Lutte des travailleurs de Saint-Gobain au Portugal:

 

Mettre en échec la délocalisation par la nationalisation


La Covina ne peut pas fermer!



Numéro 1873 du 22 octobre 2009 d'Avante hebdomadaire du PC Portugais



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



En lutte pour le maintien de l'entreprise et des postes de travail, les travailleurs de Saint-Gobain (ex-Covina) au chômage technique depuis le 1er mai, ont organisé une action de protestation, le 16 octobre dernier, et monté un barrage sur la Nationale 10.



Après avoir obtenu des aides conséquentes de la part du gouvernement, Saint-Gobain cherche désormais à délocaliser la production et à licencier la quasi totalité des travailleurs de l'entreprise, détruisant une partie importante de la production nationale, puisque l'usine de Saint-Gobain est la seule à produire des vitrages dans le pays, comme l'a rappelé à Avante! le dirigeant du Syndicat des Travailleurs de l'Industrie du Verre, Rui Braga.



Rassemblés dans la soirée le long de la Nationale 10, devant l'usine de Santa Iria da Azoia, les travailleurs ont pu compter sur la présence et la solidarité de délégués syndicaux et de dirigeants de la CGTP-IN, de la Commission des Retraités de la Covina et d'élus municipaux, locaux et nationaux du PCP.



Conscients du sens de l'action, avec le déploiement de banderoles et d'affiches où on pouvait lire, « Fin de la Covina, non! Oui aux vitres fabriquées au Portugal! », de nombreux automobilistes ont klaxonné avec bienveillance, manifestant par ailleurs leur compréhension des enjeux et leur soutien à la lutte.



A 20 heures pile, l'action s'est étendue à l'ensemble de la route avec une occupation des deux voies pendant 15 minutes, un « barrage symbolique » qui visait à faire étalage de la détermination des travailleurs et de leurs syndicats à poursuivre la lutte pour la défense du maintien de la production et, par conséquent, de l'appareil productif national.



Les travailleurs mis au chômage technique pour casser la lutte



« Cela fait depuis janvier que nous mettons en garde le Gouvernement contre les intentions de la multinationale de délocaliser la production, et nous estimons toujours que l'entreprise a décidé de mettre les travailleurs au chômage technique pour les “endormir” et préparer le terrain pour le plan de “restructuration” », a souligné Rui Braga.



75 des 125 travailleurs de l'usine sont désormais au chômage technique, et ce depuis le 1er mai.



Regrettant la passivité du Gouvernement face aux intentions de la multinationale, malgré les luttes et les mises en garde des travailleurs et de leurs organisations représentatives, le dirigeant de la CGTP-IN a rappelé que Saint-Gobain n'a désormais plus que 125 travailleurs sous contrat quand, il y a seulement un an et demi, elle en embauchait 300. Avec le plan de restructuration, la multinationale cherche à réduire encore plus le personnel employé pour en fait passer à la simple utilisation des locaux comme lieux de stockage, abandonnant ainsi la production de vitres.



« Nous voulons que le Gouvernement prenne des mesures qui mettent en échec ces projets et qui défendent activement les intérêts des travailleurs et de la production », a souligné Rui Braga, rappelant que la Covina est un cas unique au Portugal, qu'elle a de longues années derrière elle et qu'elle a été rachetée par la multinationale française il y a deux ans.



En 2008, le Groupe Saint-Gobain a réalisé 1, 9 milliards d'euros de profits.



Aides publiques sans contre-partie



L'unique entreprise nationale productrice de verre plat a reçu, au début de l'année, 48 millions d'euros d'aides publiques, sans contre-partie, avec l'objectif annoncé de construire un nouveau haut-fourneau et d'augmenter la production. Mais, après avoir engrangé ces aides, elle a suspendu le travail et a mis les employés au chômage technique qu'elle cherche à prolonger jusqu'à la fin Octobre, qu'elle justifiait à l'origine par la nécessité de réparer le haut-fourneau de l'usine. Pour le syndicat, la suspension de travail a pour but de « licencier tout en faisant payer la facture à la Sécurité Sociale ».



La veille de l'action du 16 octobre, une délégation de travailleurs a été reçue par le ministre de l'économie, et n'a obtenu ni réponse ni garantie. La rencontre fut précédée par une action, sur la place Largo de Camoes (à Lisbonne), un jour après que la direction ait révélé que l'arrêt du fonctionnement du haut-fourneau était prolongé et qu'elle supprimerait 50 postes de travail. La situation a obligé les travailleurs à convoquer une réunion exceptionnelle où ils ont décidé d'organiser l'action de vendredi dernier.



Le 8, les travailleurs avaient déjà organisé un premier rassemblement, devant le siège de l'entreprise, lors duquel ils exigeaient des éclaircissements sur l'avenir de l'ancienne Covina.



Lundi dernier, les travailleurs ont participé à un rassemblement, près de la résidence officielle du premier ministre, et prévu des réunions avec les différents groupes parlementaires.



Revendiquer la nationalisation



Des dirigeants et des délégués d'une dizaine de syndicats et de la direction de la CGTP-IN, des élus locaux, des travailleurs retraités de la Covina et des responsables d'organisations locales du PCP et du Groupe Parlementaire communiste ont répondu présents et ont affirmé leur solidarité avec les travailleurs en lutte.



Pendant l'action, ont été lues les appels de solidarité de plusieurs organisations syndicales.



Dans un appel fraternel à la lutte, rendu public le 19, l'exécutif du Comité Régional de Lisbonne du PCP [Direcção da Organização Regional de Lisboa] a estimé que cette situation était « un véritable crime contre le Pays, sa capacité productive et son indépendance économique », insistant sur le fait que la nationalisation de Saint-Gobain remettrait l'ancienne Covina au service de l'économie nationale.



Le Comité Départemental du PCP [Comissão de Freguesia] a publié une motion dans laquelle il revendiquait la nationalisation de l'industrie du verre.



S'adressant aux travailleurs, le député Miguel Tiago leur a manifesté la totale solidarité du Groupe Parlementaire du PCP et a assuré que le Gouvernement serait mis face à ces responsabilités à l'Assemblée de la République, dans une situation dans laquelle on permet que « les ressources nationales et les droits des travailleurs soient à la merci de groupes économiques privés ». Il a aussi rappelé que le PCP a toujours revendiqué la nationalisation de la Covina, « mesure qui prouve désormais toute sa validité ».



Sont également intervenus le membre de l'exécutif de la CGTP-IN, Armenio Carlos, et la coordinatrice de la Fédération des Syndicats de la Construction, de la Céramique et du Verre, Fatima Messias.



La coordinatrice du Syndicat des Travailleurs de l'industrie du verre, Etelvina Rosa a noté qu'au-delà des postes de travail, c'est également la vie des familles de travailleurs qui est en jeu, soit en tout plus de 900 personnes.



Au nom des retraités de la Covina, Carlos Machado nous a remémoré l'époque où les travailleurs luttaient pour la nationalisation de l'entreprise pour insister sur le fait que la situation actuelle est « la preuve que nous avions raison ».



Site d'Avante: http://www.avante.pt/

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