sall wadePrésidentielles au Sénégal: quand le poulain libéral Macky Sall remplace son maître libéral Abdoulaye Wade, la classe dirigeante et l'impérialisme gardent la main


 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


 

Il faut parfois « tout changer pour que rien ne change ». Parfois, il suffit de ne pas changer grand-chose. C'est le constat que l'on peut faire des élections présidentielles sénégalaises, qui ont vu le triomphe au second tour de Macky Sall avec 65% des voix sur le président sortant Abdoulaye Wade.

 

La classe dirigeante sénégalaise ne pouvait rêver meilleure fin que cette « révolution de palais » à neuf mois d'instabilité politique, de contestation et de manifestations populaires, qui ont fait craindre à l'impérialisme une évolution vers un scénario de type « printemps arabe » avec toutes ses incertitudes.

 

Une perspective électoraliste à gauche qui se referme sur le « libéral » Macky Sall

 

Depuis juin 2011, et l'annonce d'une réforme constitutionnelle par le président Wade qui permettait au candidat arrivé en tête de remporter l'élection dès le premier tour, le pays s'est embrasé, les manifestations se sont multipliées prenant comme mot d'ordre : « Wade, dégage ! »

 

La récupération politique a suivi, le « mouvement du 23 juin » n'a donné comme perspective que les élections de 2012. Chaque parti a joué sa carte, concevant le premier tour comme une sorte de « primaire » pour s'imposer comme leader de l'opposition institutionnelle.

 

Le PS est pleinement rentré dans ce cadre avec Ousmane Dieng qui a obtenu 11,3%. Le vieux leader socialiste Mustapha Niasse a rassemblé large à sa gauche sur le plus petit dénominateur commun : battre Wade et a récolté 13,2%.

 

Macky Sall était le candidat de l'opposition officielle, celle de la bourgeoisie sénégalaise et de l'impérialisme, excédés des frasques du « vieux lion » Wade, couvrant la corruption, le népotisme, la répression aveugle, générant colères et frustrations, remettant en cause l'ordre social nécessaire aux affaires.

 

Avec des moyens financiers conséquents et une certaine complaisance médiatique, il est devenu logiquement le candidat officiel de l'opposition officielle. Avec 26,58%, il a gagné cette « primaire » dans laquelle s'était enferrée les forces de gauche, et a su les utiliser comme des rabatteurs sur la base de l'opposition à Wade.

 

Le « poulain » Macky Sall et « Napoléon » Wade : un binôme fort au cœur de tous les mauvais coups de la dernière décennie

 

Faire passer l' « ancien poulain » libéral d'Abdoulaye Wade comme le leader de l'opposition populaire au pouvoir de plus en plus autoritaire du vieux dirigeant libéral, c'est un tour de force !

 

Car son parcours politique s'est fait dans l'ombre de celui qui l'appelait affectueusement « Napoléon ». Dirigeant régional du parti libéral, il devient la tête pensante de la campagne qui permet la première élection de Wade en 2000 et est récompensé par le poste de ministre de l’Énergie en 2001 puis celui de premier ministre en 2004.

 

Entre 2004 et 2007, il est le premier ministre qui se maintient le plus longtemps au pouvoir à l'ère Wade, emblématique en cela de sa gestion : politique d'austérité budgétaire et monétaire loué par le FMI, couplé à des grands travaux démesurés (aéroport Blaise Diagne, autoroute Dakar-Diamniadio).

 

Le comble, c'est que Macky Sall est parvenu à se faire passer dans la campagne comme l'opposant à cette politique d'austérité et de financement d'infrastructures gigantesques dont il a été lui-même un des principaux artisans.

 

C'est sous Macky Sall qu'a également été conclu en 2006 avec le FMI un accord sur base de l'initiative PPTE (Pays pauvres très endettés), héritière des « plans d'ajustement structurel » qui prévoit la mise en place de politiques d'austérité pour réduire la dette.

 

L'homme de l'ombre derrière Macky Sall : Jean-Pierre Pierre-Bloch, libéral madelinien, bras droit de Tiberi et sioniste invétéré

 

Macky Sall est un libéral pur jus, il l'assume. Il a su canaliser la colère populaire, en particulier dans la paysannerie, avec une campagne habile construite dans le monde rural. Récemment, il confiait qu'il comptait parmi ses modèles politiques : Nelson Mandela, Charles de Gaulle et … Mao Zedong : « Je suis un libéral, mais c'est pas incompatible. Car comme lui, je pense qu'il faut encercler les villes par les campagnes ».

 

Habile manœuvrier, homme d'appareil, maître dans l'art du double discours, il sait aussi compter sur un mentor des plus sulfureux qui a construit sa campagne médiatique. Un personnage bien connu de la scène politique française : Jean-Pierre Bloch recyclé depuis maître de la communication au Sénégal, d'abord au service de Wade puis de Macky Sall.

 

Jean-Pierre Bloch est de toutes les aventures douteuses de la droite française : droite madelienne au sein de l'UDF, bras droit de Jean Tibéri à la mairie de Paris, il participe également à la droitisation de la LICRA sur des positions sionistes qui le feront accuser la chaîne information de TF1, LCI d'être une chaîne hostile à Israël !

 

Accusé de recel d'abus de biens sociaux, impliqué dans l'affaire des emplois fictifs, il se vante lui-même de jamais avoir été condamné. Drôle de mentor dans la lutte anti-corruption au Sénégal.

 

Quelque soit l'entourage douteux de Macky Sall, et les liens qu'on peut tisser avec les milieux politiques et d'affaire français et occidentaux, il ne fait aucun doute que le nouveau président du Sénégal est un homme du système, le « poulain libéral » qui remplace son « maître libéral ».

 

Après Alhassane Ouattara en Côte d'Ivoire, le CNT en Libye, désormais Macky Sall au Sénégal, l'impérialisme ocidental place ses pions en Afrique. Seul un mouvement populaire fort, en dehors d'une simple perspective électoraliste peut induire un véritable changement. Au Sénégal comme ailleurs.

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