communist indiaProtestation historique contre la hausse des prix

 

La lutte continue en Inde!

 

Editorial de People's Democracy, organe du Parti Communiste d'Inde (Marxiste), du 11 avril

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le 8 avril 2010 restera dans l'histoire comme l'une des plus grandes actions de protestation organisées de mémoire récente. Des millions de personnes (1), à l'appel des partis de Gauche, et des deux partis communistes en particulier, ont participé à des initiatives de désobéissance civile dans tout le pays. Des centaines de milliers de personnes ont été arrêtées alors qu'elles violaient délibérément la loi, exprimant leur colère dans un acte militant, et en protestant contre les politiques économiques du gouvernement de l'Alliance Progressiste Unie II (alliance menée par le Parti du Congrès) qui ont imposé des charges sans précédent sur les épaules de l'immense majorité de notre peuple. La cible de ces actions de protestations était la hausse continue et démesurée des prix de tous les biens essentiels qui met en péril leur pouvoir d'achat. Cela s'ajoute aux souffrances imposés par l'impact de la récession globale qui a mené à la perte d'un niveau de vie décent pour des dizaines de millions de personnes.



Des revendications populaires méprisées par le gouvernement



A l'appel des partis de Gauche (en fait du Parti Communiste, du Parti Communiste d'Inde Marxiste, du Parti Révolutionnaire Socialiste, du Bloc En Avant l'Inde) ces volontaires du mouvement de désobéissance civile ont exigé, entre autres:



  • l'universalisation du système public de distribution de nourriture;



  • une interdiction sur tous les contrats à terme spéculatifs sur les biens de première nécessité;



  • la libération des stocks d'urgence de riz et de blé se trouvant dans les entrepôts du gouvernement central (en infraction de la norme exigée de 200 millions de tonnes de stocks d'urgence, le gouvernement en détient 474, 6 millions de tonnes);



  • un recul sur la hausse des prix des produits pétroliers annoncée dans le dernier budget;



  • une action urgente contre les trafiquants sur le marché noir et contre les accapareurs.

     

    Loin d'accéder à ces demandes, le gouvernement central a défendu effrontément ses décisions anti-populaires et refuse d'accepter la misère croissante de la grande majorité de notre peuple.



77% de la population Indienne – soit 836 millions de personnes – vit avec moins de 20 roupies (0,5 euros) par jour



Une justification assez remarquable de l'approche du gouvernement a été portée par le ministre de l'Intérieur qui a attaqué les partis de Gauche en disant qu'ils déformaient délibérément la réalité des charges de plus en plus importantes pesant sur le peuple. En particulier, il a remis en cause la véracité de l'argumentaire des partis de Gauche quand ils disent que 77% de notre peuple vit sous la barre des 20 roupies par jour (soit 0,5 euros par jour). Les partis de Gauche ne faisaient que citer les estimations de la Commission Nationale pour les Entreprises du Secteur non-organisé (NCEUS) sur le nombre de personnes (836 millions soit 77% de la population) qui vivaient à la fin de l'année 2004-2005 avec moins de 20 roupies par jour. Le président du NCEUS a depuis clarifié la chose en expliquant que ces nombres n'avaient pas été inventés par le NCEUS mais découlaient des données sur la consommation des ménages issues de l'Enquête Nationale (NSS). Tout ce que le NCEUS a fait, c'est diviser le pays en termes de consommation par tête en six groupes: les très pauvres – jusqu'à 0,75 fois le seuil de pauvreté; les pauvres (de 0,7 à 1); les assez pauvres (1 à 1,25); les vulnérables (1,25 à 2); les personnes aux revenus moyens (2 à 4); et les personnes à haut revenu (au-dessus de 4 fois le revenu définissant le seuil de pauvreté).



Le NCEUS n'a pas non plus inventé un nouveau seuil de pauvreté. Il a utilisé le seuil de pauvreté (qui est tout à fait inadapté) comme référence pour classer les catégories de pauvres, seulement pour permettre la comparaison sur toute une période, pour les trois années où l'Enquête Nationale a été réalisée – 1993-1994, 1999-2000 et 2004-2006.



Selon cet exercice 2004-2005, le nombre de personnes dans la catégorie 1 des “très pauvres” était de 70 millions. Dans la seconde catégorie des “pauvres”, on trouvait 167 millions de personnes. Si on les additionne, on trouvait 237 millions de personnes en-dessous du seuil de pauvreté.



Mais pour les deux groupes suivant, les “assez pauvres” et les “vulnérables”, émerge le chiffre stupéfiant de 599 millions de personnes en 2004-2005. La consommation moyenne par tête du quatrième groupe, décrit comme « vulnérable » était de 20 roupies par jour, la plus élevée des quatre groupes « très pauvres », « pauvres », « assez pauvres » et « vulnérables ». Voilà comment le NCEUS a calculé que 836 millions de personnes (77% de la population) vivaient avec moins de 20 roupies par jour.



