Marx AnniversaryCérémonie à Londres pour le 127ème anniversaire de la mort de Karl Marx

 

Le président du syndicat des cheminots britanniques choisit comme thème de son discours: la question nationale et l'UE



Comme chaque année depuis 1883, communistes et progressistes britanniques et de tous pays se réunissent au cimetière de Highgate pour rendre hommage au penseur et homme d'action dont les écrits guident encore l'activité des communistes aujourd'hui: Karl Marx. Il y a 127 ans, c'est son ami et camarade Friedrich Engels qui prononçait un oraison funèbre sur sa tombe. Le 14 mars dernier, le président du syndicat des cheminots Britanniques (RMT) Alex Gordon était invité à perpétuer cette tradition et donc à prononcer un discours historique sur l'actualité de la pensée et l'action de Karl Marx.


Paradoxe apparent, il a choisi de centrer son discours certes sur la crise du capitalisme mondialisé et impérialiste mais surtout sur le rôle que joue le bloc impérialiste régional que constitue l'Union Européenne comme machine de guerre contre les acquis démocratiques et sociaux conquis de haute lutte par les peuples et les travailleurs.


Outre le fait que cela lui permet de battre en brèche certaines idées reçues sur le « nihilisme national » de Marx, en remettant certaines phrases dans leur contexte, et en rappelant qu'il ne peut y avoir d'internationalisme sans base nationale, le syndicaliste britannique pose quelques questions pertinentes: comment articuler lutte pour la démocratie, lutte pour l'indépendance nationale et un projet révolutionnaire d'abolition du capitalisme, internationaliste par nature? Comment lutter avec le mot d'ordre de nationalisation si on ne lutte pas contre les directives européennes de mise en concurrence des services et de démantèlement des monopoles publics? Pourquoi la question nationale (et donc de l'internationalisme) ne peut être abstraite de la question de la lutte de classes, comment les travailleurs doivent rechercher le terrain, le cadre le plus favorable au développement de leurs luttes?


Les réponses que fournit le camarade Alex Gordon ne sont pas nécessairement les nôtres. Peut-être ne pensent-elles pas suffisamment la division du travail entre institutions européennes et gouvernements nationaux, et a tendance à faire de ces derniers les victimes des premières, alors qu'ils en sont les complices. Elles peuvent glisser vers un démocratisme étroit. Néanmoins, elles méritent réflexion.


Nous publions ici, donc, la seconde partie de son discours où, après avoir fait un survol de la crise capitaliste actuelle, de la mondialisation impérialiste et du rôle néfaste joué par les institutions supra-nationales, il pose la question: « Comment devrions-nous répondre à cette crise »


AC



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



alexExtrait du discours d'Alex Gordon, président du syndicat des cheminots britanniques RMT



Comment devrions-nous répondre à cette crise?



Malgré les limites désormais évidentes du « laissons faire, laissons passer le capital mondial » auquel on n'opposerait aucune restriction significative, les travailleurs semblent complètement déboussolés et pas savoir comment pas réagir à la crise actuelle.



Une analyse honnête de la réponse que devrait adopter la gauche face à la mondialisation impérialiste doit aussi accepter qu'il y a eu hélas une tendance importante à s'adapter à la domination du marché et au post-modernisme, idéologie qui s'est développée en tandem avec elle.



On s'est approprié des slogans Marxiens tels que « Travailleurs de tous pays, unissez-bous » et « Les ouvriers n'ont pas de patrie » pour s'en servir comme justifications rudimentaires à la proposition selon laquelle l'État-nation serait, en fait, mort.



Ces informations concernant sa mort se sont révélées, pour paraphraser Marx Twain, très exagérées. Marx a eu aussi à faire face à ce genre d'idéalisme à son époque. Les Proudhoniens voulaient notoirement « abolir les nationalités dans les intérêts de la révolution sociale ». Marx a calmement répondu en lui demandant si cela signifiait que nous devions tous devenir Français!



La crise actuelle du capitalisme et les attaques massives sur l'idée de l'État-nation et de démocratie, exige que nous entamions un retour sérieux sur 'la Question Nationale', comme Marx l'aurait fait.



Pour commencer, nous devons comprendre que Marx n'a écrit nulle part la disparition des nations, mais seulement: « la disparition des antagonismes entre les peuples ».



En fait, l'appel immédiat à l'action que lance Marx à la classe ouvrière supposait de prendre aux oppresseurs ce qu'auparavant ils leur avaient nié. Dans le Manifeste du Parti communiste, il écrivait:



« Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s'ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot »



La bataille pour la démocratie dans ce pays a fait rage bien avant que ces mots aient été écrits. Les premiers syndicalistes demandaient la liberté d'association. Les Chartistes demandaient le suffrage universel masculin, à bulletin secret, l'abolition du cens électoral et la rémunération des parlementaires, des circonscriptions égales et la réunion annuelle du Parlement dans leurs luttes pour obtenir une représentation politique qui leur permettrait de faire changer les choses.



