Cher Paolo, pourquoi t'opposes-tu à l'unité des communistes?



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



De Fosco Giannini, membre de la direction nationale du Parti de la Refondation Communiste (PRC)



dans Liberazione, journal du PRC, le 16 octobre 2009



Lettre ouverte au camarade Ferrero (secrétaire-général du PRC)



Cher camarade, je pense qu'il est temps de te poser une question:



pourquoi rejettes-tu la proposition, lancée par le PdCI – mais désormais reprise par une bonne partie des cadres et de la base du PRC, de la diaspora et de l'électorat communiste – d'unir les deux petits partis communistes italiens?



Ce n'est pas une question rhétorique, un artifice: c'est toute cette mouvance, désormais très dispersée (également en dehors des deux partis communistes) qui réclame l'unité, qui ne supporte plus de voir les communistes s'entre-tuer, se diviser, qui pose cette question. C'est une vraie question: ils voudraient tout savoir les raisons de fond (politiques, théoriques, tactiques, stratégiques, quelles qu'elles soient) qui te poussent à dire non.



Je te pose la question en ces termes puisque jamais, en réalité, ni toi en tant que secrétaire ni le groupe dirigeant du Prc n'avait formulé de réponse claire à ce sujet, qui puisse apporter une justification sérieuse à ce non. Et je crois que cette manière d'éluder le problème est aussi une marque d'irrespect pour ceux qui ont mis en avant cette proposition et qui s'appuient aujourd'hui sur un large sens commun communiste qui veut l'unité et qui est prête à la mettre en pratique. En ce sens que s'il existe des raisons profondes qui expliquent ce non, il est légitime que notre base les connaisse et puisse y réfléchir de manière autonome.



Il convient de rappeler que personne – parmi ceux qui mettent en avant l'idée d'unité des communistes – ne pense à des « fusions à froid », à la simple agrégation de groupes dirigeants, à des constructions unitaires de circonstance. Tout le monde pense à un processus unitaire (on entend ici processus politique et non historique); on pense à un travail de refléxion et de redéfinition politico-théorique commun, comme base préalable à l'unité. Dans l'appel pour l'unité des communistes du 17 avril 2008, dans le texte du dernier Congrès National du PdCI, dans le texte présenté par l'Ernesto à notre dernier Congrès, on parle clairement d'un projet d'unité qui repose sur l'auto-critique des efforts faits par le PRC et le PdCI et du fait qu'une telle unité ne peut voir le jour que sur le terrain des luttes sociales vécues en commun et par le biais de la redéfinition commune d'une plate-forme politique et théorique, approfondie et en phase avec notre temps. Ce n'est qu'ainsi que peut se concevoir le projet unitaire et pourquoi – donc – un communiste ne trouverait pas cela intéressant? C'est une question de bon sens, c'est facile à comprendre, à ressentir et à organiser. L'unité des communistes dans un seul parti de lutte qui soit le point de repère autonome de l'ensemble de la gauche anti-capitaliste – aujourd'hui la Fédération – susciterait un nouvel enthousiasme, tant parmi les militants unitaires que parmi les camarades aujourd'hui sans carte.



Pourquoi, donc, s'obstiner dans ce refus?



Tu le sais très bien – la dure réalité italienne est sous nos yeux – que nous sommes confrontés à un régime réactionnaire de masse, que la situation est très difficile pour les travailleurs, les précaires, les femmes, les immigrés, que la gauche est en grande difficulté, que les lendemains qui chantent sont encore loin, que désormais les communistes sont en danger de mort. Et c'est aussi en partant de ce dernier élément – par exemple – que la proposition d'arriver à un seul parti communiste avec un objectif commun de 100 000 adhérents (avec des sièges uniques, un seul journal, des commissions de travail uniques, choses importantes au vu de nos difficultés économiques) apparaît tout simplement comme une question de bon sens et, donc, est entendue attentivement et fortement désirée par un nombre croissant de camarades.



Pourquoi ce refus, alors? Tu ne trouve pas qu'il serait juste que nos camarades – depuis tout ce temps – en connaissent enfin les raisons?



