communist-party-usaRépression McCarthyste et résistance communiste: Le Parti Communiste des Etats-Unis de 1949 à 1959


 

par Norman Markowitz, pour Political Affairs, mensuel du Parti Communiste des Etats-Unis


 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



« Le procès-verbal montre que notre objectif, ainsi que la perspective de reconstituer le Parti Communiste, était de devenir une force ouvrière plus influente et plus efficace dans la lutte de l'après-guerre pour préserver notre peuple de la force et de la violence de la réaction monopoliste, des lynchages et de la guerre atomique (…) Probablement que la plupart d'entre vous, jurés, n'avaient jamais vu un Communiste en chair et en os avant de venir à Foley Square. Peut-être étiez-vous surpris de trouver à la direction de notre parti des descendants de Daniel Bonne, de John et Priscilla Alden ainsi que des descendants d'esclaves Noirs héroïques. Vous devez avoir noté que près de la moitié de ces témoins étaient des vétérans de la Seconde Guerre Mondiale (…) Personne n'a à être ni un communiste ni un sympathisant communiste, même un progressiste ou un syndicaliste pour reconnaître la différence entre des personnes de bonnes et de mauvaises intentions. Personne n'a à comprendre un seul principe Marxiste, ou à être en accord avec un seul mot écrit par Lénine, pour reconnaître la véritable conspiration symbolisée par cette persécution avec ses faux témoins; ou pour reconnaître que les accusés et les témoins de la défense soient des hommes et des femmes qui sont dévoués à la défense des intérêts du peuple Américain – Noirs et blancs, et cherchent à promouvoir la paix et le progrès démocratique. » Eugène Dennis, « Défense de votre liberté » (Procès à Foley Square/Smith Act, 1949), dans Highlights of Fighting History: 60 Years of the Communist Party, USA, p 280-281



Le plus grand procès politique de l'histoire américaine a commencé fin 1949. L'année précédente, l'administration Truman avait inculpé 12 membres du bureau politique du Parti Communiste pour 'conspiration', lorsqu'ils ont aidé à reconstituer le Parti Communiste en 1945, un événement public largement diffusé par la presse de l'époque.



William Z.Foster, le célèbre dirigeant du Parti Communiste, a été jugé séparément. Les 11 autres accusés ont dû affronter le juge fédéral Harold Medina, un vieux briscard de la politique qui se plaignait que des agents communistes tentaient, dans l'audience du tribunal, de l'hypnotiser. Medina s'est montré extrêmement méfiant envers la défense tout au long du procès. Mais tout était joué d'avance, puisque l'accusation et le juge avait soigneusement choisi le jury, tout comme dans d'autres grands procès politiques de l'époque – le second procès Hiss et le procès Rosenberg – pour s'assurer qu'ils n'auraient aucune sympathie envers les accusés et qu'ils ne seraient pas disposés à défendre les droits de ceux avec qui ils avaient des désaccords politiques.



Ces premiers procès sous les termes du Smith Act n'étaient que le début. Des procès ultérieurs se sont tenus après l'arrestation et l'incarcération de Elizabeth Gurley Flynn et d'autres dirigeants moins connus du Parti Communiste. Avec la guerre de Corée qui fait rage en 1950, le Congrès adopte l'acte McCarran dit de Sécurité Intérieure passant outre le veto de Truman. Son grand promoteur a été le sénateur de droite du Nevada, Pat McCarran, qui a plus tard servi comme modèle de sénateur corrompu dans le roman de Mario Puzo Le Parrain et dans le film « Le Parrain II »



La loi qui a inventé les catégories d'organisations « sous contrôle communiste » et « sous influence communiste » a mis en place un Bureau de contrôle des activités subversives pour forcer les responsables de ces organisations à s'inscrire et à présenter leurs listes d'adhérents au Bureau sous peine de devoir affronter de lourdes amendes ou des peines de prison. La loi a également créé une disposition spéciale, introduit à l'origine par le sénateur Démocrate libéral Hubert Humphrey, comme alternative au projet de loi, la constitution d'une liste d'individus à arrêter, sans procédure régulière d'arrestation, et placés dans des camps de détention en cas « d'urgence nationale ».



