national et international.

Il suffit de dire, par exemple, que la plus récente hausse des prix fut provoquée fondamentalement par la pression du marché mondial des produits alimentaires, contrôlé par des oligopoles trans-nationaux. Le modèle agraire brésilien, centré sur la promotion de l'industrie agro-alimentaire, fait du Brésil un des plus grands importateurs de pesticides au monde et un pays totalement dépendant des marchés extérieurs.

Contrairement à ce que certains experts de gauche affirment, il n'y a pas eu de revirement dans les politiques mises en œuvre par rapport à Lula, comme si Dilma était revenu à des « pratiques néo-libérales » qui auraient été abandonnées par Lula. Ni l'un ni l'autre. Lula s'est inscrit dans la continuité de la politique macro-économique de l'ère Cardoso, mettant juste en œuvre des politiques compensatoires plus agressives. Dilma suit la feuille de route tracée par Lula, à la différence qu'elle va mettre le pied sur le frein pour ce qui est des dépenses sociales. Mais cela n'est aucunement une nouveauté : Lula a fait la même chose en 2003, en mettant un frein au Plan de croissance, pour faire rentrer de l'argent dans les caisses et ensuite ouvrir le coffre-fort dans les dernières années de son mandat.

Si l'économie brésilienne a cru à un taux record de 7,5% en 2010, comme annoncé par l'IGBE, élevant le pays à la place de septième économie mondiale, les inégalités sociales se sont approfondies, comme cela ne pouvait pas ne pas arriver dans une nation où les rapports capitalistes sont devenus dominants dans tous les secteurs de la vie économique et sociale. Pour cette raison, le Brésil occupe la 70ème position dans le classement mondial de l'IDH (Indice de développement humain).

C'est un fait que de nouvelles attaques vont porter sur les droits de travailleurs. Le gouvernement de Dilma est presque une répétition du cabinet de Lula, maintenant les querelles de place entre les partis alliés, avec une représentation importante pour le PT et le PMDB et, secondairement, pour les PCdoB, PDT, PSB et PP. Il n'y aura pas de changement, donc, par rapport à la tendance à la privatisation des services publics, comme la Santé, la Sécurité sociale et l'Education. Révélateur de la primauté des intérêts du marché sur les intérêts publics, la suspension des concours publics pour l'embauche de nouveaux fonctionnaires et le délai dans la nomination de 40 000 fonctionnaires déjà sélectionnés. En outre, les coupes budgétaires annoncées touchent directement les programmes dans les domaines de l'environnement et du logement, justement au moment où les fortes pluies ont provoqué des catastrophes de grande ampleur, coûtant la vie à des centaines de personnes et laissant des milliers d'autres sans-abris dans plusieurs régions du pays, mettant en évidence la tragédie de l'occupation illégale des sols, du manque de planification et de l'absence totale de participation populaire dans les villes.

Dans le secteur pétrolier, l'éternel ministre Edison Lobão (du PMDB du Maranhão), carpette de Sarney [président du parti centriste PMDB, principal partie allié de Lula et Dilma, à la tête d'un système local et national féodal et clientéliste], a déjà annoncé la reprise des ventes aux enchères pour les champs de pétrole et les zones d'exploitation pré-sel, confirmant la politique de dilapidation des ressources naturelles brésiliennes, au moment où le président Barack Obaam des États-Unis réaffirme au monde entier son intention de récupérer la primauté des intérêts de l'empire états-unien et de ses entreprises sur le marché mondial, mettant à l'épreuve ces intentions en donnant l'ordre de bombarder la Libye alors qu'il se trouvait en visite au Brésil.

Pour ce qui est de la politique étrangère, le gouvernement Dilma se révèle plus cohérent que Lula dans sa disposition à favoriser le processus d'expansion du capitalisme monopoliste brésilien en Amérique latine, dont est symptomatique l'attitude claire faisant à nouveau des relations avec les États-Unis une priorité, au détriment des échanges privilégiés, également marqués par les intérêts des grands capitalistes brésiliens, avec les gouvernements de la région plus préoccupés par la réponse aux exigences sociales de leurs peuples. La décision du président de la Cour suprême fédérale, Antônio Cezar Peluso, non contestée par Dilma, de refuser de libérer Cesare Battisti après la décision de non-extradition du militant révolutionnaire italien, démontre avec précision la tendance plus conservatrice de gouvernement. Il maintient encore, sans aucune indication que cette politique pourrait être modifiée, la présence des troupes brésiliennes à Haïti.

