PCV psuvLa socialisation de l'économie et la nouvelle bourgeoisie



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net



de Fernando Arribas García, directeur de l'Institut d'études politiques et sociales Bolivar-Marx (Caracas)



Toutes les définitions sérieuses du socialisme, indépendamment des différences qu'il peut y avoir entre elles quant aux caractéristiques et aux modes d'organisation et de fonctionnement de la nouvelle société, se rejoignent en soulignant le trait principal du processus de construction du socialisme qui est la socialisation croissante des moyens fondamentaux de production des biens et des services.



Il y a accord sur le fait que cela rend nécessaire l'élimination progressive de la propriété privée de ces moyens de production, afin de libérer le travailleur des conditions objectives dont découlent l'exploitation et l'aliénation, et de libérer en même temps les forces productives de la société des entraves que lui impose l'ordre capitaliste et qui les empêchent d'atteindre une expansion maximale.



L'expérience historique a démontré que le problème de la construction du socialisme est plus complexe que la simple élimination de la propriété privée de la base économique de la société.



Il est devenu évident que la socialisation de l'économie, en soi, ne garantit pas la construction et le développement durable du socialisme. Mais il n'y a aucun doute quant au fait que cette socialisation est le préalable objectif inéluctable de tout processus de construction socialiste.



Il est aussi indubitable que la persistance du régime de propriété privée des moyens fondamentaux de production garantit la persistance de l'exploitation et, donc, du capitalisme.



Par conséquent, elle est toujours la première question à prendre en compte dans n'importe quelle définition du socialisme, et la première tâche à résoudre dans le processus de construction de cette nouvelle société.



En vertu de ce qui a été dit auparavant, une société est plus proche d'établir les prémisses matériels pour la construction du socialisme dans la mesure où elle fait avancer le processus de socialisation des moyens fondamentaux de production de biens et des services.



Nous pouvons mesurer objectivement l'avancée ou le retard relatif d'une société donnée à cet égard, en observant les niveaux de socialisation et/ou de privatisation de l'économie.



Pour cela, il faut observer l'évolution de la composition du Produit Intérieur Brut (PIB) de la société en question, et déterminer trimestre après trimestre et année après année quel pourcentage du PIB total du pays est produit par le secteur privé et quel pourcentage par le secteur public.



Cela nous permettra d'établir le poids spécifique de chaque secteur dans la production totale de l'économie national à chaque moment, et aussi de déterminer la tendance historique qui se manifeste dans le pays.



Dans une société qui vit effectivement un processus révolutionnaire de transformation de son économie, c'est-à-dire, qui subit une transformation plus ou moins rapide et profonde de sa structure économique, de tels pourcentages et une telle tendance historique démontreront des changements brusques et importants.



Ainsi c'est ce qui s'est passé, par exemple, en Chine: en 1952, le secteur d'Etat contribuait seulement pour 19,1% du PIB et le secteur privé contribuait pour 78,7%; mais en 1957, le secteur d'Etat contribuait à hauteur de 33,2% du PIB, les secteur coopératifs et communaux pour 64%, et le secteur privé seulement 2,8%.



Autres exemples: en Yougoslavie, avec un modèle de construction du socialisme très différent de celui chinois, le poids spécifique du secteur privé est tombé de 58,2% en 1947, à 28,3% en 1956, et à seulement 20,4% en 1964.



Et quelque de chose de similaire s'est déroulé également dans le cas du Chili, malgré les énormes différences historiques, culturelles et politiques qui existent entre le pays sud-américain et les exemples précédents: le poids du secteur privé dans le PIB non-agricole a chuté de plus de 85% en 1970 à 61% après seulement trois ans de gouvernement d'Allende et l'Unité populaire.