A côté des actes Smith et McCarran, les autorités locales et fédérales ont commencé à mettre sur la liste noire des fonctionnaires, des ouvriers, des gens de la culture, des scientifiques et des intellectuels que l'on pensait associés d'une manière ou d'une autre avec le Parti Communiste.



Rien de nouveau...



Les « Red Scares » (La peur des rouges) et la répression politique n'étaient pas quelque chose de nouveau aux Etats-Unis. En fait, le Parti Communiste s'est tout d'abord organisé dans un climat de terreur et de répression, financée par le patronat, contre la Gauche en 1919. Mais personne n'avait jamais encore vu quelque chose comme les méthodes répressives du gouvernement Américain dans les années 1950.



Les actes Alien et Sedition de la fin des années 1790 ont duré seulement quelques années. Les tentatives politiques pour enlever les droits constitutionnels des abolitionnistes avant la Guerre Civile ont connu un échec cuisant dans les états non-esclavagistes, et les Red Scares précédentes contre les organisations ouvrières ont été relativement clémentes.



Dans les années 1950, les dirigeants du Parti Communiste et certains de ces membres ont été contraints de se cacher, et le gouvernement a fini par incarcérer un certain nombre d'entre eux. Les responsables d'organisations qui ont refusé de se conformer aux dispositions de l'acte McCarran, qui exigeait d'eux qu'ils s'enregistrent et qu'ils fournissent une liste d'adhérents « subversifs », ont également été menacés d'emprisonnement. Durant toute la période, le Parti Communiste a refusé de s'inscrire selon les dispositions de l'Acte McCarran. La loi visait à isoler le Parti Communiste et toute autre organisation que le gouvernement désapprouvait. L'objectif fondamental de la loi était de créer une ligne de démarcation politique qui pouvait être tracé par les autorités fédérales pour « protéger » le grand public de la dissidence politique.



A l'échelle nationale, ces politiques ont fini par être associées à Joseph McCarthy, ce sénateur républicain originaire du Wisconsin, instable psychologiquement et alcoolique notoire. McCarthy s'est fait connaître au cours de l'hiver 1950, à l'extrême-droite de l'échiquier politique, lorsqu'il a lancé des accusations largement infondées contre des dizaines voire des centaines (les chiffres variaient constamment) d' « agents communistes » au sein du Département d'Etat. Ces subversifs étaient supposément responsables de tout depuis la Révolution Chinoise jusqu'à l'explosion d'une bombe atomique Soviétique. McCarthy s'est rapidement aperçu qu'il pouvait s'en sortir en continuant de lancer de telles accusations, que la presse diffusait consciencieusement. Il s'est également rendu compte que plus la charge était grossière et violente, plus son étoile brillait.



Le Parti Communiste a reconnu le danger particulier représenté par McCarthy, que les Communistes et les non-communistes, que ce soient aux Etats-Unis ou dans le monde, voyaient comme un leader fasciste potentiel. Ils ont aussi compris que les réactionnaires étaient en train d'utiliser de manière cynique les déclarations violentes de McCarthy pour passer du nouveau « consensus anti-communiste » (qui était déjà parvenu à saper le Bill of Rights et à entamer les forces ouvrières et progressistes) à l'hystérie la plus totale.


Ce qui est si remarquable à propos de cette répression, et si instructif pour les étudiants en histoire américaine, c'est sa longévité et son caractère multiforme. A la fin des années 1950, les décisions de la Cour Suprême ont affaibli l'Acte Smith et mis fin aux persécutions, et d'illustres figures comme Paul Robeson et W.E.B. Du Bois, à qui on avait refusé le droit à voyager à cause de leurs liens supposés avec le Parti Communiste, ont pu récupérer leurs passeports. Le gouvernement a continué à persécuter à la fois les Communistes et les anciens Communistes en vertu de l'acte McCarran, cependant. L'administration Kennedy, par exemple, a poursuivi en 1961 le Parti communiste pour ne pas s'être inscrit comme le prévoyait l'Acte McCarran, et est logiquement parvenu à accuser et faire condamner les dirigeants du parti Gus Hall et Benjamin Davis, tandis qu'ils infligeaient au parti une amende de 120 000 dollars. Davis est décédé en 1964, les poursuites contre Gus Hall et le Parti Communiste ont été finalement abandonné en 1966 et 1967, respectivement.