A cette époque, l'émergence même d'États-nations modernes s'émancipant des empires était un développement conceptuel relativement nouveau, né dans l'esprit du rationalisme et des Lumières.



Le serf Français venait tout juste de devenir un citoyen de la République. Le fermier de Nouvelle-Angleterre avait, quelques années auparavant, vaincu ses maîtres Britanniques pour devenir un citoyen des Etats-Unis d'Amérique. Les luttes qui ont suivi contre l'esclavage, et la guerre civile Amérique, se sont déroulées dans un contexte clairement national.



Ces développements modernes ont continué depuis la Seconde guerre mondiale avec la mise en place des Nations Unies par ses 51 membres fondateurs. En 1990, 50 nouveaux pays l'avaient rejoint et aujourd'hui près de 200 pays siègent à l'Assemblée générale des Nations Unies. Voilà pour la mort de l'État-nation.



Même les organisations supranationales, impérialistes, telles que l'OTAN et l'Union Européenne ont eu à créer des Etats-nations pour leurs propres fins géopolitiques, par exemple avec le mini-État client du Kosovo, et à s'opposer à la création d'autres Etats-nations pour les même raisons.



Toutefois, la logique dominante et le but de l'Union Européenne est d'évider les structures démocratiques des Etats-nations et de progressivement transférer les pouvoirs législatifs à des institutions non-élues, non-démocratiques, supranationales à Bruxelles par le biais de traités et de directives. Cette lente et anti-démocratique « révolution à l'envers » est passée inaperçue chez la plupart des électeurs et des commentateurs politiques, qui continuent à voir dans le parlement de Westminster la citadelle du pouvoir d'Etat en Grande-Bretagne.



C'est pourquoi le débat sur tant de questions actuelles, politiques et sociales, apparaît comme surréaliste. Pour prendre par exemple la question de la privatisation des chemins de fer – de la plus haute importance pour mon syndicat, RMT – la plupart des électeurs Britanniques soutiennent la re-nationalisation de nos chemins de fer et l'inversion des politiques désastreuses de privatisation du rail. Pourtant, combien d'électeurs sont au courant qu'une directive de l'Union Européenne (91/440) ordonne la séparation de l'exploitation des services de transport de la gestion des infrastructures ferroviaires, qui doivent tous les deux être contrôlés – et la Commission Européenne en 2010 insiste bien là-dessus – par des entreprises cotées en bourse, avec interdiction d'un contrôle démocratique, politique par des gouvernements élus sur les investissements, et donc aussi propriété publique des chemins de fer. Des bureaucrates anonymes imposent la privatisation du rail à des Etats-membres en usant de directives européennes.



D'autres directives européennes néo-libérales, telles que celles sur les Services, sur les Services postaux, et sur les Services de Santé et de nombreux autres Traités et règlements européens, sont conçues pour livrer les services publics entre les mains du secteur privé, tout en limitant encore plus la capacité des gouvernements élus à répondre aux besoins des électeurs.



En conclusion: des corps impérialistes, supra-nationaux comme l'UE, cherchent à faire accepter des reculs sur les acquis démocratiques conquis au cours des siècles précédents. On ne se contente pas de vaincre et de désorganiser les forces qui se battent pour le socialisme. L'impérialisme moderne ne cherche pas 'la fin de l'histoire', mais bien à inverser l'histoire, rien d'autre qu'à effacer les conséquences des Révolutions Françaises et Américaines. Ils rejettent l'importance historique du développement des nations indépendantes modernes.



Les forces progressistes doivent répondre à cette menace en défendant et en restaurant la démocratie nationale. En fin de compte, l'indépendance nationale est un préalable à l'épanouissement de la démocratie. La liberté de toutes les nations à se développer sans interférence externe, impérialiste devrait être la pierre angulaire de notre compréhension du Marxisme dans le contexte moderne.



L'indépendance nationale devrait, une fois encore, jouer un rôle décisif dans la défaite de la classe parasitaire, qui n'a pas plus d'intérêts dans le sort des travailleurs et de leurs familles qu'une armée d'occupation.



Comme Marx le disait: « Le capital ne s'inquiète donc point de la santé et de la durée de la vie du travailleur, s'il n'y est pas contraint par la société » - ce par quoi, je crois, il voulait dire l'État. Il a également affirmé que « la démocratie est la voie vers le socialisme ». La bataille pour la démocratie doit encore à être gagnée, mais l'armée du Travail crie pour que nous nous joignons à cette bataille.

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