Il est clair que, indépendamment du modèle de socialisme que l'on cherche à construire, et des différentes voies qui sont empruntées dans ce processus, dans tous les cas cela emmène à une diminution plus ou moins rapide et soutenue de la contribution privée au total de la production nationale, et à une croissance également rapide et soutenue de l'apport des formes économiques socialisées



Le cas vénézuelien



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Voyons ce qui s'est passé au Vénézuela dans les 16 dernières années. Le graphique annexe montre l'évolution de la participation en pourcentage du secteur privé dans la composition du PIB national, trimestre par trimestre depuis 1994, c'est-à-dire, depuis le dernier quinquennat de la « IVème République ».



Les calculs ont été effectués à partir de chiffres empruntés à la Banque centrale du Vénézuela (www.bcv.org.ve).



Ce graphique indique que, à la différence des pays dans lesquels ont eu lieu effectivement des transformations révolutionnaires de l'économie en vue du socialisme, au Vénézuela il ne s'est pas produit jusqu'à maintenant une réduction importante et soutenue du secteur privé.



En fait, le poids spécifique de cette secteur n'a pas fait que stagner depuis le début du gouvernement du président Chavez (premier trimestre 1999, quand il atteignait 65% du PIB total), mais qu'il a eu tendance à croître et qu'il a atteint ses maximums historiques après huit années de processus bolivarien (72,4% au second trimestre 2007), dans des moments dans lesquels le pays vivait une période de prospérité relative.



Il est certain qu'à partir de 2008, il y a eu une diminution de cette valeur, d'une part comme résultat de l'acquisition par l'État de la place d'actionnaire majoritaire dans certaines entreprises qui appartenaient jusqu'alors au secteur privé (CANTV, Electricité de Caracas, BANVENEZ, SIDOR, CEMEX, certains sous-traitants et exploitants pétroliers etc.), et d'autre part comme conséquence de la chute de l'activité privée découlant de la crise économique mondiale.



Mais cela n'a pas évité que, au premier trimestre 2010, le poids spécifique du secteur privé (65,9%) ait été encore plus important qu'au début du processus bolivarien et même plus important que le minimum historique atteint dans les dernières années de la « IVème République » (59,7% au second trimestre 1996). Et cela n'a pas non plus modifié de manière significative la tendance générale à la consolidation de l'emprise du privé sur 2/3 du total de l'économie nationale.



Dans l'ensemble, l'économie vénézuelienne continue à être aujourd'hui essentiellement privée, et même plus privée qu'avant le début du gouvernement bolivarien.



Cette tendance à la consolidation quantitative du secteur privé pourrait être l'expression objective de l'apparition et du renforcement d'une « nouvelle bourgeoisie » qui a émergé dans l'ombre du gouvernement bolivarien, et qui en est venue à occuper certaines activités économiques que la « vieille bourgeoisie » a dû abandonner totalement ou partiellement comme résultat de l'action du gouvernement depuis 1999.



La somme totale des reculs subis par la fraction historiquement établie de la classe bourgeoise, plus les avancées obtenues par la fraction émergente de la même classe, laisse au secteur public dans son ensemble approximativement à un point similaire auquel il se trouvait il y a 11 ans, et en recul par rapport à la situation d'il y a 14 ans. En d'autres termes, il y a eu une redistribution des postes, et de leurs poids relatif, entre deux fractions différentes de la même classe bourgeoisie,



Ce transfert partiel du poids spécifique qu'avait l'entrepreneuriat privé qui dominait la « IVème République », non au peuple vénézuelien ni à l'État, mais au nouvel entrepreneuriat privé qui de plus en plus domine la « Vème République », paraît être conforme à la composition de classe du camp bolivarien et au rapport de forces existant en son sein.



Enfin, après tout, le processus actuel dominant la vie politique vénézuelienne, impulsé par une large alliance de classes et de forces qui comprend des secteurs émergents et non-monopolistiques de la bourgeoisie, a un caractère anti-impérialiste, anti-monopoliste et de libération nationale, mais ce n'est pas nécessairement porteur d'une perspective authentiquement socialiste.



Traduit depuis un article publié dans le numéro 178 du Tribuna Popular, organe du PC Vénézuelien



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