Résister à la répression



En général, les faits concernant la répression d'après-guerre sont bien connus. Bien moins connue, toutefois, est la résistance communiste et sa contribution d'une part au déclin du McCarthysme et d'autre part à la mise en échec du danger bien réel représenté par l'avènement d'un fascisme pur et dur, qui dans les années 1950 aurait apporté avec lui la probabilité d'une troisième guerre mondiale nucléaire.



Les Communistes ont adopté une politique que l'on pourrait appeler de « semi-clandestinité ». Une grande partie de la direction du Parti s'est trouvée soit dans la clandestinité soit dans la lutte pour sortir de prison. L'ensemble des adhérents du Parti ont dû affronter un harcèlement implacable de la part du FBI. Dans de nombreux cas, les Communistes ont été contraints d'abandonner les organisations qu'ils avaient aidé à construire dans les années 1940. Pendant toutes ces années, les Communistes ont lutté pour maintenir leur visée stratégique de long-terme, qui liait la lutte pour les droits des travailleurs avec la lutte pour la paix et contre le racisme.



McCarthyand CohnTout d'abord, regardons brièvement ce qui en est du déclin du McCarthysme. Les Communistes sont arrivés à obtenir un soutien populaire grâce à la campagne de masse « Joe Must Go » (Joe doit s'en aller), lancée initialement par des Républicains libéraux du Wisconsin en 1952, et ils ont continué à faire campagne même après la ré-élection de McCarthy au Sénat en 1952. McCarthy aimait à dire que le Parti Communiste avait inventé le terme McCarthysme, ce que, bien sûr, il ne cessait de répéter, dans son style tout à fait égocentrique. Bien que toute la carrière de McCarthy ne soit basée que sur des mensonges, il n'avait pas complètement tort à cet égard. Le « consensus anti-communiste » était ancré dans des politiques brutales de type dictatorial qui ont à la fois précédé McCarthy et qui ont survécu à sa chute, des actes mis en oeuvre par le FBI, des bureaucrates et des hommes politiques tout à fait hors de contrôle du jeune sénateur du Wisconsin.



Le « programme de loyauté » de Truman, la liste du Procureur Général, l'arrestation de la direction nationale du Parti, l'attaque raciste de la foule à Peekskill (New York) contre Paul Robeson et tolérée par l'Etat, ainsi que les purges et les listes noires, tout cela n'était que des violations de la Constitution Américaine et du Bill of Rights – qu'elles soient mises en oeuvre par des dirigeants syndicaux comme Walter Reuther, par le Président Démocrate Harry Truman, ou tolérées par l'Union des Libertés Civiles Américaines, qui refusait de défendre les communistes. Bon nombre de ces abus ont été justifiés publiquement par le fait que les Communistes devaient être purgés pour sauver les syndicats ou sauver les acquis sociaux, alors que les Communistes ont joué un rôle un rôle central pour les obtenir. Pour utiliser la fameuse description du Richard Nixon de 1952 par Adlai Stevenson, il y avait de nombreux « McCarthystes en col blanc », des McCarthystes respectables avec des positions institutionnelles qui tentaient justement d'institutionnaliser la répression.



Mais avec McCarthy, l'extrémisme et l'injustice de tout ce processus ne pouvaient plus être dissmulé. En concentrant toutes les attentions sur McCarthy et ses sbires, les militants du Parti Communiste ont donné à tout ce processus un nom et un visage et ont contribué à ce que l'ensemble de la gauche la combatte de manière plus efficace. Tout cela s'est déroulé dans un climat où les manifestations anti-McCarthystes dans les campus universitaires et les quartiers autour du slogan « Joe Must Go » - et plus tard la campaigne universitaire « Green Feather » (La plume verte – campagnée lancée dans l'université d'Indiana après que la rectrice de l'université ait envisagé d'interdire Robin des Bois de l'enseignement au nom de son message supposé communiste. En protestation, les étudiants ont adopté la plume verte de Robin des Bois comme signe dinstinctif)- ont été assez peu relayées par la presse, mais ces campagnes ont encouragé des libéraux tels que Edward R.Murrow à risquer de faire le jour sur certains abus de McCarthy à la télévision. A Milwaukee, par exemple, les militants du Parti ont imprimé et distribué plus de 20 000 tracts anti-McCarthystes, bien qu'ils aient été poursuivis et harcelés par des agents du FBI.



