libia7« Mobilisons-nous contre la guerre de l’OTAN en Libye »,

 

par Andrea Catone, directeur de la revue L’Ernesto


 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


 

A 12 ans d’intervalle de la « guerre humanitaire » de l’OTAN qui, à partir du 24 mars 1999, a bombardé la Serbie durant tout le printemps pour la ramener, comme l’a déclaré le général Wesley Clark, un demi-siècle en arrière, les puissances impérialistes font de même avec la Libye, cent ans après l’invasion italienne. C’est une question de jours, si ce n’est d’heures.


Sous prétexte de sauver les populations civiles, et avec le blanc-seing d’une résolution du conseil de sécurité de l’ONU (10 pour, 5 abstentions : Brésil, Chine, Russie, Inde, Allemagne), on fait chauffer les moteurs des avions de chasse Tornado. En première ligne, cette fois, se trouvent la France, l’Angleterre et les Etats-unis, avec Hillary Clinton prête à égaler et à dépasser l’entreprise de son époux qui a bombardé la Serbie, soutenu par la dame de fer Madeleine Albright.


Comme alors, en 1999, s’est aussi mise en route la machine infernale des mensonges médiatiques et de la diabolisation du « dictateur » du moment pour justifier l’agression militaire contre un pays riche en pétrole et porte vers l’Afrique centrale (le continent où depuis longtemps les grandes puissances s’entendent pour une répartition néo-coloniale). Les mêmes qui prônent l’ urgence, qu’il est impossible de remettre au lendemain, de la guerre humanitaire contre la Libye, n’ont même pas levé la voix ni pour déplorer la violence d’Israël qui s’est abattue en décembre 2008/janvier 2009 sur la population de Gaza, prison à ciel ouvert pour les palestiniens, et qui a causé des milliers de victimes ; et ne se préoccupent pas non plus de la violence meurtrière des gouvernements du Bahreïn ou du Yémen, où l’Arabie saoudite (un Etat qui porte le nom d’une dynastie !) intervient avec ses troupes contre les manifestants. Ce sont ces mêmes pétro-monarchies – des Emirats à l’Arabie – main dans la main avec les Etats-unis qui envoient des armes et des troupes aux insurgés contre Khadafi. Lesquels – quelque soit leur conscience subjective (parmi eux nous trouvons des anciens ministres et des hauts fonctionnaires de la Jamahiriya) – sont l’instrument dont se servent les forces impérialistes pour mettre la main sur le pays, non seulement pour ses importantes ressources énergétiques, mais pour sa position géographique stratégique pour la Méditerranée et pour l’Afrique.


Dans les conditions concrètes de la Libye, l’imposition d’une « zone d’exclusion aérienne » implique un bombardement militaire de grande ampleur. Comme s’y accordent de nombreux experts, la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne en Libye devrait commencer par une attaque, « en ce sens – explique l’ancien chef d’Etat-major de l’Aéronautique Leonardo Tricarico – qu’il faut neutraliser les moyens anti-aériens ennemis, c’est-à-dire détruire les radars et les postes de missiles. Nous, cette capacité dite SEAD, c’est-à-dire ‘suppression des défenses aériennes ennemies’, nous l’avons et elle est constituée par les chasseurs Tornado ; nous l’avons fait au Kosovo avec les allemands et en trois jours, plus un avion serbe ne volait ».


L’Italie pourra mettre à disposition ces moyens aériens, éventuellement avec les chasseurs F-16 et Eurofighter, idoines pour la patrouille et la surveillance, en plus des avions Av8, dont est équipé le porte-avion Cavour. A été pris pour acquis la mise à disposition des bases aériennes, en particulier celles du centre-sud, tant pour le redéploiement des avions des autres Pays que pour l’assistance logistique. Les avions-radar Awacs, par exemple, pourraient être disposés à Trapan, qui est équipée spécialement pour ce type d’aéronefs, mais toutes les bases sont adaptées pour accueillir des chasseurs : de Grazzanise à Gioia del Colle. On pourrait avoir recours, en cas de nécessité, même à Lampedusa ou Pantelleria. Il y a ensuite une autre capacité fondamentale, rappelle encore le général Tricarico, « qui a à voir avec les renseignements et dont l’Italie est dotée : il s’agit de la constellation de satellites Cosmo-Skymed qui est complètement opérationnelle et qui enregistre des performances supérieures à celles de tout autre système existant. Grâce à ces satellites, on peut avoir une représentation photographique régulière avec une très haute définition, ce qu’il a de mieux aujourd’hui sur le marché. » A ces fins, peuvent être également utilisés les avions sans pilote (drones) ‘Predator’, qui dont dotés d’une grande autonomie et qui pourraient être pilotés depuis leur base de Amendola, dans les Pouilles.