Le président du NCEUS a depuis déclaré, « En effet, il est clair qu'en dépit de 10 ans de croissance économique élevée après les réformes du début des années 1990, près de 77% de la population ne vit pas avec plus de 20 roupies par jour. »



Double discrimination pour les intouchables, les minorités religieuses, et les autres classes défavorisées



Il y a deux autres trouvailles du NCEUS qui n'ont pas attiré tant que ça l'attention publique. Premièrement, ces groupes de personne, des “pauvres” aux “vulnérables”, se recrutent dans les groupes les plus socialement discriminés et désavantagés – 87,8% des Castes Répertoriées (SC) et les Tribus Répertoriées (ST) appartiennent à ce groupe, 85% de tous les Musulmans et 77,9% de toutes les autres classes défavorisées, Musulmans exceptés, appartiennent à ces groupes.



En outre, la plupart des personnes parmi les “pauvres” et les “vulnérables” ne sont pas employables – 86% des illettrés Indiens appartiennent à ces groupes tout comme 78,6% des personnes avec un niveau d'éducation primaire. Par conséquent, la plupart de ces personnes gagnent leur vie en tant que des travailleurs du secteur informel avec aucune sécurité de l'emploi, des salaires, des soins de santé ou une assurance contre les risques sociaux.



52 milliardaires contrôlent ¼ de la richesse du pays!



En revanche, le classement Forbes 2009 des Riches Indiens (rapport du 19 novembre 2009) montre que le nombre de milliardaires (en dollars) en Inde a quasiment doublé pour atteindre les 52 en 2009 et que leur patrimoine cumulé atteint les 276 milliards de dollars soit ¼ du PIB du pays. Qu'ils se soient constitués ces richesses alors que l'économie mondiale entrait en récession sévère, alors que plus des ¾ des Indiens agonisaient sous les souffrances économiques, en dit long sur la nature de classe des packs de relance et des autres concessions accordées aux riches aux dépens des pauvres au nom de la lutte contre la récession.



Ce n'est rien d'autre que une confirmation éclatante, si une telle confirmation n'ait jamais été nécessaire, que la voie néo-libérale ne mène pas seulement à la création mais à l'élargissement du hiatus entre l'Inde qui « rayonne » et l'Inde qui souffre.



Le 8 Avril n'est qu'un début: la lutte continue!



Le 8 avril marque seulement le début des mobilisations populaires et des actions de protestations contre cette voie des réformes économiques. Au moment où nous mettons sous presse, les leaders des partis de Gauche et d'autres partis d'oppositions laïcs se rencontraient pour décider de la suite des actions de protestations contre ces politiques anti-populaires contre ce gouvernement de l'Alliance Progressiste Unie II.





(1) Plus de 2,5 millions de personnes ont participé aux actions



Des comptes-rendus reçus jusqu'à présent, plus de 2,5 millions de personnes ont participé aux piquets de grève de masse et se sont exposés à des arrestations



Delhi: Les leaders des quatre Partis de Gauche, Prakash Karat, A.B. Bardhan, Debabrata Biswas and Abani Roy ont été arrêtés dans la rue du Parlement de New Delhi alors qu'ils menaient un défilé de près de deux mille manifestants. La police a utilisé des canons à eaux pour disperser les manifestants. Une personne a été blessée.



Bengale Occidental: Plus d'1 million de personnes ont participé aux piquets de grève de masse face aux bureaux du Gouvernement Central comme les bureaux de postes, les bureaux de transport, etc., dans les 19 districts de l'Etat. Près de cent mille personnes ont participé au piquet de grève devant le Bureau des Impôts à Kolkata.



Kerala: Plus de 500 000 personnes ont participé aux piquets de grève dans les capitales de district face aux bureaux du Gouvernement Central. Des mobilisations importantes ont été remarquées dans les districts de Kannur, Ernakulam, Alappuzha, Palakkad, Kollam and Trvandrum où près de 50 000 personnes ont participé aux actions dans chacune de ces villes.



Tripura: Plus de 150 000 personnes ont particioé aux piquets de grève et ont bravé les menaces d'arrestation dans 55 villes du Tripura.



Mais aussi...



100 000 personnes dans l'Andhra Pradesh (40 000 personnes interpellées), le Tamil Nadu, le Maharashtra, 75 000 personnes à Bihar, 30 000 personnes dans le Jharkhand, le Punjab, 25 000 personnes dans le Madhya Pradesh, 20 000 personnes dans le Uttar Pradesh, 15 000 personnes dans le Karnataka, à Orissa et Assam. 6 500 personnes dans le Rajasthan, 6 000 dans le Himachal Pradesh, 4 000 au Haryana et 2 200 à Pondichéry.

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