Les McCarthystes vont trop loin



Finalement, l'administration Eisenhower, elle-même menacée par la tentative de McCarthy d'obtenir une commission de l'Armée pour son homme de main G. David Schine, a rendu public certaines de ses activités, ce qui a conduit à des auditions télévisées qui ont sérieusement nui à l'image du sénateur.



L'anti-communisme, sous toutes ses formes, a été le principal obstacle à l'organisation d'une campagne anti-McCarthyste efficace. La droite a attaqué tous ceux qui ont refusé de courber l'échine face à la répression comme étant des « anti-anti-communistes », et beaucoup sont tombés dans le piège, contre-balançant leurs critiques sur les actions de McCarthy par des condamnations du mouvement Communiste. Truman a lancé cette mode en 1950 quand, en réponse à la première série d'accusations de McCarthy, il a caractérisé McCarthy comme étant « le meilleur atout du Kremlin ». De nombreux autres ont rejoint le choeur en prétendant que McCarthy, en sapant la confiance dans le gouvernement, « aidait les communistes ».



Harcelés par la droite, de nombreux politiciens Démocrates ont utilisé l'anti-communiste pour sauver leurs carrières. En 1954, candidat à sa ré-élection, le sénateur du Minnesota Hubert Humphrey, comme l'histoire le raconte, a été accosté par un homme qui ne cessait de le traiter de Communiste. Humphrey lui a répondu alors qu'il était un « anti-communiste », ce à quoi l'homme a pu répliquer, « Je me fiche de savoir quel type de communiste vous êtes ». Humphrey a consolidé sa base de soutien en parrainant une nouvelle législation anti-communiste, que la presse a crûment appelé: « L'Acte de contrôle des Communistes »



Pourtant, beaucoup de gens ont vu dans les élections de 1954 un référendum sur le McCarthysme. Les Démocrates ont repris le contrôle des deux chambres du Congrès, ce qui a été interprété judicieusement comme une défaite importante à la fois pour McCarthy et pour le McCarthysme. McCarthy a été rapidement abandonné par ceux qui l'avaient soutenu jusqu'alors et a sombré encore plus profondément dans l'alcoolisme qui devait le tuer trois ans plus tard. Mais McCarthy n'a pas changé. Il a continué à lancer de violentes accusations, et sans doute il était arrivé à croire à certaines d'entre elles, mais de moins en moins de personnes les prenaient au sérieux, désormais.



Les accusations du genre de celles que lançait McCarthy sont devenues un petit plus que de fragiles théories du complot. Par exemple, quand David Greenglass, dont le témoignage a envoyé sa soeur et son beau-frère, Ethel et Julius Rosenberg, à la chaise électrique en 1953 en tant qu' « espions Soviétiques » qui avaient volé « le secret de la bombe atomique », a porté l'idée en 1957, après le lancement du satellite Sputnik, que Julius Rosenberg avait donné la technologie spatiale aux Soviétiques, personne en dehors de l'extrême-droite a pris l'attaque au sérieux.



Ces déclarations tapageuses et ce genre de théories du complot ont en fait divisé le Parti Républicain. L'extrême-droite, y compris les industriels et les chefs militaires à la retraite enragés par le changement de politique qu'il voyait au sein de l'administration Eisenhower, a formé la société John Birch pour faire revivre le McCarthysme. Leur leader, le fabriquant de bonbons Robert Welch, a même prétendu que les manquements à la lutte contre le communisme et au combat pour la destruction de l'Union Soviétique fournissaient la preuve que le Président Eisenhower était un communiste. Certains des partisans de McCarthy ont proposé Welch comme candidat Républicain potentiel au début des années 1950. A la fin des années 1950, cependant, les méthodes McCarthystes, autrefois au cœur du Parti, ont été de plus en plus marginalisées à l'extrême-droite.