L’Italie – les régions méridionales en particulier – est directement impliquée. Le gouvernement met à disposition hommes et moyens, systèmes radar et bases militaires. Le ministre de la guerre Larussa, se rappelle au souvenir de « Tripoli, belle terre d’amour.. Tripoli sera italienne au son du canon ! » et met à disposition sept bases militaires « sans aucune limite restrictive à l’interventio ». Il s’agit d’Amendola, Gioia del Colle, Sigonella, Aviano, Trapani, Decimomannu et Pantelleria: certaines, dit ancore La Russa, ont déjà êté demandées par les anglais et les américains. « Nous avons une forte capacité de neutraliser les radars d’hypothétiques adversaires, et nous pourrions être à l’initiative de cela : nous pouvons intervenir de toutes les façons possibles ». (La Repubblica)


Sauf quelques défections d’un côté et de l’autre (Ligue du Nord et Italie des Valeurs), tout le parlement, gouvernement et opposition « démocrate », se coiffe du casque de guerre.


Bersani, secrétaire du Parti démocrate, en remet une couche : après avoir presque corrigé l’ONU pour avoir retardé de quelques jours la décision, il déclare que lui et son parti sont « prêts à soutenir le rôle actif de l’Italie. Le gouvernement connaît notre disponibilité, nous demandons seulement qu’en ces heures, il n’y ait pas de déclarations improvisées et contradictoires. Il faut parler avec les autres pays disponibles et avec l’OTAN. Que personne ne fasse le stratège, cela est grave ».


Le président Napolitano n’est pas en reste, lui qui devrait défendre la Constitution (article 11 : L'Italie répudie la guerre comme instrument d'offense à la liberté des autres peuples et comme moyen de résolution des controverses internationales; consent, en condition de parité avec les autres États, aux limitations de souveraineté nécessaires pour des règles qui assurent la paix et la justice entre les Nations; promeut et soutient les organisations internationales tendant vers ce but). Dans son intervention au Théâtre Regio de Turin dans le cadre des célébrations du 150ème anniversaire de l’Unité de l’Italie – occasion solennelle – il a dit : « Dans les prochaines heures, l’Italie devra prendre des décisions difficiles, qui l’engageront sur la situation qui s’est créée en Libye. Mais si nous pensons à ce qu’a été le Risorgimento, comme grand mouvement libéral et libérateur, nous ne pouvons pas rester indifférents à la répression systématique des libertés fondamentales et des droits de l’Homme dans quelque pays que ce soit. Nous ne poubons pas laisser être détruites, piétinées, les espérances qui sont nées d’un Risorgimento également dans le monde arabe, une chose décisive pour l’avenir du monde… J’espère que les décisions à prendre seront donc entourées du consensus maximal et de la conscience des valeurs que l’Italie unie incarne et que nous devons préserver partout ».


En 1911 un demi-siècle s’était écoulé… le Risorgimento est entré dans la danse pour la guerre en Libye, avec la rhétorique pascolienne de la « grande prolétaire qui s’est mise en branle ». Aujourd’hui on fait de l’interventionnisme – ou mieux, l’impérialisme – démocratique et la « guerre humanitaire »…


Personne ne mentionne la seule proposition internationale sérieuse, celle du président vénézuélien Chavez et des pays progressistes latino-américains, pour une médiation entre les parties en conflit. La paix ne va pas aux puissances qui, en concurrence entre elles, veulent reprendre « leur place au soleil ». Cette guerre interne à la Libye a été nourrie par les puissances qui disent aujourd’hui vouloir apporter la paix et la démocratie : aux insurgés de Benghazi arrivent armes et équipement, et des conseillers militaires des puissances occidentales. On alimente la guerre civile pour justifier l’agression extérieure. Vieille histoire…


Contre la participation à la guerre en Libye se sont exprimés le secrétaire du PdCI, Oliviero Diliberto, et celui du PRC, Paolo Ferrero.

Commencent à se mobiliser dans diverses villes les réseaux militants contre la guerre.

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