cartaz-pcp-pec 1Programme de Stabilité et de Croissance (PEC): nom de code d'une déclaration de guerre du gouvernement PS et de l'UE contre le peuple portugais

 

Pour les communistes, seule la lutte peut le mettre en échec!



Article d'AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Jeudi 25 mars, le Programme de Stabilité et de Croissance (Programa de Estabilidade e Crescimento ou PEC) est adopté au Parlement Portugais par un gouvernement socialiste pourtant minoritaire (97 députés sur 230). Alors que le Parti Communiste (15 députés) et le Bloc de Gauche (16 députés) ont voté contre, la droite (le Parti social-démocrate et le Parti Populaire – soit 102 députés) a volé au secours du PS.



En s'abstenant au nom de « l'intérêt national », elle a montré la complicité existant entre PS et droite dans cette offensive sans précédent contre les droits des travailleurs.



Nécessité nationale ou plutôt contrainte européenne?



Car le Programme de Stabilité et de Croissance, projet de Budget d'Etat pour la période 2010-2013, n'est rien d'autre que la nécessaire mise en pratique des critères de convergence du Pacte de Stabilité et de Croissance (3% de déficit, dette publique équivalente à 60% du PIB) établis par le traité de Maastricht.



En prenant comme prétexte la crise, et l'augmentation du déficit public pour 2009 (9,3%), le gouvernement socialiste tente de trouver une justification à sa « cure d'austérité ».



barroso.1238424547.jpgAvec l'aval de l'OCDE, du FMI et même de la Commission Européenne qui, par la voix de José Manuel Barroso (ancien premier ministre PSD) se permet de qualifier le programme de « nécessité nationale » autour duquel devrait se réaliser l'union sacrée: « Les mesures prévues dans le cadre du PEC doivent bénéficier du soutien de l'ensemble des partis (…) Nous espérons qu'il y aura un consensus aussi large que possible pour sa mise en oeuvre ». Barroso va même jusqu'à s'improviser conseiller du premier-ministre socialiste Socrates, l'encourageant « à appliquer avec détermination les mesures prises dans le cadre du PEC pour assurer la viabilité économique et financière du Portugal ».



Une déclaration de guerre contre le peuple portugais



En quoi consiste ce plan salutaire loué de Bruxelles à Washington? Une véritable déclaration de guerre contre le peuple portugais. Un simple aperçu des mesures qui seront mises en place dans les prochaines semaines:



  • Gel des salaires et des retraites dans la fonction publique pour les quatre prochaines années, avec alignement prévu du privé sur le public.



  • Coupe dans les dépenses publiques, touchant l'ensemble des allocations sociales, dont les allocations chômage, qui seront non seulement revalorisées à la baisse mais dont l'accès sera encore plus restreint, selon le principe du means-tested. Au moment même où un chômeur sur deux (350 000 chômeurs résidant au Portugal) n'a même pas accès aux allocations chômage. L'ensemble des allocations sociales non-contributives seront gelées: les bourses scolaires, allocations familiales, complément solidarité pour les personnes âgées, revenu social d'insertion etc. Coupes particulièrement massives dans les services publics également, avec à titre d'exemple une diminution du budget de la Santé de près de 715 millions d'euros d'ici 2013



  • Augmentation de la pression fiscale sur les classes populaires, avec notamment la fin des déductions fiscales sur l'Impôt sur le Revenu pour les dépenses de santé, d'éducation et de logement. Ainsi, pour un ménage du premier échelon (qui commence à 600 euros par mois), ce sont 100 euros de moins par an. D'autre part, augmentation des taxes (impôts régressifs) sur la consommation, à commencer par l'installation de péages sur les autoroutes.



  • Recul de l'âge de départ à la retraite pour les fonctionnaires à 65 ans, au nom de la convergence du régime de retraites des salariés de l'Administration Publique avec le régime général.



  • Privatisation d'une dizaine d'entreprises publiques, dont les Aéroports du Portugal (ANA), Air Portugal, les entreprises nationales de l'électricité (EDP et REN) et du gaz (GALP) et surtout la Poste (CTT). Pour ce qui est des Chemins de Fer Portugais, le plan gouvernemental prévoit la privatisation du Fret (CP Carga) et des lignes de banlieue, comme étape vers la privatisation de l'entreprise. Par ailleurs, la privatisation du volet assurantiel de la Caisse des Dépôts (30% du marché des assurances au Portugal) constitue le prélude à la privatisation totale.



Une politique de classe, pour les riches et contre les droits des travailleurs



Face à ce plan, à la gauche du PS, on peut distinguer deux attitudes



Celle du Bloc de Gauche, donnant à la lutte parlementaire un rôle central, pour qui l'opposition à ce projet s'arrête aux bancs de l'Assemblée de la République. Pour qui la défaite à l'Assemblée constitue la fin d'un cycle.