La disgrâce de McCarthy et le déclin du McCarthysme pouvaient également être vus à la manière dont agissait la direction du FBI, dans le cadre de son Programme de Contre-Espionnage (Cointelpro). Dirigé exclusivement contre le Parti Communiste, depuis sa fondation en 1956, le Cointelpro a mené des milliers de provocations contre les communistes. Mais il a été contraint de le faire en cachette, ce qui contrastait avec le harcèlement à visage découvert du Parti Communiste immédiatement après la Seconde guerre mondiale.



Ainsi, la campagne anti-McCarthyste du Parti communiste a contribué à sauver les Américains du cauchemar politique dans lequel voulait nous plonger l'aile McCarthyste de la droite.



La lutte continue



Les purges dans les syndicats ont été particulièrement dévastatrices pour les syndicalistes Afro-Américains, qui étaient dans leur immense majorité des militants de gauche. Les communistes avec d'autres ont organisé le Conseil ouvrier noir américain (National Negro Labor Council) en 1951, qui, s'il devait être de courte durée face à la persécution politique, a servi de centre de recrutement de militants Afro-Américains qui allaient plus tard se distinguer dans les luttes ouvrières ainsi que pour les droits civils. Les communistes ont également joué un rôle de premier plan avec une campagne aux Etats-Unis, et dans le monde entier, contre l'exécution de Julius et Ethel Rosenberg entre 1951, quand la peine de mort a été prononcée, et 1953 quand elle a été exécutée. William Patterson, grande figure communiste Afro-Américaine, a su emmener 3 000 manifestants à la prison de Sing Sing en 1953 où l'exécution se déroulait. Cet événement, que les médias ont refusé de couvrir, était un acte de grand courage, comme l'a été la manifestation beaucoup plus importante organisée à Union Square, à New York, alors que l'heure de l'exécution approchait.



Les communistes ont condamné l'intervention militaire Américaine en Corée et ont révélé au grand jour l'instrumentalisation de l'ONU par l'administration Truman, à une époque où peu à gauche se prononçaient sur la question. Dans ce qui a été probablement la plus grande réalisation du Parti Communiste dans la période, les adhérents du Parti et leurs alliés ont réuni 2,5 millions de signatures pour la pétition sur l'Appel de Stockholm contre la militarisation, la prolifération nucléaire et la guerre.



Les communistes ont apporté une contribution majeure à la lutte contre la terreur raciste qui s'est intensifiée dans les premières années de la Guerre Froide. Les communistes, blancs et noirs, aux côtés d'autres militants progressistes dans les syndicats et dans les organisations de quartier pour les droits civils se sont retrouvés dans une lutte sur deux fronts, pour la défense des droits civils des opprimés et pour leurs propres libertés civiles, alors même que des organisations majeures comme le NAACP était plus timides. Par exemple, le Congrès des Droits Civils (Civil Rights Congress – CRC), fondé par les Communistes et ses alliés après la Seconde guerre mondiale, s'est saisi de batailles juridiques majeures dans lesquelles la NAACP craignait de s'engager, et a aidé à rassembler des données sur les délits à caractère raciste à tel point que le CRC est devenu une cible privilégiée des attaques du FBI.



En 1951, le dirigeant du CRC William Patterson et Paul Robeson ont rendu leur « Nous accusons de Génocide: Pétition historique aux Nations Unies pour une enquête sur le crime du gouvernement des Etats-Unis contre le peuple Noir » au Bureau du Secrétaire-général des Nations Unies à New York. Alors que le document est resté largement ignoré ou, si ce n'est pas mentionné du tout, en tout cas méprisé par les médias américains dominants, il a été publié dans le monde entier et a introduit de nombreuses personnes, en particulier dans les nations émergeant du colonialisme, à la sordide histoire du racisme aux Etats-Unis. En dénonçant le racisme à la face du monde à une époque où les Etats-Unis combattaient, dans le cadre de la guerre froide, contre les mouvements de libération nationale, Communistes et anti-racistes, « Nous accusons de génocide » a contribué à faire de la question du racisme américain un boulet pour les Etats-Unis et a donc renforcé dans notre pays le développement du mouvement pour les droits civils.