Montent, pourtant, les contestations de la classe ouvrière en cette année 2011. La recrudescence de la crise internationale du capitalisme rencontrera au Brésil un gouvernement plus disposé à ouvrir le robinet du crédit pour augmenter la consommation (en vérité, une politique d'endettement croissante de la population et de cooptation des classes populaires avec l'illusoire sensation que leurs conditions de vie s'améliorent).

Les premiers mois du gouvernement Dilma démontrèrent également l'insatisfaction croissante de divers groupes sociaux. Les manifestations d'étudiants et de travailleurs en colère contre la hausse des prix des trajets de bus dans plusieurs villes du Brésil, où la violence policière s'est toujours fait sentir, reflètent l'indignation de la population urbaine vis-à-vis des services de transport de très mauvaise qualité et de plus en plus chers, contrôlés par les cartels et les oligopoles des transports. Des forums populaires dans tout le pays débattent de la situation de la santé publique et organisent des mobilisations contre le processus de privatisation, des initiatives qui s'étendent au domaine de l'éducation, impliquant syndicats de professeurs et représentants des élèves, parents et fonctionnaires.

Les travailleurs du bâtiment réagissent aux conditions abjectes de sur-exploitation et de semi-esclavage imposées par les patrons – multi-nationales comme l'Odebrecht, OAS, Camargo Corrêa, Queiroz Galvão, Mendes Júnior et autres – sur les chantiers du PAC, Plan d'accélération du capitalisme, un des plus grands programmes de transfert de fonds publics dans les poches du grand capital (21 chantiers avec des dépenses estimées de plus de 45 milliards d'euros, depuis le début du programme, en 2008). Les travailleurs partent en lutte contre les salaires de misère, et le non-paiement des heures supplémentaires, les conditions de travail excécrables et la répression de la part des vigiles et des forces de police locales, véritable bras armé au service des capitalistes.

Plus de 80 000 travailleurs ont déjà cessé le travail dans les chantiers du Nord, Nord-Est et Centre-ouest du pays : l'usine de Jirau (Rondônia), où des logements, 50 bus, des véhicules et des bureaux de l'entreprise furent incendiés par la masse en révolte ; le barrage hydro-électrique de Santo Antonio (également sur le fleuve Madeira, en Rondônia); le barrage hydro-électrique São Domingos (Mato Grosso do Sul), où les travailleurs ont également mis le feu aux logements ; le Complexe du Suape, réunissant la Raffinerie Abreu e Lima et un complexe pétro-chimique (Pernambuco), où 30 000 ouvriers se sont mis en grève ; le complexe thermo-électrique de Pecém (Ceará), avec 6 000 travailleurs qui ont arrêté le travail; le Pont sur le fleuve Madeira (Rondônia), avec 300 grévistes. En outre, dans plusieurs régions, le Programme « Ma maison, ma vie » est paralysé par près de 7 000 ouvriers du bâtiments refusant de travailler dans les conditions imposées.

Les centrales syndicales gouvernementales furent appelées pour contenir la colère des travailleurs, puisque la peur du gouvernement, et du vice-président Gilberto Carvalho comme médiateur du conflit, est l'explosion de révoltes se répandant à l'ensemble des chantiers du PAC, qui emploient près d'un million d'ouvriers. Si la flamme de l'incendie entamé à l'Usine de Jirau ne s'éteint pas, cela peut signifier une crise sans précédents pour un gouvernement qui voulait transformer le Brésil en un grand UPP (Unité de police pacificatrice) et garantir la « paix sociale » nécessaire au plein développement du capitalisme monopoliste.

Pour le PCB, il est temps de réaliser un bond qualitatif dans la recherche de l'unité des mouvements populaires, des forces de gauche et des entités représentatives des travailleurs, vers la formation d'un bloc prolétarien capable d'opposer à l'hégémonie bourgeoise une réelle alternative de pouvoir populaire dans notre pays. La création d'un Front anti-capitaliste et anti-impérialiste, avec en vue la constitution d'un puissant système d'alliances capable de donner sa chance et leur parole aux producteurs de richesse, est une des voies dans la lutte contre les diktats du capital et pour la construction de la société socialiste dans notre pays.

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