Et celle du Parti Communiste Portugais (PCP) et de la CGTP-IN (syndicat majoritaire – proche des communistes), pour qui la lutte ne s'arrête ni à une journée de débats parlementaire ni à une journée d'action syndicale.



presidente cgtpComme l'affirme clairement Manuel Carvalho da Silva, secrétaire-général du CGTP-IN, « Nous disons au premier ministre que l'approbation du PEC n'est pas la fin du cycle, c'en n'est que le début »



Pour Jéronimo de Sousa, secrétaire-général du PCP, le gouvernement ouvre la voie « du désastre économique et social, le choix des plus riches et des puissants, contre les droits des travailleurs et du Peuple, contre les intérêts nationaux ». Ce sont les politiques du capital menées tantôt par le PS, tantôt par la droite qui sont en cause pour lui: « La liquidation de la capacité productive, la profonde régression sociale et les inégalités criantes qui traversent le pays ont un visage et des responsables ».



Pour le secrétaire-général du PCP, ce projet gouvernemental est une politique de classe: « L'aval et le soutien de la Commission Européenne, de l'OCDE ou du FMI à ce PEC, est en soi l'expression de son caractère de classe et son insertion dans une stratégie préméditée d'augmentation abrupte et brutale du taux d'exploitation comme solution classique du système capitaliste pour répondre à la crise ». Le secrétaire-général de la CGTP-IN a qualifié, pour sa part, ce plan de « programme d'exploitation continue » qui « aggrave et détruit les services publics, ne dynamise pas l'économie et ne promeut pas l'emploi ».



L'UE derrière un projet de démantèlement de la souveraineté des Etats



sousa pcpPour Jéronimo de Sousa, c'est la souveraineté et l'indépendance même du Portugal qui est en péril, avec en arrière-plan les projets européens de démantèlement des Etats-nations: « Les mesures aujourd'hui applaudies par l'Union Européenne – et dont le gouvernement et le 'cortège' d'analystes se réjouissent dans une attitude toute éclairante de soumission nationale – font partie intégrante des instruments contenus dans les traités et dans les politiques communes destinés à détruire les droits sociaux et des travailleurs et à converger vers une stratégie de plus grande concentration du pouvoir économique et politique et de destruction de ce qu'il reste de la souveraineté des Etats. »



Le secrétaire-général du syndicat préfère mettre l'accent sur les contradictions entre l'ambition de la stratégie 2020 de l'UE et la rigueur prônée par le PEC, tout en pointant le nœud du problème: « En même temps, c'est l'Europe qui donne des directives pour couper dans les dépenses publiques ».



Seule la lutte peut mettre en échec le PEC et être porteuse d'alternative!



Le PCP propose un programme ambitieux et réalisable pour sortir de la crise, en mettant en avant les intérêts des travailleurs et de la nation:

  • augmentation des salaires et des retraites (ex: augmentation du SMIC de 600 euros d'ici 3 ans);



  • une réforme fiscale vers plus de justice fiscale, retour au taux d'imposition des sociétés à 25% (alors que le gouvernement PS l'avait rabaissé à 12,5% en 2007), taxes sur les plus-values boursières, baisse de la TVA;



  • la lutte contre le chômage et le soutien aux chômeurs avec élargissement de l'accès aux allocations chômage, et leur revalorisation;



  • la défense de la production nationale avec une politique d'investissement public, le soutien au PME, la priorité donnée aux entreprises nationales dans les grands projets, la taxation des importations dans un grand projet d'industrialisation et de réduction de la dépendance du Portugal.



  • La fin du processus de privatisation, des 'partenariats public-privé', des ouvertures de capital et l'affirmation du contrôle public sur les secteurs stratégiques (banques, énergies, télécoms, électricité, transports etc.)



Pour le secrétaire-général du PCP, la mise en échec du projet gouvernemental et la matérialisation de cette alternative « de gauche et patriotique » ne peut résulter que de la lutte. Même mot d'ordre pour le secrétaire-général de la CGTP-IN : « C'est seulement avec la mobilisation et la lutte de tous les portugais, et pas seulement du mouvement syndical, que l'on peut réussir à rejeter les mesures de ce PEC ».



Après la grève des cheminots du 23 mars, celle des jeunes travailleurs le 26 et la mobilisation des infirmiers et infirmières, pour quatre journées de grève, qui commence aujourd'hui 29 mars, les luttes continuent et les communistes préparent leur convergence.



Voilà l'utilité d'un Parti Communiste reposant sur une base militante enracinée sur les lieux de travail et dans les entreprises, d'un Parti sur des positions de lutte de classe: organiser la résistance des travailleurs, proposer une alternative à partir des luttes et aussi servir de boussole au mouvement syndical de classe dans la lutte contre les tentations du « dialogue social » entre « partenaires sociaux » dans lequel le Capital cherche à l'enfermer!

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