Les communistes restent indissociablement liés au mouvement pour les droits civiques. En 1953, le Parti a proposé un nouveau programme centré sur la promotion de la lutte pour la libération de l'ensemble du peuple du Sud. Le leader du Parti, James Jackson, a rédigé « Le programme commun des peuples du Sud », qui a lié la question de l'abolition de la ségrégation à celle de la lutte contre les politiques anti-sociales et anti-démocratiques, et a montré comment le dépassement de telles politiques serait profitable économiquement et socialement à tous les travailleurs du Sud. Plus de 100 000 exemplaires du programme ont été distribués dans tout le Sud en une seule journée, une stratégie ingénieuse qui a réussi à contrer les tentatives du FBI et des racistes locaux pour empêcher la diffusion du document.



Les Communistes ont soutenu activement la campagne réussie de boycott des bus de Montgomery, une victoire qui a ouvert une nouveau chapitre dans la lutte pour l'égalité des Afro-Américains. L'école Highlander Folk, où les communistes ont joué un rôle important, a servi comme centre de formation des militants des campagnes pour les droits civiques à la fois avant et après Montgomery. Bien que l'historien Maurice Issermann et d'autres aient beaucoup écrit sur le rôle des « anciens membres du Parti » dans ces campagnes comme dans d'autres, le rôle capital joué par ceux qui n'avaient pas quitté le parti et par le parti lui-même n'a pas encore été suffisamment étudié en détail. Cela est dû, en grande partie, à une déformation de l'histoire du mouvement pour les droits civiques, qui vient de loin, et qui a été alimentée par l'idéologie et les politiques anti-communistes, pendant une période où toutes les attaques contre le Parti étaient acceptés sans même les sous-peser ou les mettre en doute.





La plupart de ceux qui ont quitté le Parti entre 1946 et 1956 l'ont fait à cause de la répression. Certains ont quitté la politique. D'autres ont continué à travailler avec d'anciens camarades dans de nouvelles organisations, comme la Lutte des Femmes pour la Paix. Les anti-communistes présents dans les mouvements pour la paix, les droits civiques, les organisations de jeunesse ainsi que les syndicats ont, cependant, constamment sapé ces organisations en consacrant tout leur temps et leur énergie à lutter contre « l'infiltration communiste ». Aussi, une fois que vous aviez gratté la surface du libéralisme anti-communiste de gauche, il devenait évident que leur opposition aux communistes était utilisée pour dissimuler leurs propres pratiques conservatrices ou leur opposition à l'activité militante sous n'importe quelle forme. Ainsi, ceux à la direction de groupes comme le Comité pour une politique nucléaire SAINE, les Etudiants pour une société démocratique, et dans d'autres organisations de masse, qui se définissent d'ordinaire comme des libéraux, ont en réalité été des conservateurs masqués qui recherchaient une légitimité de la part des institutions qu'ils étaient censés combattre. Comme leurs homologues dans les syndicats, cela ne faisait que les rendre plus hypocrites et plus virulents dans leurs attaques contre les communistes, et contre la gauche plus largement, que les conservateurs eux-même.



Ce qui est le plus remarquable sur cette période, c'est que des milliers de membres sont restés au Parti, même confrontés à une sévère répression.



Luttes entre factions



En 1956, un « rapport secret » du Secrétaire général du PCUS Nikita Khrouchtchev au 20ème congrès du Parti communiste de l'Union soviétique dénonce la politique de Joseph Staline et appelle à la «déstalinisation» des institutions soviétiques. Un transfuge polonais donne alors le rapport à la CIA, qui le publie immédiatement. En plus des critiques exprimées vis-à-vis de la politique soviétique en Pologne et en Hongrie, le discours a aussi produit des conflits entre factions et des pertes d'adhérents dans de nombreux pays et la constitution de partis communistes dissidents dans certains cas. Aux Etats-Unis, John Gates, éditeur du journal du Parti Communiste, le Daily Worker, a décidé de son propre chef que le discours de Khrouchtchev serait l'occasion pour émettre une série de critiques sur la direction et la ligne du Parti, provoquant dissensions et conflits au sein même des sections du Parti. Le FBI et les autres institutions policières ont vu dans ce conflit une grand succès de leurs activités puisqu'ils ont intensifié leur campagne pour semer la discorde dans le parti.