Je peux t'aider? Il me semble que la partie de notre groupe dirigeant qui est opposée à l'unité raisonne plus ou moins comme cela: « le PRC a enclenché un processus d'innovations profondes, politiques et théoriques, et le PdCI ne l'a pas fait ». Prenons au sérieux cet argument: en quoi consiste nos innovations? A-t-elle été une innovation l'abandon, de notre part, du concept d'impérialisme? Cela a été vraiment une innovation le choix bertinottien de confier complètement le rôle « d'intellectuel collectif » (centrale dans la pensée gramscienne) au spontanéisme des mouvements? Cela a été une innovation positive d'avoir affirmé (Bertinotti et Gianni) que « les dirigeants et les intellectuels communistes du XXème siècle sont tous morts et pas seulement physiquement »? A-t-on jamais fait une analyse profonde, critique mais pas liquidatrice, de l'histoire du mouvement communiste, ou une lecture sérieuse des nouvelles contradictions de classe en Italie, des nouveaux processus de production? Non, jamais. Le leadership – monarchique et médiatique – de Bertinotti et de son groupe dirigeant sur tout le parti a-t-il été novateur? A-t-il été à l'origine d'une nouvelle forme de parti, démocratique, unitaire? Nous pouvons dire que les liens étroits avec les mouvements ont été assurément novateurs: mais pourquoi devrions-nous penser que cette leçon ne puisse pas être tirée par d'autres camarades?



En fait, si le groupe dirigeant du PRC croit avoir résolu le problème de la refondation communiste et être en possession des nouvelles Thèses de Lyon et, en vertu de cela, rejette l'unité avec les communistes monolithiques que seraient ceux du PdCI, je crois que nous nous berçons d'illusions, en ce sens que ce que l'on peut constater concrètement c'est que – à la place de la refondation – le bertinottisme nous a emmené au bord de la liquidation communiste.



Si la question que l'on veut poser, au contraire, est celle des orientations institutionnelles du PdCI il est clair que – après notre Congrès de Venise, le gouvernement Prodi et la centaine d'expériences de subordination dans les collectivités locales [au Parti Démocrate] – nous devrions de manière plus honnête dire que le problème (à surmonter) de ces orientations est désormais celui de tout le mouvement communiste italien – aussi petit et divisé soit-il.



La question tourne-t-elle encore autour de la scission de 98? D'accord, pour beaucoup elle est encore douloureuse. Toutefois, après onze ans et avec un régime de droite qui a rendu exsangue la « classe ouvrière » et notre pays, ne serait-il pas mieux de redistribuer les cartes et de voir si la proposition unitaire est sincère, faisable, si le projet unitaire même – face à la souffrance sociale généralisée – n'est pas plus important que les querelles du passé?



Cela a fait partie de ton argumentaire, Paolo, qui a fait mouche ces derniers temps: l'unité des communistes serait impossible mettre en œuvrere car – réunissant des éléments différents – elle emmènerait à de nouvelles scissions.



Je trouve que cet argumentaire est faible, de caractère spécieux et même un peu paradoxal, dans le sens que – en en suivant le fil – pour ne pas risquer une scission éventuelle demain, on confirmerait une scission profonde aujourd'hui. Et en cela on ne considère pas plusieurs éléments; premièrement, le PdCI n'est pas un bloc de granit, mais une organisation faite d'hommes et de femmes en chair et en os, de camarades soumis eux aussi aux mutations sociales et politiques, et aujourd'hui nous ne sommes plus face au premier PdCI cossuttien, mais face à une formation en pleine évolution et traversée par un fort élan unitaire, qu'il faut connaître et non rejeter en fonction de nos préjugés; deuxièmement, la thèse des diversités qui ne pourraient pas se réunifier vaudrait – alors – aussi pour le PRC, où persiste une diversité profonde entre les différentes tendances communistes. En réalité, ce dont on ne veut pas prendre acte ici c'est que, le projet de refondation communiste ayant échoué – comme base préalable à un dépassement et à une unité construite construite par la base et non bureaucratique des différentes « écoles » communistes – ce qu'il faut faire maintenant c'est repartir de l'esprit originel qui nous a uni après la Bolognina: une unité consciente de ceux qui ont l'objectif de parvenir à une synthèse par le haut des différences à travers une ligne politique d''unité dans les luttes et de recherche politique et théorique anti-dogmatique, ouverte, profonde – également étalée dans le temps, mais sérieuse – et orientée vers la construction d'un parti communiste doté d'une praxis et d'une pensée de la révolution en Occident (que personne, aujourd'hui, n'a réellement fait sienne).



Tu ne trouves pas que c'est plus rationnel, camarade Ferrero, voire plus passionnant, de tenter de reconstruire, à travers l'unité et à travers les dures leçons de l'histoire que nous avons tous vécu avec ce processus unitaire qui nous a tant enthousiasmé après la Bolognina? Nous sommes convaincus que cette voie est possible: les militants et les dirigeants du PRC et du PdCI et tant de camarades aujourd'hui sans carte s'inscrivent dans cette perspective et attendent avec impatience.



Site de l'Ernesto: http://www.lernesto.it/

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