La lutte entre factions au sein du Parti Communiste a débouché sur une des plus dures périodes de répression qui a vu la majorité de la direction du parti emprisonnée ou poursuivie et les adhérents soumis à des attaques continues. Des dirigeants chevronnés du Parti à tous les niveaux, qui auraient pu être mieux armés pour organiser de larges débats dans le Parti sur les événements en Union Soviétique, se sont trouvés pris dans des batailles juridiques ou dans la clandestinité et incapable de répondre aux attaques de Gates. Alors que la lutte entre factions s'intensifiait, cela a fait la une des journaux dans tout le pays. Les luttes des communistes contre le McCarthysme, pour les droits des travailleurs, les droits civils et la paix étaient invisibles dans les médias américains pendant toutes ces années. Maintenant, cependant, des experts libéraux ou de la gauche autorisée ont pu avancer l'idée que cela signifiait la fin du Parti Communiste, et a pu proclamer son inutilité et affirmer qu'en quelque sorte, comme par magie, après qu'il a cessé d'exister, cela permettrait l'émergence d'une sorte de « gauche démocratique ».



A l'intérieur du Parti, Gates et ses partisans ont été désapprouvés et ont quitté le parti. D'autres ont suivi puisque les querelles internes couplées à la répression extérieure les avaient usé. Ces luttes n'ont pas signifié la fin du Parti Communiste, bien que l'histoire officielle a entretenu le mythe qu'il n'a plus, dès lors, joué un rôle important aux Etats-Unis.



La lutte entre factions a nui gravement au Parti à ce moment crucial. Les pertes d'adhérents ont affaibli le Parti Communiste à un moment où les forces progressistes se regroupaient autour des luttes pour les droits civils et pour la paix. Dans les luttes syndicales en particulier, les pertes d'adhérents ont limité la possibilité pour les Communistes et la gauche d'effectuer un retour en force à une époque où la clause anti-Communiste de l'Acte Taft-Hartley était rejetée dans les tribunaux



Le Parti Communiste a soutenu la fusion AFL-CIO en 1955 comme une nécessité face aux attaques contre les droits des travailleurs. Mais le parti a été très critique de l'échec des directions de l'AFL-CIO à porter les revendications salariales et de réduction du temps de travail, son soutien aux heures supplémentaires comme une rustine pour gonfler artificiellement les salaires des travailleurs syndiqués au lieu à la fois d'augmenter le salaire horaire et de créer des emplois, et son refus de mettre en avant des politiques qui réduiraient l'écart salarial entre les travailleurs blancs et Afro-Américains. Est-ce qu'un Parti Communiste plus grand et plus fort aurait utilisé sa présence dans les usines pour porter plus efficacement des politiques progressistes au sein de l'AFL-CIO sur la question des droits civils, des droits des travailleurs, et de la paix, ou de faire le lien avec les nouveaux mouvements sociaux qui ont fleuri dans les années 1960? Bien sûr. Mais nous pouvons aussi dire que la vision et la stratégie articulées par le Parti Communiste dans cette période difficile ont continué à offrir la meilleure voie pour un changement progressiste à long-terme. Pourtant, nous pouvons seulement imaginer ce que l'histoire aurait pu être si le Parti était parvenu à retrouver dans les années 1960 le même nombre d'adhérents et de sympathisants qu'il avait dans les années 1930.



A la fin de l'année 1959, alors que le Parti entrait dans sa cinquième décennie de vie avec de moindres forces, des millions d'Américains avaient répudié les conséquences du McCarthysme, incarnées dans un conservatisme sur la défensive et sclérosé dont les slogans de l'époque étaient « Ne faisons pas de vagues » ou « Pensons à nous d'abord ». Dans le même temps, des Démocrates typiques de la Guerre Froide comme le sénateur John F.Kennedy ont décidé de laisser la chasse au sorcière des années 1950 derrière eux et ont parlé « de remettre de nouveau le pays en ordre de marche », bien qu'il refusait de dire dans quelle direction et dans quel but. Rapidement, les sit-ins étudiants dans le Sud ont ouvert une nouvelle étape dans l'engagement pour le mouvement des droits civils, et les conflits de Guerre Froide à Cuba et au Viet-Nam ont donné un nouvel élan aux effortds pour la paix. Le Parti Communiste, toujours sous le feu des attaques massives des autorités fédérales, a commencé cette nouvelle période avec à sa tête trois vétérans communistes Gus Hall, Ben Davis et Elizabeth Gurley Flynn.



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